Cher Ramadan

Le mois sacré n’échappe pas à son contexte. tous égaux devant la harira. tous inégaux après.

Faire une tête ramadanesque, c’est en gros piquer une colère noire pour une futilité qui passait inaperçue. Voilà une posture, parmi tant d’autres, mise sur le compte d’un Ramadan qui, assurément, a bon dos. Les fumeurs en manque diurne et autres coléreux à fleur de peau, en profitent à volonté. Même en dormant jusqu’à la rupture du jeûne, on ne peut échapper aux effets du contexte. C’est pourquoi le Ramadan constitue un indicateur d’exception qui renseigne sur le déroulé de l’année en cours. Le Ramadan 2019 ne pouvait y échapper. Il se déroule sous le signe d’un coût de la vie qui prend l’ascenseur et des mesures dernièrement prises pour l’endiguer, ne serait-ce que pour une trêve de quelques années. Un combat inégal constamment au profit d’une force occulte qui fait valser les étiquettes. C’est ainsi que l’on conçoit la loi surimposée du marché sur une réalité sociologique en retard d’une époque, au bas mot. Cela donne, immanquablement, un libéralisme sauvage fait de contrefaçon et de produits alimentaires périmés.

Sans mettre en avant et à tout prix les prémices de mauvais augure, il n’y a pas de doute que le panier de la ménagère souffrira un peu plus que les années précédentes. Pour un dicton populaire parfaitement adapté, ce n’est pas le ventre qui ne serait pas reconnaissant; ce sont plutôt les yeux, subitement plus gros que le ventre, qui déclenchent le réflexe d’achat. Une table bien approvisionnée, même si l’on en consomme qu’une partie, c’est le luxe que le tout un chacun tente de s’offrir. Et c’est finalement le porte-monnaie qui tranche dans des arbitrages gagnés d’avance. L’accord du 25 avril 2019 entre les centrales syndicales et le gouvernement de Saâd Eddine El Othmani devait en principe rendre ce Ramadan un peu plus digeste. Rien n’est moins sûr. Les 500 et 400 dirhams octroyés, selon un jeu acrobatique d’échelles et échelons, sont bons à prendre, mais il n’y a vraiment pas de quoi pavoiser. Fort heureusement pour les enfants, Dieu merci, ils ne jeûnent pas. Mais ils coûtent.

S’ils ont de l’appétit, tout à fait normal en période de croissance, ils peuvent s’en donner à coeur joie, avant comme après un coup de canon qui ne les concerne pas. En auront-ils les moyens avec une allocation familiale de 300 dirhams, après une augmentation de 100 dh? Pas cher un enfant dans ce beau pays qui est le nôtre. Encore que cette offre ne concerne que les trois premiers; le quatrième, fort de ses 136 dh, aurait préféré naître ailleurs, s’il avait été consulté. L’un dans l’autre, en fait, même pas de quoi acheter les vêtements flambants neufs de la fête de fin Ramadan. Mais suffisamment de quoi regretter de ne pas être dans un couple stérile. Au final, dans un Ramadan superbement printanier, le ciel semble briller pour les uns et pas forcément pour les autres. Mais après tout et après le coup de canon libérateur, les Marocains ne sont-ils pas tous égaux devant la harira ! Au moins ça. N’est-il pas temps, pour autant, de remettre sur le tapis des principes abandonnés par négligence, tels l’indice des prix et l’indexation des salaires sur le coût de la vie? On saurait alors de quoi l’on parle et quoi revendiquer.


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