Cheikh Ould El Ghazouani croit aux vertus du dialogue

CRISE MAROC-ALGÉRIE

Plus proche du Royaume que ne l’était son prédécesseur, le président mauritanien se dit toujours disposé à intervenir pour mettre fin à la rupture des relations diplomatiques décidée le 24 août 2021 par la voisine de l’Est.

La Mauritanie continue de mettre sur la table son offre de médiation entre le Maroc et l’Algérie, dont les relations ont été rompues par cette dernière le 24 août 2021. Le président du pays, à savoir Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani, y a de nouveau renvoyé dans l’interview qu’il vient d’accorder pour l’édition du 3 octobre 2021 du quotidien français L’Opinion. “Nous sommes disposés, [si le Maroc et l’Algérie] venaient à nous le demander, à jouer un rôle de facilitateur,” a-t-il déclaré.

Suite à l’échec enregistré par l’Arabie saoudite et l’Égypte, dont les bons offices avaient été publiquement rejetés par l’Algérie, le ministre des Affaires étrangères mauritanien, Ismail Ould Cheikh Ahmed, avait, ainsi, pris le téléphone le 30 août 2021 pour appeler son homologue algérien, Ramtane Lamamra, puis le chef de la diplomatie nationale, Nasser Bourita. Mais là aussi, la voisine de l’Est lui avait opposé une fin de non-recevoir, comme elle le fera également ultérieurement à l’encontre de tous les autres pays arabes (le Qatar, notamment) qui tenteront d’intervenir.

On voit cependant donc M. Ould Cheikh El Ghazouani demeurer confiant, lui qui a par ailleurs confié à L’Opinion qu’il “ne pens[ait] pas qu’il y ait d’intention ou même les prémices d’une nouvelle escalade, et [qu’il] ne la souhait[ait] pas”. “Il faut compter sur la sagesse de ces deux pays frères,” a-t-il indiqué. Il faut, en outre, aussi voir dans la sortie de M. Ould Cheikh El Ghazouani la manifestation de sa volonté d’avoir de “bonnes relations” -c’est son propre propos- aussi bien avec le Maroc qu’avec l’Algérie, après que son prédécesseur, Mohamed Ould Abdel Aziz, qui, au passage, avait été arrêté le 22 juin 2021 pour des faits de corruptions, blanchiment d’argent, enrichissement illicite, dilapidation de biens publics..., ait vécu des tensions avec les deux pays.

S’agissant du Royaume, M. Ould Abdel Aziz avait notamment gardé près de cinq ans durant l’ambassade de Mauritanie sans ambassadeur ni même, à partir d’un certain moment, de chargé d’affaires, sans compter de multiples autres affaires rocambolesques comme l’expulsion, en décembre 2011, du chef du bureau de l’agence Maghreb arabe presse (MAP) dans la capitale mauritanienne Nouakchott, Abdelhafid El Bakkali, au prétexte que ce serait un espion.

On ne peut pas aller jusqu’à dire que M. Ould Cheikh El Ghazouani est, lui, un allié du Maroc, mais il y a néanmoins lieu de souligner le fait qu’il ait tacitement soutenu l’intervention du 13 novembre 2020 des Forces armées royales (FAR) contre les milices du mouvement séparatistes du Front Polisario qui avaient, vingttrois jours durant, bloqué la circulation des biens et des personnes au niveau de la frontière maroco-mauritanienne dans la zone de Guergarate, ou pour en revenir à la question des ambassades, le choix fort de la diplomatie mauritanienne de se doter dans le futur d’un complexe diplomatique de 5.000m2 dans la capitale, Rabat, dont la première pierre a été posée le 28 septembre 2021 par M. Ould Cheikh Ahmed en personne. Se voyant distancié, le président algérien, Abdelmadjid Tebboune, avait dépêché le 7 septembre 2021 M. Lamamra à Nouakchott, sans toutefois pour l’heure réussir à faire pencher la balance en faveur de son pays.