Entretien avec Charles Saint-Prot, politologue et historien français

Charles Saint-Prot : "Viendra le jour où le Maroc réclamera son Sahara oriental"

Juriste de formation, Charles Saint-Prot a fait sa carrière au ministère français de la Défense. Déchargé de ses fonctions militaires, il a poursuivi ses travaux de recherche en relations internationales. Il préside l’observatoire des études géopolitiques à Paris.


La directrice des Archives royales, Bahija Simou, vient de réitérer ses propos concernant la marocanité du Sahara oriental. Quelle est la valeur juridique de ses propos ?
Personne ne peut mettre en doute la validité juridique des propos de la directrice des Archives royales. Et ce pour la simple raison que l’Etat marocain est le seul qui existe dans la région depuis 12 siècles sans discontinuité. Ce n’est pas pour rien que la cour internationale de justice de La Haye avait en 1975 renvoyé aux liens d’allégeance qui existaient les populations du Sahara et les sultans du Maroc. Il y a des documents et des photos d’époque qui attestent de l’existence de l’administration marocaine dans le Sahara oriental.

Jusqu’au début des années 1960, le pacha de Tamanrast était nommé par le Roi du Maroc. N’est-ce pas là un élément de plus confirmant la marocanité du Sahara oriental ?
Le Roi du Maroc avait autorité sur Tindouf, Colomb Bechar, Tamanrast et j’en passe. Nous avons sorti un livre intitulé Le Sahara marocain où des spécialistes et moi-même avions détaillé les raisons qui poussent à dire que cette partie aujourd’hui sous administration algérienne a été marocaine et elle le restera. Viendra le jour où le Maroc va réclamer le Sahara oriental. Il a toutes les preuves pour cela.


La responsabilité de la France est établie dans ce qui s’apparente à un démembrement du Maroc...
La France, en tant que puissance coloniale, a tracé comme elle le voulait les frontières du Maroc. Des frontières artficielles ne reflétant en aucun l’histoire des régions amputées. C’est que la France croyait pouvoir rester éternellement en Algérie, j’ai des amis de l’ouest algérien qui se considèrent toujours marocains et prêtent allégeance au Roi du Maroc.


S.M. Hassan II et Farhat Abbas, président du GPRA lors de la signature du protocole
sur les frontière (juillet 1961).


Ce problème des frontières envenime toujours la région du Maghreb...
Absolument et pour rester au problème Maroc-Algérie, je dirais que la France a profité de l’engagement du Maroc et du Sultan Mohammed V aux côtés de la révolution algérienne. SM Mohammed V a refusé de négocier le tracé des frontières avec la puissance coloniale en disant attendre l’indépendance de l’Algérie pour entamer les discussions avec les frères algériens. C’est avec l’Algérie indépendante que le Maroc délimitera les frontières, avait dit le Sultan. Le Mouvement national marocain avait opté pour la même position. D’ailleurs, le protocole d’accord entre le Maroc et le gouvernement provisoire algérien (GPRA) stipule clairement que ce dernier reconnait que le problème territorial posé par la délimitation imposées arbitrairement par la France trouvera sa résolutions dans des négociations entre le Maroc et l’Algérie indépendante.

Mais, une fois l’Algérie indépendante, elle a refusé de négocier le tracé des frontières avec le Maroc. Quand le Royaume a réclamé le Sahara occidental, Alger s’est élevé contre craignant que le Sahara oriental sera la prochaine étape... L’Algérie doit savoir qu’en 2024 et pendant ce mois sacré de Ramadan, la prière est dite au nom du Roi du Maroc dans plusieurs pays africains. C’est dire les prolongements de l’Etat marocain depuis des siècles.

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