Charles Saint-Prot: "La Russie n'a jamais reconnu le Polisario"

CHARLES SAINT-PROT, directeur général de l’Observatoire d’études géopolitiques de Paris

Le président Vladimir Poutine a été réélu. Va-t-il apporter des changements en termes de politique étrangère, principalement au Maghreb?
Le président Poutine est un réaliste et patriote. Il a pour souci le bien de la Russie et c’est en fonction de ce critère qu’il peut imprimer ou non une nouvelle dynamique à sa diplomatie. Pour l’instant, à part le cas de la Libye, le Maghreb n’est pas sa préoccupation essentielle. Pour ce qui concerne l’ensemble arabo-musulman, il concentre ses efforts sur la Syrie. Il doit à la fois maintenir et consolider ses positions dans ce pays, sans que la politique russe ne dépende que de la survie du régime d’Assad.

C’est ce qui le différencie de l’Iran. Il doit aussi donner des garanties à la Turquie et essayer de reprendre de l’influence en Irak. Je ne pense pas qu’il ait envie de s’aventurer sur le terrain maghrébin où cela devrait le conduire à se positionner dans le conflit algéro-marocain, ce qu’il ne souhaite pas.

Pensez-vous que la position du Kremlin au sujet du Sahara restera la même? Ou va-t-on s’acheminer, vu le chaos algérien, vers une position clairement pro-marocaine?
L’affaire du Sahara marocain est un conflit artificiel créé du temps de la guerre froide par le bloc soviétique et l’Algérie. Mais Moscou n’a jamais reconnu le polisario, cette entité séparatiste, laissant ainsi libre cours à un changement de stratégie. Il est clair que de nos jours la Russie n’a plus aucun intérêt à soutenir le projet séparatiste, porté par la seule Algérie.
Cette Algérie va mal et présente encore moins d’attraits que jadis, il faut donc espérer que la Russie adopte une attitude plus franche en faveur de la cause de l’intégrité territoriale du Maroc.

Vladimir Poutine peut-il s’engager davantage dans la recherche d’une solution au problème du Sahara?
L’affaire du Sahara marocain est un dossier qui relève des Nations unies –et de cette seule instance. Il est clair que le rôle de la Russie, membre permanent du Conseil de sécurité des Nations unies, est important. Je relève que Moscou est hostile aux séparatismes, comme la plupart des grandes nations du monde, qui savent que ce fléau peut menacer tout le monde. Il ne faut pas jouer avec le feu en encourageant des mouvements qui ne peuvent que perturber la stabilité des pays et des ensembles régionaux.

Compte tenu de la conjoncture internationale, la Russie a une carte à jouer pour rechercher une solution à la question du Sahara marocain. Il serait souhaitable que la diplomatie russe se coordonne avec celle de la France, qui a toujours eu une attitude claire sur ce problème.

Les relations entre le Maroc et la Russie se sont nettement développées ces dernières années, notamment sur le plan économique et même militaire. Qu’est-ce que cela signifie pour vous?
Nous ne sommes plus au temps de la guerre froide, où il fallait choisir son camp, comme le Maroc l’a fait en prenant courageusement le parti du monde libre contre le totalitarisme communiste. De nos jours, le Maroc a une diplomatie tous azimuts. Il ne se laisse pas enfermer dans des partenariats exclusifs. Et il a su diversifier ses partenariats. Bien entendu, la Russie est au nombre des pays avec qui le Royaume a amélioré ses relations dans tous les domaines. C’est un acteur incontournable de la politique internationale. Il est donc normal que les relations maroco-russes se développent.

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