LA CHARGE DE L’ISTIQLAL

PROJET DE LOI DES FINANCES 2021

Au sein d’une opposition atone, il n’a que le Parti de l’Istiqlal qui se déploie pour évaluer le programme du gouvernement, le critiquer à l’occasion, mais aussi formuler des propositions alternatives.

Les semaines qui viennent vont sans doute centrer le débat politique et économique sur le projet de loi de finances 2021. Ce texte doit être présenté le 20 octobre 2020 au Parlement -c’est une exigence juridique. Mais d’ici là, il doit emprunter un circuit particulier: l’approbation par le Conseil de gouvernement puis celle de ses grandes lignes par le Conseil des ministres présidé par le Roi. Des arbitrages doivent être faits dans cet intervalle. Ils vont prolonger ceux rendus par la loi de finances rectificative du 26 juillet 2020, laquelle devait faire face, pratiquement dans l’urgence, à une conjoncture liée à la triple crise sanitaire, sociale et économique générée par la pandémie. Mais en l’occurrence, il s’agit pour la prochaine année, d’arrêter des mesures couvrant un exercice annuel complet et même au-delà.

L’on n’a pas beaucoup de visibilité à ce sujet ni du côté du gouvernement ni des acteurs économiques et politiques. La CGEM planche sur une batterie de mesures. Les partenaires sociaux les syndicats, en l’occurrence- s’en tiennent à des cahiers revendicatifs déjà présentés. Quant aux partis politiques, leur littérature reste par trop «généraliste», reprenant les thèmes des précédents mois. Il n’y que le Parti de l’Istiqlal, il faut bien le noter, qui déploie un travail en profondeur depuis plus de deux ans pour évaluer le programme du gouvernement, le critiquer à l’occasion, mais aussi en formulant des propositions alternatives.

Le primat de la politique
Cette tâche-là est sans doute assurée par d’autres formations de l’opposition de manière différente. Du côté du PAM, dirigé depuis février 2020 par Abdellatif Ouahbi -il a succédé à Hakim Benchamas, actuel président de la Chambre des conseillers après un processus de crise de près d’une année- le discours est resté politique, sans vertèbres. Un fait lié, entre autres, à l’infléchissement de cette nouvelle direction visant à «normaliser» ses relations, naguère conflictuelles et frontales, avec le PJD.

Un autre parti dans l’opposition depuis octobre 2019, le PPS a retrouvé une vigueur et un parler-vrai censurant ce que fait le gouvernement. Son secrétaire général, Mohamed Nabil Benabdallah, multiplie les critiques sur les priorités, sur la gouvernance, sur les réformes encore en instance ainsi que sur les dispositifs de réforme à mettre sur pied. Un tel réquisitoire priorise surtout le primat de la politique pour contribuer à faire adhérer les citoyens et, partant, pouvoir bénéficier de leur soutien politique.

Le Parti de l’Istiqlal, lui, est tout aussi présent dans ce registre-là, globalement «activiste». Mais il le complète par un travail approfondi, «technique» et «économique», sur le détail des mesures devant être prises. L’on en a eu une forte expression lors du dernier printemps, avec la pandémie et les mesures appropriées à prendre; puis, en juillet lors de l’élaboration et de la délibération du projet de finances rectificative; enfin, ces jours-ci dans l’optique, cette fois, du budget 2021. C’est un «package» de dix propositions du PI qui a été ainsi rendu public. Qu’en retenir? En lieu et place d’une politique économique vigoureuse, couplée à une mobilisation des moyens, le gouvernement n’annonce finalement que 20 milliards de dirhams d’engagements budgétaires directs. L’Alliance des Economistes Istiqlaliens (AEI), qui porte cette critique, demande un plan de relance vigoureux, estimant qu’il «est possible et nécessaire».

Investissements stratégiques
Elle a appelé à l’injection des 120 milliards de dirhams annoncés par S.M. le Roi dans le discours du Trône, le 30 juillet 2020. Des ressources qui doivent appuyer les fonds propres des entreprises publiques ou privées impactées par la crise; elles doivent également bénéficier aux entreprises et aux projets d’investissements stratégiques «directement productifs et générateurs d’emplois». Elles sont déclinées autour de cinq grands axes, dix recommandations ou propositions défendues par l’AEI.

Elles visent les secteurs suivants: sauvegarde des entreprises et préservation des emplois, soutien aux entreprises en difficulté, programmes intensifs d’encouragement des TPE, régularisation des emplois informels, préservation du pouvoir d’achat des ménages (protection sociale, indemnité pour perte d’emploi, promotion nationale, accès au logement, réforme fiscale ...), préparation de la transition écologique, accélération de la digitalisation des foyers ainsi que des entreprises et des services publics, modernisation de l’éducation et digitalisation (réforme pédagogique des systèmes scolaire et universitaire, enseignement numérique, ... ); enfin, garantie de la sécurité sanitaire et égal accès aux soins (prévention, politique pharmaceutique, stratégie de formation, recherche, partenariat public-privé....).

fortes contraintes budgétaires pesant sur la loi de finances 2021, aucune indication n’est cependant donnée par l’AEI sur le chiffrage de toutes ces propositions. Comment dégager en effet les nouvelles allocations nécessaires? Par la mobilisation de l’épargne nationale? Difficile, dans une conjoncture aussi préoccupante. Par des coupes budgétaires s’apparentant à une «austérité» qui ne dit pas son nom? Par un recours encore plus important à l’endettement?

Depuis le début de cette année, les emprunts contractés par le Maroc auprès des institutions internationales ont dépassé les 13 milliards de dirhams; ils sont dédiés à la lutte contre la pandémie et au soutien de la réponse sanitaire. Il faut y ajouter les 700 millions d’euros de l’Allemagne pour les réformes et les 3 milliards de dollars de la Ligne de précaution et liquidité du FMI, tirés en avril.

Un endettement global du Trésor qui va s’aggraver de 10 points, passant de 65%, en 2020, à 75%, en 2021. Cette dette extérieure passerait ainsi de 14%, en 2019, à 17,6%, en 2020, et à 18,6%, en 2021. Une épreuve pour la soutenabilité d’un tel endettement par rapport aux finances publiques...


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