Chapeau bas, monsieur Alj !

Réaction au durcissement d'octroi du visa Schengen

Il a pris position pour les siens et, à travers eux, pour tous les Marocains devant le ministre français Franck Riester et l’ambassadrice de France à Rabat, Hélène Le Gal. Une initiative louable pour ce patron qui a beaucoup de courage que certains officiels marocains n’ont pas.

La mémoire est vicieuse. Elle se souvient plus facilement des mauvais souvenirs et des coups durs subis que des bons moments. Difficile d’oublier rapidement le ton hautain et méprisant avec lequel Gabriel Attal, porte-parole du gouvernement français, s’est exprimé au sujet de la décision de réduire le nombre de visas accordés aux Marocains quand il a déclaré le 28 septembre 2021 sur la radio Europe 1: «Il y a eu un dialogue, ensuite il y a eu des menaces. Aujourd’hui on met cette menace à exécution».

On attendait une réponse, ou plutôt une réplique, de notre ministre des Affaires étrangères, Nasser Bourita, ou du moins un communiqué du gouvernement en réaction à cette déclaration inappropriée dans le fond comme dans la forme. Deux mois plus tard, rien. Comme si on approuvait cette décision de l’Hexagone qui s’apparente à une humiliation.

Puis, le lundi 22 novembre 2021, et après avoir écouté les doléances des entrepreneurs marocains, notamment les transporteurs, par rapport aux obstacles qu’ils rencontrent pour l’obtention de visas Schengen, le président de la Confédération générale des entreprises du Maroc (CGEM), le très dynamique Chakib Alj a fait une jolie prestation de diplomatie économique en prenant fait et cause pour ses pairs.

Il a, à cet effet, reçu Franck Riester, ministre délégué auprès du ministre de l’Europe et des Affaires étrangères, chargé du Commerce extérieur et de l’Attractivité de la République de France, en présence de l’ambassadrice de France à Rabat, Hélène Le Gal, et d’opérateurs économiques des deux pays, pour en parler justement.

Depuis le début de l’année, les procédures d’octroi du visa par la France connaissent un durcissement, ce qui a un impact négatif sur le commerce et sur l’économie en général, a-t-il soutenu. Une plaidoirie qui n’a pas manqué de susciter l’empathie de la partie française, qui a exprimé sa compréhension de la situation et s’est engagée «à analyser cette situation d’un point de vue économique, afin de trouver des solutions adéquates, dans le respect des procédures administratives et sanitaires».

Le plus important, c’est que le message est passé. M. Alj a fait ce qu’il fallait faire. Il ne pouvait pas faire mieux en l’absence d’un soutien officiel. Il a exposé le problème et les conséquences de leur décision unilatérale à ses interlocuteurs tout en sachant que ces derniers allaient transmettre le message à qui de droit. Il a pris position pour les siens et, à travers eux, pour tous les Marocains. Une initiative louable pour ce patron qui a beaucoup de courage et surtout de l’audace que certains officiels marocains n’ont pas.

En tout état de cause, ce fameux sésame ne sert pas à grand chose pour l’heure. Le Comité interministériel de coordination et de suivi du dispositif régissant les voyages internationaux pendant la pandémie a décidé, le jeudi 25 novembre, de suspendre les vols réguliers de passagers à destination et en provenance de la France à partir du vendredi 26 novembre à minuit.

Cela dit, le problème des barrières dressées pour l’octroi du visa Schengen aux Marocains redeviendra d’actualité une fois que les vols reprendront de part et d’autre. A Chakib Alj, chapeau bas!.