LE CHANTAGE À LA DETTE

FMI et nouveau modèle de développement

Le FMI souffle le chaud et le froid. D’une part, il alarme quant au taux d’endettement élevé du pays, qui, en 2026, va atteindre 96% du PIB. Et d’autre part, une fois ce seuil atteint, il dictera sa loi au gouvernement.

Dans son rapport 2021 publié le 9 février 2022 au titre des consultations prévues sous l’article IV, le Fonds monétaire international (FMI) passe au crible la situation économique au Maroc. Mais pas seulement. L’institution de Bretton Woods ne se fait pas prier pour critiquer le nouveau modèle de développement (NMD), qu’elle juge irréalisable. Le FMI, dirigé par Kristalina Georgieva, semble peu enthousiaste quant à la faisabilité de la feuille de route préparée par l’équipe de l’ancien ambassadeur du Royaume à Paris et actuel ministre de l’Éducation nationale, Chakib Benmoussa.

Il explique que le Royaume n’a pas les moyens financiers nécessaires pour réaliser les objectifs de développement escomptés. Ce qu’il fait savoir comme une trouvaille n’est point une nouveauté. Il l’a déjà souligné. Pourquoi en fait-il ses choux gras maintenant? Le FMI précise que le gouvernement ne peut se passer de l’endettement pour financer son ambition. Il le présente à la fois comme une fatalité et un risque. Recourir à la dette extérieure est inévitable quand on n’a pas des solutions innovantes pour élargir les recettes de l’État. La réalité est que l’endettement public du Royaume s’alourdit, allant jusqu’à hypothéquer une partie de notre souveraineté nationale.

Dans ce sens où les choix des projets à financer devront être soumis au préalable à l’approbation du FMI, le principal bailleur de fonds extérieur du Royaume. C’est dire que cette institution souffle le chaud et le froid. D’une part, elle alarme quant au taux d’endettement élevé du pays, qui va atteindre 96% du PIB en 2026. Et, d’autre part, une fois ce seuil atteint, elle dictera sa loi au gouvernement.

En voilà une leçon d’histoire que la nouvelle génération de gouvernants n’a pas retenue. En 1981, les orientations du FMI consistaient dans leur majorité à encourager l’émergence d’un secteur privé qui fait qu’une minorité de familles s’accaparent le patrimoine national et à limiter l’intervention de l’État dans les principaux secteurs sociaux. Ces orientations ont abouti à un événement fâcheux: les émeutes du pain. Deux ans après, le Fonds monétaire impose son Plan d’ajustement structurel (PAS), qui a retardé le développement du pays.

Aujourd’hui, encore, le FMI impose sa vision du développement du Royaume en faisant du chantage. Un chantage ancien. Un chantage à la dette. C’est-à-dire une dépendance de la décision politique et économique de cette institution qui a contribué à affaiblir nombre de pays où elle est intervenue en “sauveteur”. C’est ce même chantage que le wali de Bank Al Maghrib, Abdellatif Jouahri, n’a eu de cesse de dénoncer implicitement en attirant l’attention sur une tendance inflationniste du service de la dette publique.

L’homme, connu pour son franc-parler, prévenait contre l’utilisation de l’endettement pour le maintien du train de vie des ministères et de l’administration publique au lieu de son utilisation pour la création des richesses et de l’emploi. Aux côtés de lutte contre la corruption et la rente, c’est la rupture tant attendue qui devra conditionner le nouveau modèle de développement tel que souhaité par les Marocains.

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