Le changement par la communication et la persuasion

État d'urgence sanitaire, pass vaccinal…

L’exceptionnel se banalise et le temporaire se pérennise. Le 28 octobre 2021, le gouvernement Akhannouch a décidé de la prolongation d’un mois de l’état d’urgence sanitaire, après avoir imposé le pass vaccinal, une décision qui a suscité, soit dit en passant, colère et indignation.

Le suspense est de retour quant à la fin de l’état d’urgence sanitaire, censé être temporaire depuis le début. Profitant de la psychose et de la peur que la pandémie du Covid-19 a engendrées dès les premiers jours suivant l’avènement de cette crise sanitaire et l’incertitude qui caractérisait celleci, le gouvernement sortant avait fait passer comme une lettre à la poste, en mars 2020, le décret-loi instituant l’état d’urgence sanitaire.

Ce texte réglementaire a permis au gouvernement et, pour être précis, aux ministres de l’Intérieur et de la Santé, de prendre des décisions relatives aux restrictions sanitaires et de déplacement, souvent de manière hâtive et irréfléchie, sans qu’elles soient étayées sur un socle scientifique solide. Du mois de mars 2020 au mois d’août 2021, le gouvernement El Othmani prolongeait, régulièrement et à un rythme mensuel, l’état d’urgence sanitaire. A moins d’un mois du scrutin du 8 septembre 2021, il avait préparé le terrain au nouvel Exécutif en prolongeant l’état d’urgence d’un peu plus de deux mois (au 31 octobre).

Ce que l’on espère, c’est que la gestion de cette urgence sanitaire par le gouvernement actuel se différencie de celle de l’équipe sortante, marquée plus par le manque de transparence et de visibilité. Une forme d’incertitude attribuée chaque fois à l’évolution de la situation épidémiologique dont les fluctuations incontrôlables justifient les décisions de maintien ou non de l’état d’urgence sanitaire et le durcissement ou l’assouplissement des mesures de restrictions. Sauf qu’un autre élément central devait faire son entrée en jeu. C’est celui de l’avancement de la campagne de vaccination.

Sur ce registre, le Maroc peut se vanter d’avoir une belle longueur d’avance sur les pays africains et arabes, voire même sur nombre de pays occidentaux riches et développés. Actuellement, près de 22 millions de Marocains ont été complètement vaccinés, soit plus de 70% de la population générale et 80% de la population ciblée au début de la campagne (18 ans et plus). Ce critère devrait désormais justifier ou non le maintien de l’état d’urgence sanitaire. Compte tenu des derniers approvisionnements en doses de vaccins, le ministre de la Santé devrait donner une visibilité sur la fin de l’état d’urgence et la levée définitive des restrictions pour un retour à la vie normale. Il ne devrait plus prendre des décisions inexpliquées et non argumentées, de surcroît à la dernière minute.

Lorsqu’il s’agit d’une question aussi stratégique que celle de la vaccination, qui implique la santé de tout un peuple, les Marocains sont tenus de faire preuve de patriotisme et de balayer d’un revers de la main un égoïsme qui pourrait se révéler fatal pour la vie d’autrui. Pour sa part, le gouvernement doit expliquer et sensibiliser bien avant de décider. Les Marocains sont des citoyens à part entière. Ils viennent d’élire leurs représentants par voie des urnes et ont fait montre d’une grande civilité et d’une grande maturité politique. Ils se sont impliqués massivement jusque-là, bien avant la décision de rendre le pass vaccinal obligatoire, dans la campagne de vaccination.

Le ministre de la Santé, lui, n’a pas pris cela en considération quand il a crié victoire en se félicitant de constater le rush sur les centres de vaccination en réaction à la décision d’exigibilité du pass sanitaire pour l’accès aux administrations et aux lieux publics et privés. Et puis, il ne faut pas resserrer davantage l’étau sur celles et ceux qui ne peuvent, pour des raisons de santé, se faire vacciner au lieu de leur trouver la solution idoine.

Le 28 octobre 2021 est une date à retenir puisqu’on a vu à l’oeuvre le même ministre de la Santé, certes, mais sous un gouvernement qui a préconisé le changement. Celui-ci sera ressenti dans la communication publique qui doit être imprégné par la transparence et la persuasion.

Articles similaires