La cession de la Samir est-elle encore possible?

CFG BANK PILOTE LA VENTE DE LA RAFFINERIE DE MOHAMMEDIA

Le syndic judiciaire désigné par le tribunal n’a pas réussi, depuis 2016, à trouver un repreneur. Plusieurs offres internationales de reprise ont été exprimées. Mais aucune n’a abouti.

Le dossier de la Samir connaît un nouveau tournant. Après avoir échoué à lui trouver un repreneur, l’opération de son rachat vient d’être confiée, officiellement, à la célèbre banque d’affaires, CFG Bank. Une institution financière réputée dans le milieu des affaires pour avoir réalisé de nombreuses opérations de privatisations, d’introductions en bourse et de fusions-acquisitions. La décision a été prise, mardi 16 juin 2020, par le juge-commissaire, Abderrafii Bouhamria, qui officie au tribunal de commerce de Casablanca. L’établissement bancaire, devenu il y a quelques années une banque universelle en intégrant les activités de dépôt et de crédit, va accompagner le syndic judiciaire, Abdelkbir Safadi, concernant le volet de la cession du raffineur national.

Fraude et détournements
L’option de la sélection d’une banque d’affaires s’imposait alors que le processus judiciaire de la cession avait démarré il y a environ 4 ans mais sans aboutir à des offres sérieuses. La Banque centrale populaire, qui a le statut de créancier et de contrôleur dans cette opération, avait également recommandé au tribunal le choix d’une banque d’affaires. La BCP a déposé 1 million de dirhams au tribunal en guise d’avance sur honoraires dus à CFG Bank.

La seule raffinerie du Maroc a connu un feuilleton économique et judiciaire extrêmement compliqué. Après sa privatisation controversée au milieu des années 90 en faveur du groupe pétrolier Corral, appartenant à l’homme d’affaires saoudo-éthiopien, Mohamed Houcine El Amoudi, la Samir a traversé bien des péripéties. Cotée en bourse, elle a été victime de la mauvaise gestion surtout lorsqu’elle était dirigée, depuis 2004, par Jamal Ba Amer. Ce dernier ainsi que d’autres anciens dirigeants sont actuellement poursuivis par le tribunal de commerce de Casablanca pour fraude et détournement de fonds.

Plusieurs propriétés de Jamal Ba Amer ont été saisies par la justice pour payer les créanciers de la raffinerie, qui a arrêté sa production depuis août 2015. Quant à son propriétaire, le multimilliardaire Cheikh Houcine El Amoudi, il a catégoriquement refusé de sauver la raffinerie, laissant une ardoise financière de plusieurs milliards de dirhams. Ce qui a poussé l’Etat à intervenir, non pour la reprendre, mais pour mettre en place un processus judiciaire de vente.

Le syndic judiciaire désigné par le tribunal n’a pas réussi, depuis 2016, à trouver un repreneur. Plusieurs offres internationales de reprise ont été exprimées. Mais aucune n’a pas abouti. Les plus récentes concernent trois sociétés étrangères: Petroen Engineering, Citax et Cosco Maroc, qui proposent respectivement 24 milliards, 22 milliards et 21 milliards de dirhams pour le rachat de l’ensemble du groupe Samir. Mais elles ont buté sur la garantie bancaire, estimée par le juge-commissaire à 10% du montant global de l’offre. Avec l’entrée en lice de CFG Bank, tout le monde espère le bouclage rapide de ce dossier, qui a tant traîné dans les méandres de la justice.

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