Cédéao: l'adhésion du Maroc de nouveau sur la table?

Des années après avoir été mise en sourdine, la demande d’admission du Royaume à la principale organisation régionale d’Afrique de l’Ouest est de nouveau discutée par les pays de la région.

Les résistances à l’admission du Maroc à la Communauté économique des États d’Afrique de l’Ouest (Cédéao) semblent, au fur et à mesure, se dissiper au sein des pays membres de cette organisation. Ainsi, les ministres des Affaires étrangères et de la Justice de cinq de ces pays, à savoir la Côte d’Ivoire, le Ghana, la Guinée, le Nigeria et le Togo, ont ouvertement abordé le sujet au cours d’une réunion qu’ils ont eue le jeudi 18 février 2021 dans la capitale ghanéenne, Accra.

Et à en croire les compte-rendus de certains médias ouest-africains, leurs échanges ont abondé dans un sens susceptible de donner satisfaction au Maroc mais aussi à la Mauritanie et à la Tunisie, qui quasiment en même temps, c’est-à-dire en 2017, avaient, elles, demandé à adhérer en tant que, respectivement, membre associé et État observateur. La cheffe de la diplomatie ghanéenne, Shirley Ayorkor Botchway, aurait, à ce propos, déclaré ce qui suit: “Nous devrions et devons saisir cette opportunité [d’inclure de nouveaux États membres], en étant guidés par les principes de complémentarité et nos valeurs communes pour tirer parti de ces marques d’intérêt au profit des citoyens de la communauté”.

Elle aurait même révélé la tenue trois jours plus tôt, le lundi 15 février 2021, d’une réunion d’une multitude d’experts à Accra même pour statuer sur les démarches initiées par le Maroc et les autres pays. Ce à partir de quoi l’on peut comprendre qu’effectivement, le vent est en train de tourner au sein de la Cédéao, quoiqu’il faille, bien évidemment, rester prudent: on se souvient notamment de la levée de boucliers de nombreuses organisations patronales, notamment du Nigeria, à l’encontre du Maroc, présenté comme un ogre susceptible de leur tirer le tapis sous les pieds, et ce en dépit de l’engagement du Royaume de laisser les pays concernés accéder, sans forcément de réciprocité, à son marché.

Sympathies marocaines
Mais il est vrai que le contexte a évolué, avec principalement l’entrée en vigueur, le 1er janvier 2021, de la Zone de libreéchange continentale africaine (Zleca), qui rend caduque les craintes d’un raz-de-marée économique marocain. De plus, la principale puissance de la Cédéao, qui est le Nigéria et dont le poids a sans doute joué dans le retard de l’admission du Maroc, s’est de plus en plus rapprochée, au cours des dernières années, de Rabat, après des décennies à soutenir notamment le mouvement séparatiste du Front Polisario au Sahara marocain, et on a vu le roi Mohammed VI et le président nigérian Muhammadu Buhari remettre, le 31 janvier 2021, sur le tapis, au cours d’un appel téléphonique, le projet de gazoduc commun initié en mai 2017.

Même au niveau institutionnel, la Cédéao voit actuellement sa commission présidée par l’Ivoirien Jean-Claude Kassi Brou, dont on dit qu’il a des sympathies marocaines, par opposition à M. de Souza. Avec l’hostilité de plus en plus manifeste de la junte algérienne à son encontre, le Maroc semble, surtout, avoir raison de ne plus essayer de capitaliser sur l’Union du Maghreb arabe (UMA), totalement au point mort, et cela semble par ailleurs également être le constat de Nouakchott et Tunis.