Ce qui attend le nouveau gouvernement

NOMINATION DU CABINET AKHANNOUCH

Le gouvernement Akhannouch est très attendu pour mettre en oeuvre ses promesses et surtout trouver les solutions de financement des axes socio- économiques de son programme sans pour autant alourdir la facture des larges couches de la population en difficulté.

Un Exécutif cohérent et soudé, c’est ce qu’on souhaite. Désormais qu’il est constitué et nommé par le Roi Mohammed VI, le gouvernement Akhannouch a du pain sur la planche. Son quinquennat n’a rien à avoir avec celui du cabinet El Othmani. La conjoncture actuelle, sanitaire, économique et sociale, est inédite à plus d’un titre.

Le pays amorce un virage décisif de son histoire. L’économie est en berne du fait de la crise sanitaire. Sa relance peine à trouver son chemin. Le premier grand défi de ce gouvernement, c’est la Loi de Finances 2022, en d’autres termes le budget de fonctionnement de l’Etat.

Quand on parle de budget, inéluctablement on parle de déficit budgétaire. Les déficits se sont accumulés ces deux dernières années, en particulier au vu de la crise économique, qui, elle, est la résultante des restrictions sanitaires et des arrêts sporadiques de l’activité de secteurs entiers de l’économie nationale.

A ce propos, ce qui a marqué les budgets 2020 et 2021, c’est la compression et la diminution significatives des recettes ordinaires (fiscales et non fiscales) du fait même de cette morosité économique. Le nouveau gouvernement doit trouver des solutions pour renflouer les caisses de l’Etat. Mais attention, ce n’est pas en vidant les poches du petit contribuable, à coups d’amandes et de pénalités et de nouveaux impôts, qu’on en censé le faire.

Il est temps que les fortunés du pays soient sérieusement mis à contribution. Par un impôt sur la fortune ou par un autre moyen auquel on attribuera une appellation moins gênante ou irritante, peu importe. En tout état de cause, la solidarité des riches du pays est plus que jamais sollicitée. Et il faudra en finir avec les exonérations totales au profit de certains secteurs sous prétexte de relancer l’économie. Car quand on sait que la dette publique globale frôle les 100% du PIB (Produit intérieur brut), on ne peut pas admettre que 40% du Budget de l’Etat soient pompés directement du service de la dette publique.

Si donc la lettre de cadrage du projet de Loi de Finances 2022 est déjà établie par le gouvernement sortant, il faudra assurer un retour aux équilibres budgétaires d’avant-crise sanitaire. La relance économique tant souhaitée est fatalement tributaire de l’avancement de la campagne de vaccination et de l’investissement. Plus il y a de restrictions sanitaires exigées par la situation épidémiologique, plus la machine économique est grippée. Il va falloir se mobiliser pour assurer l’approvisionnement en doses de vaccins sur un marché international extrêmement tendu à cause d’une forte demande et d’une offre qui n’arrive pas à suivre.

Concernant l’investissement, le plan de relance a connu le lancement de mécanismes de financement garantis par l’Etat mais qui visent uniquement à résorber les arriérés et les charges fixes des entreprises. Quant au plan d’investissement que le Fonds Mohammed VI devait étaler et mettre en oeuvre, on n’a encore rien vu venir, à ce jour. Que dalle!

L’investissement en souffrance
Autre point à déplorer: les coupes dans le budget d’investissement public, qui ont atteint 14,4% durant les cinq premiers mois de 2021. Ce qui remet en question la volonté du gouvernement sortant de mettre sur les rails le plan de relance économique. Car point de relance sans investissement. Aussi bizarre que cela puisse paraître, en ces temps de crise où le budget de l’Etat devient maigre, les dépenses de fonctionnement augmentent. C’est dire que le gouvernement ne veut pas faire d’efforts pour diminuer le train de vie des ministères et établissements publics. Crise ou pas crise, l’austérité, le gouvernement sortant n’en connaissait pas.

Pire, les charges de la dette et des intérêts de la dette augmentent. La hausse des charges de la dette budgétisée est attribuable, au premier semestre 2021, à l’augmentation de 10,7% des remboursements du principal (20,9 MMDH) et de 3,8% des intérêts de la dette (11,5 MMDH). Qu’en sera-til avec le nouveau gouvernement? On verra. Autre cheval de bataille: la masse salariale des fonctionnaires publics, qui dépasse les 12%, de loin supérieur à 8%, la norme internationale et celle prônée par les organismes financiers tels que le FMI (Fonds monétaire international). On s’étonne déjà comment le nouveau gouvernement fera pour augmenter d’un tiers le salaire minimum des enseignants de l’éducation nationale!

Sur le plan social, il y a un malaise qui ne dit pas son nom. De larges franges de la population, dont la défunte classe moyenne, survivent à peine. Pour cause, la cherté de la vie! Comment le nouveau gouvernement, composé de libéraux qui soutiennent la suppression de la Caisse de compensation, fera-t-il pour préserver le pouvoir d’achat des Marocains sans subventionner les prix à la consommation? C’est même impensable au vu de la hausse vertigineuse des prix (alimentation, matières premières…). Attendons de voir donc le génie du nouveau gouvernement sur ce volet socio-économique fort sensible.

L’érosion du pouvoir d’achat est aussi liée à la hausse du chômage. Côté chiffres, le taux de chômage s’est accru de 0,5 point entre les deuxièmes trimestres de 2020 et de 2021, passant de 12,3% à 12,8% au niveau national, selon le Haut-Commissariat au Plan (HCP). Petite nuance de taille à relever: ce taux est faussé ou ne reflète pas l’ampleur de la réalité quand on sait qu’il n’inclut pas les chômeurs qui se ne déclarent pas en tant que tels auprès de l’Anapec (Agence nationale de promotion de l’emploi et des compétences).

Redistribution des richesses
Tous les partis qui composent la majorité gouvernementale prônent la croissance et le développement. On peut booster la croissance économique, mais on ne peut parler de développement sans une redistribution équitable des richesses et sans une véritable justice sociale dont le socle est la revalorisation des revenus des ménages, la généralisation de la protection sociale (tout en mobilisant le financement) telle qu’initiée par le Roi Mohammed VI et un accès à un enseignement et à une offre de santé de qualité à la portée de tous.

Dans la même ligne, le prochain gouvernement doit mettre les bouchées doubles pour mettre en oeuvre le nouveau modèle de développement qui recommande tout cela et bien plus. Cette feuille de route du Maroc de demain nécessite une approche de concertation. Et c’est à ce niveau que l’on relèvera, très prochainement, si les composantes de la future majorité priorisent -ou pas- l’intérêt général sur l’intérêt de chacune des formations politiques.

Les promesses de la campagne électorale s’évaporent dans l’air. Ce qui reste, c’est le travail sur le terrain. Et, à ce titre, le gouvernement Akhannouch est très attendu pour mettre en oeuvre ses promesses et surtout trouver les solutions de financement des axes socio-économiques de son programme sans pour autant alourdir la facture des larges couches de la population en difficulté.