CE HÉROS QUE JE NE SAURAIS VOIR

La mise en avant d’un héros d’origine émigrée et musulman complexifie le récit et dérange la vision dominante anti émigration de l’extrême droite et ses médias.

Le Canard Enchainé, rapporte dans sa livraison du 28 février une abracadabrante histoire sous le titre «un héros méconnu». Le 13 juillet 2023, sur le TGV Annecy-Paris, un forcené, qui n’est ni noir ni musulman, armé d’un couteau, cassait une vitre du train avec un marteau brise-vitre et semait la panique parmi les passagers du terroir. Les contrôleurs du train, non bâti pour ce genre de situation, n’arrivaient pas à maitriser le furibond.

Idem pour les passagers qui, terrés dans leur manque de courage, tiennent à rentrer chez eux sans balafres en cerise sur le gâteau. Tout le monde avait placé espoirs dans l’intervention du policier en service secret à bord. Ce «train-marshaler» est armé et anonymisé sous les fringues du tout un chacun pour vaquer à ses responsabilités de sonde nationale. Les contrôleurs à bout de forces et sous pression, lèvent le secret sur l’identité de l’agent secret et lui demandent d’intervenir pour maitriser le blanc terroriste en surcharge de violence. Malgré son brassard de policier, sa tactique pour calmer le furibond et son savoir-faire acquis à l‘école de police, le forcené est resté «incontrôlable».

Le policier procède alors aux sommations d’usage mais l’énervé lui saute dessus, lui pique son arme et tire un coup de feu. La situation avait empiré : Un train qui roule à 300 km à l’heure avec un hublot brisé et un forcené bien armé qui terrorise les passagers. Une nouvelle situation, insolite et dangereuse est créée. Officiellement, le rapport clôturant l’incident dit «avec l’aide de quelques passagers» (sic), le policier parvient à «maitriser l’agresseur». Le Canard Enchainé relate les choses autrement.

Un lecteur du «Canard» qui travaille à bord des TGV alerte le journal par écrit sur la version tronquée du compte rendu officiel de la gendarmerie : «le véritable héros est un jeune homme de 24 ans, intérimaire et employé de la société de nettoyage Onet qui effectue le ménage dans les TGV». Il s’appelle Mouhcine. Il est marocain et musulman. Il a désarmé le forcené et a aidé le policier à l‘immobiliser.

Le lendemain, le héros d’hier a endossé son gilet jaune fluo siglé «TGV InOui» et «Onet» et a repris son balai pour nettoyer les wagons. Quelques jours après, Mouhcine a contacté la gendarmerie de Montchanin qui avait procédé à l’arrestation du forcené pour prendre des nouvelles de l’agent qu’il a aidé. Il reçoit un «on vous contactera» en réponse. Huit mois plus tard, il n’est toujours pas contacté et le rapport est toujours le même. Les media français n’ont pipé mot de reconnaissance pour cet embarrassant héros.

L’héroïsme de Mouhcine est remis en question probablement en raison de son origine. L’analyse de cette événement amène à spéculer sur cette tartuferie, dernier degré du vice. Ils peuvent être dues au racisme et ses stéréotypes. La mise en avant d’un héros d’origine émigrée et musulman complexifie le récit et dérange la vision dominante anti émigration de l’extrême droite et ses médias.

Les raisons peuvent aussi être dues à un souci de protection de l’institution policière. Mettre en avant l’incapacité d’un agent à gérer une situation aux conséquences graves pourrait ternir l’image de l’institution. Reconnaître l’héroïsme de Mouhcine serait une confrontation face aux problèmes du racisme et de l’islamophobie et une remise en question des discours dominants. Une telle cachoterie prive Mouhcine de la reconnaisse qu’il mérite. Elle renforce le ressenti de l’injustice et de la discrimination et de la méfiance envers les institutions siglées liberté, égalité, fraternité.

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