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Casablanca: L'hiver, l'enfer des SDF !

Les sans-abris souffrent le martyre durant cette période hivernale. Les récentes pluies torrentielles ont empiré leur situation déjà précaire. Des associations leur viennent en aide pour soulager leur calvaire.

Le soir, quand beaucoup d’entre nous se blôtissent sous la couette, d’autres peinent à admirer leur silhouette, car tenaillés par un froid de canard. Des sans-abris qui ont élu domicile dans les rues, à leurs risques et périls, car n’ayant pas de domicile fixe. Les récents décès de deux SDF dans la ville de Ouezzane, qui seraient causés par l’hypothermie, ont remis sur le devant de l'actualité la précarité de cette population vulnérable.

Les pluies torrentielles qui ont récemment arrosé la capitale économique ont envenimé leur situation. «Les températures très basses actuellement et les dernières inondations ont aggravé leur situation. Certains essayent de rester debout sous de petits abris pour éviter d’être mouillés. C’est vraiment critique pour eux», constate Hind Laïdi, présidente de l’association Jood. Son association essaye de leur apporter un peu de chaleur, en leur distribuant deux fois par semaines 450 paniers de nourriture, couvertures, vêtements et médicaments, durant chaque maraude.

Pour toucher le plus grand nombre, ces bénévoles «joodeurs» constituent cinq groupes qui vont sillonner autant de quartiers de Casablanca, notamment dans les communes de Derb Sultan et de Casa- Anfa, ainsi qu’aux alentours de la gare Ouled Ziane, qui abritent la majorité de ces individus.

Le sans-abrisme est un univers cosmopolite. Outre les Marocains, on trouve aussi des ressortissants subsahariens dans ce lot, dont le nombre a augmenté ces quatre dernières années, d’après Hind. En 2019, 13% des SDF recensés au Maroc par l’association étaient d’origine subsaharienne. Beyeth Gueck, président de l’association Bank de Solidarité, créée en 2015, confirme cette réalité.

«Nous suivons actuellement 300 sans-abris subsahariens à qui nous distribuons régulièrement des dons, notamment dans les quartiers de Aïn Sebaâ, de Sidi Maârouf, Rahma, Ouled Ziane et à Mohammedia. 95% viennent d’Afrique subsaharienne. Ce sont de Guinéens, Maliens, Nigérians (notamment les femmes). Certains d’entre eux dorment même dans des bacs à poubelles pour se protéger du froid», nous raconte-t-il, sur un ton émouvant.

Camps de fortune
L’association distribue, depuis le début de la pandémie, des sandwichs, repas chauds, couvertures, vêtements, sacs de couchage à des sans-abris subsahariens et marocains, en collaboration avec des partenaires comme la Banque alimentaire, précise Gueck. «Environ 1.000 SDF logeaient dans le camp d’Ouled Ziane. Après l’incendie qui a ravagé leurs habitations, ils se sont dispersés dans plusieurs quartiers de Casablanca en érigeant des cabanes de fortune.

Beaucoup d’entre eux s'adonnent à la mendicité dans les rues pour survivre», remarque-t-il. «Nous avons sollicité, auprès des autorités marocaines, l’ouverture d’un centre d’hébergement d’urgence, notamment vers Nouaceur, mais aucune réponse de leur part pour le moment», déplore Beyeth, tout en soulignant que «Bank de Solidarité vit actuellement des contraintes financières qui risquent de plomber nos activités. Nous sollicitons l’appui des bonnes volontés pour poursuivre notre mission auprès de cette catégorie vulnérable».

La destruction de certains de ces camps de fortune ont poussé le Groupe de travail de protection (GTR), qui regroupe plusieurs membres de la société civile, dont Bank de Solidarité, à lancer un cri d’alerte aux autorités pour venir en aide aux sans-abris. Un soutien qui apparait comme une urgence de premier ordre, sachant que leur nombre ne cesse d’augmenter à Casablanca, confirment Jood et Bank de Solidarité.