CASABLANCA AGONISE

Les Casablancais se meurent, livrés à eux-mêmes, à l’avidité des cliniques privées et au laxisme du gouvernement.

Casablanca agonise, ses restaurants, ses salles de sport, ses petits commerces, ses artisans, et ses habitants.

Alors que la situation sanitaire devient intenable et vire à la catastrophe, que les vidéos de gens désabusés par une certaine mafia de cliniques privées, notre Chef du gouvernement, Saâd Eddine El Othmani, annonce sur sa page Facebook, sa participation à un colloque international sur le «bien-être dans les villes».

Alors que la ville de Casablanca devrait être déclarée ville sinistrée, où les décès dus au Covid-19 battent des records, le Conseil du gouvernement du jeudi 5 novembre 2020 traite de projets de loi relatifs aux musées! Vous ne rêvez pas! Un déphasage sidéral et insultant. Un mépris envers un peuple désabusé et des Casablancais qui pleurent de plus en plus leurs proches.

Mercredi 4 novembre, j’ai dû appeler une dizaine de cliniques, pour une amie dont les parents sont atteints de Covid-19. Aucun lit n’est disponible. Même l’hôpital Cheikh Khalifa et le CHU Ibn Rochd, les deux plus grands établissements de santé de la métropole, sont saturés.

Une clinique a proposé d’accueillir les deux cas, mais moyennant 140.000 dirhams, soit 10.000 dirhams par jour par patient! Une somme astronomique que la clinique refuse de déclarer. Mon amie vient de perdre son père, dans l’oubli et la complicité d’un gouvernement peu soucieux de ses gouvernés, jetés en pâture aux mafieux et lobbys du secteur privé de la santé.

Les médecins traitant les patients atteints de Covid-19 font la pluie et le beau temps. Une Consultation express de quelques minutes vous coûtera dans les 1.500 dirhams minimum. Un crime contre des Marocains, dont 92% touchent moins de 10.000 dirhams par mois, parole d’un ministre des Finances, un crime contre des Casablancais qui ne savent plus à quel saint se vouer, qui depuis 9 mois ont vu leurs revenus fondre comme neige au soleil, sans aucune intervention efficace du gouvernement pour les soutenir.

Pire, on les taxe davantage. Le projet de loi de Finances 2021 est un autre crime contre la classe moyenne, qui n’en dit pas son nom.

Dans un pays qui se respecte, nos gouvernants doivent répondre de leurs actes. Aujourd’hui, à Casablanca, des centaines de patients attendent, leur tour, dans le couloir de la mort de nos hôpitaux. Où est passé l’hôpital de campagne de la foire internationale de Casablanca? Trois hôpitaux de campagne ont été installés au niveau de la région Casablanca-Settat et dont le taux d’occupation a dépassé les 80% il y a 3 mois, sans que les autorités ne bougent le petit doigt.

Où sont passés les fameux respirateurs artificiels, lits de réanimation et kits de tests de dépistage rapide…? Où est passé Moulay Hafid Elalamy, qui se pavanait, au début de la crise sanitaire, devant les caméras de télévision vantant son Made in Morocco? Pourquoi le gouvernement n’a-t-il pas annulé la fête du mouton, alors que tous les éléments prédisaient une montée en flèche des cas de contaminations, aggravant considérablement la situation épidémique? Et c’est ce qui arriva. Nous n’avons cessé de le répéter.

Ce gouvernement d’amateurs, où l’incompétence semble être le maître mot, a failli à sa mission, a très mal géré cette crise, et est responsable de la mort de centaines de Marocains. Des Marocains qui ne sont pas les seuls responsables de la détérioration de la situation sanitaire comme on veut nous le faire croire. Face à cette mauvaise gouvernance, un confinement de Casablanca est aujourd’hui plus que nécessaire, il est même vital.

La ville est en détresse respiratoire, les gens meurent par dizaines chaque jour, comme les entreprises asphyxiées depuis mars dernier, et oubliées par un gouvernement qui, au parlement, sans scrupule, se permet de s’enorgueillir de ses exploits chimériques.

Ce gouvernement doit répondre du florilège de mauvaises décisions qui ont coûté la vie à des centaines de concitoyens. Le Maroc respecte-t-il la vie et la dignité de ses citoyens, ou bien nos politicards ne seraient- ils que les garants, les figurants, d’une démocratie illusoire?.


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