Campagne céréalière sous de mauvais auspices

SAISON AGRICOLE 2020-2021

Face à une campagne céréalière aussi inhabituelle, le Maroc n’a d’autre choix que de continuer à recourir aux importations.

La campagne agricole 2020/2021 suscite de vives inquiétudes, notamment chez les fellahs. Ayant été marquée par de faibles pluies, l’année 2019/20 aura été marquée par des périodes de sécheresse qui ont fini par avoir un impact négatif sur les récoltes, notamment de céréales. Le déficit pluviométrique d’au moins 20% par rapport à la moyenne des cinq dernières années a touché certaines régions plus que d’autres: celles du Nord et de l’Oriental présentent un niveau proche de la normale, tandis que celles du Sud enregistrent un recul important. L’impact du retard des précipitations s’est, d’ailleurs, manifesté sur les prix des aliments de bétail.

Face à une campagne céréalière aussi anormale, le Maroc n’a d’autre choix que de continuer à recourir aux importations. Car, quel que soit le niveau de production, le Royaume reste un importateur net des céréales. En particulier de blé tendre et de maïs. En 2018- 2019, pas moins de 61 millions de quintaux de céréales ont été importés alors que la production locale avait enregistré un niveau record de 103,8 millions de quintaux.

Rappelons qu’un Marocain consomme en moyenne 200 kg de blé par an, soit trois fois plus que la moyenne mondiale. Comme dans les autres pays du Maghreb, cette céréale, à travers le pain notamment, est un élément de base dans le régime alimentaire. Mais le Maroc n’en produit pas suffisamment. Entre 2014 et 2019, la production locale n’a permis en moyenne de couvrir que 54% des besoins en céréales (blé, maïs, orge), selon l’ONICL (Office national interprofessionnel des céréales et des légumineuses). Les importations oscillent en moyenne autour des 3 millions de tonnes. Le Maroc, compte tenu de ses conditions agronomiques et climatiques et de sa croissance démographique, restera, de ce fait, structurellement importateur, non seulement pour cette année mais aussi dans les années à venir.

Tension sur les prix
D’ailleurs, pour la campagne agricole 2020/2021, les statistiques de la FAO montrent que les importations de blé du Maroc devraient augmenter à 5,5 millions de tonnes durant la campagne agricole. Ce qui fera de lui le 9ème importateur mondial de blé. La hausse prévue des achats à l’extérieur de blé durant la saison agricole 2020-2021 serait sûrement due à une possible baisse de la production agricole, affirment les experts de la FAO. Ainsi, au terme des quatre premiers mois de 2020, ces importations des céréales ont atteint, selon l’Agence nationale des ports (ANP), pas moins de 3,5 millions de tonnes, en progression de 38% par rapport à la même période un an auparavant.

Faisant partie des pays se trouvant dans une situation d’importateur net des céréales, le Maroc est en position de subir de plein fouet la tension qui s’exerce sur les prix des céréales, au niveau du marché mondial, par ces temps de ralentissement de l’économie mondiale suite à la propagation de la pandémie du Covid-19.

Malgré certaines tendances à la baisse des cours qui s’avèrent, souvent, de courte durée, des facteurs objectifs plaident pour une tension sur les prix des céréales de manière générale et en particulier du blé tendre, qui enregistre toujours une forte demande. Pour le Maroc, le volume importé du blé tendre intervient pour 50%, voire plus, dans les écrasements des minoteries. Ceci, quelle que soit l’issue de la production locale. Faut-il s’attendre, alors, à une facture à l’import relativement salée?


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