SORTIR DU CALVAIRE DES VIOLENCES AUX FEMMES

L’ONG “MOBILIZING FOR RIGHTS ASSOCIATES” DRESSE SON BILAN

Durant la pandémie du Covid -19, de nouvelles formes de violences faites aux femmes ont vu le jour. Les ONG qui accompagnent les victimes ont dû faire face à de nouveaux défis, notamment en termes de suivi, d’accompagnement mais aussi de coopération avec les autorités publiques. À ce effet, l’association Mobilizing for Rights Associates (MRA) vient de publier un rapport, le 1er juillet 2020, dans lequel elle a présenté un bilan de la situation, accompagné de recommandations à appliquer en période de confinement. Ses observations, basées sur les données recueillies auprès de 16 ONG, portent, notamment, sur l’impact de la pandémie sur la nature des violences faites aux femmes, les ressources et moyens des ONG et sur l’implication des autorités.

Selon l’association MRA, «76, 47% des répondants en ligne ont déclaré avoir remarqué des changements qualitatifs dans la nature des violences faites aux femmes, commises pendant la période de l’état d’urgence sanitaire», et ce, en raison de plusieurs facteurs, directement liés à la pandémie, qui ont engendré de nouvelles formes et/ou participé à l’augmentation des violences faites aux femmes. Parmi ces facteurs, l’association MRA cite, entre autres, les licenciements dus à la crise économique, la fermeture des espaces publics, la réduction du personnel sur les lieux du travail ou encore, et c’est le facteur le plus évident, le confinement obligatoire. En effet, en étant continuellement confrontées à leurs agresseurs, les femmes victimes de violences n’ont aucune alternative de logement et trouvent beaucoup de difficultés à communiquer leur détresse. Cela s’explique en partie par le fait que les associations ont dû digitaliser leurs services d’accompagnement, ce qui constitue un obstacle pour certaines qui ne disposent pas de smartphones ni même de téléphones, ou qui ne sont pas en mesure d’appeler discrètement à l’aide alors qu’elles sont confinées dans le même espace que leurs agresseurs.

Dépendance et impuissance
En effet, «91, 67 % des répondants en ligne ont déclaré être confrontés à de nouveaux défis pour servir les femmes victimes de violence pendant l’état d’urgence sanitaire», lit-on dans le rapport. En perdant leurs emplois, les femmes violentées se sont retrouvées sans ressources financières et donc, dépendantes de conjoints violents. De plus, comme le précise le rapport de l’association, les femmes sont plus amenées à travailler dans le secteur informel. Beaucoup ne peuvent donc pas bénéficier des indemnités octroyées par la CNSS.

,Quant aux indemnités versées aux personnes disposant d’une carte RAMED, l’association MRA rappelle qu’elles sont généralement délivrées aux pères de familles. Ces derniers n’utilisent pas forcément ces ressources à bon escient et la situation de dépendance et d’impuissance de leurs épouses reste inchangée.

Parmi les femmes qui ont réussi à conserver leurs emplois, certaines ont été confrontées à d’autres formes d’agressions. Que ce soit sur leur trajet désert vers le lieu du travail, ou dans les locaux quasi vides compte tenu de la réduction du personnel durant la période de confinement, certaines femmes ont été victimes de violences et de harcèlement sexuels.

L’association MRA a cité d’autres formes de violences subies par les femmes durant cette période de crise. Il s’agit entre autres des menaces, insultes, chantage, vol, etc. C’est ce qui a poussé ces femmes agressées dans leur dignité à s’adresser aux différentes ONG en question pour leur faire part du calvaire qu’elles subissent. Le rapport n’a pas manqué, d’ailleurs, de constater que «le nombre de femmes contactant les ONG a augmenté de manière significative ».

Pourtant, le ministère public avait publié un communiqué en date du 30 avril 2020, dans lequel il dévoile que le nombre de plaintes pour violences faites aux femmes entre le 30 mars et le 30 avril 2020 avait fortement baissé. Or, il se trouve que la réduction de plaintes ne traduit pas le nombre réel des agressions subies, mais s’explique plus, selon le rapport, par les restrictions de déplacement imposées aux citoyens durant l’état d’urgence sanitaire. L’association MRA évoque aussi dans son rapport quelques exemples où des femmes violentées ont dû fuir le logement familial et violer l’état d’urgence sanitaire pour pouvoir solliciter l’intervention des autorités.

Ordonnances de protection
Ceci dit, l’association MRA n’a pas manqué, néanmoins, de relever, dans son rapport, divers points positifs quant à l’implication des autorités publiques dans la lutte contre les violences faites aux femmes, pendant la période de confinement.

En effet, MRA précise que certains acteurs publics se sont mobilisés en créant des vidéos de sensibilisation ainsi que des groupes Whatsapp réunissant procureurs, forces de l’ordre, responsables de la santé et ONG, afin d’être à l’écoute des femmes victimes de violences. Cela dit, certaines défaillances et lacunes persistent et ont été mises en exergue par l’association, qui a également formulé quelques propositions de réformes spécifiques au confinement. «En l’absence d’un cadre juridique solide établissant les rôles, obligations, pouvoirs et devoirs clairs des acteurs étatiques, la réponse aux violences faites aux femmes pendant l’état d’urgence sanitaire, comme en temps normal, restera insuffisante pour prévenir les violences et protéger les femmes», précise, par ailleurs, l’association.

C’est dans ce sens, que la MRA a présenté plusieurs propositions, destinées au parquet, tribunaux, forces de l’ordre, services de santé et autorités administratives. Le catalogue de ces propositions va de la simplification des procédures de signalement au maintien des audiences relatives aux affaires familiales pendant l’état d’urgence sanitaire, en passant par l’interdiction aux forces de l’ordre de suggérer la réconciliation dans les cas de violence domestique ainsi que l’émission systématique des ordonnances de protection dès réception d’une plainte relative à la violence contre les femmes.

Parmi ces propositions figure aussi le fait de retirer immédiatement l’agresseur violent du domicile afin que les femmes et les enfants puissent y rester ainsi que le fait de fournir aux femmes séparées de leurs maris une carte RAMED même en l’absence d’un jugement de divorce. Tout en précisant que les déplacements vers des audiences, postes de police et autres services liés à une agression, constituent des raisons urgentes justifiant le déplacement exceptionnel. Sans oublier d’assurer les services de santé 7j/7 et à toute heure, pour les femmes victimes de violences, afin qu’elles puissent recevoir un traitement et obtenir les certificats médicaux nécessaires pour porter plainte en cas de besoin.


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