Calvaire d'AWA, une bande dessinée qui raconte la souffrance des migrantes


La nouvelle bande dessinée “Calvaire d’Awa» de Oumaïma Jmad est plus qu’une simple oeuvre d’art. C’est un cri de protestation contre l’exploitation moderne et une exploration poignante des souffrances des migrantes.

À travers l’histoire d’Awa, une jeune Ivoirienne aspirant à un avenir meilleur, Mme Jmad nous plonge au coeur des défis et des dilemmes que rencontrent les migrants, souvent attirés par les promesses trompeuses d’un avenir meilleur au Maroc. Ils sont entre 30 à 50 000 personnes en situation irrégulière au Maroc, issus des pays de l’Afrique de l’Ouest et de l’Afrique centrale et visant majoritairement à passer en Europe. Ils ont essayé de fuir la guerre, la pauvreté, les violences, la discrimination raciale et ethnique… Si certains réussissent à réaliser leurs rêves, d’autres se trouvent victimes de réseaux impliqués dans le trafic de migrants et la traite des êtres humains, dont 290 ont été démantelés au Maroc juste au cours de l’année 2022.

Poésie subtile
Ainsi, Mme Jmad a opté, dans le cadre du micro projet développé par le réseau des jeunes marocains engagés relevant de la fondation Friedrich Ebert, en partenariat avec Abderrahmane Saji, à aborder la question de la traite des femmes migrantes à travers la bande dessinée “ D’abord en raison de sa capacité à toucher un large public et à aborder de manière simplifiée des problématiques complexes mais aussi car c’est un moyen de dépasser des contraintes juridiques et de mettre en scène des personnages tout en préservant l’anonymat des personnes réelles concernées.” nous confie-t-elle.


Sur le plan artistique, Mme Jmad réussit à infuser une poésie subtile à travers les traits simplistes et les couleurs sobres de ses dessins. En utilisant efficacement les outils de dessin numérique de Canva et Photoshop, elle parvient à produire des images qui, malgré leur simplicité, expriment une profondeur émotionnelle étonnante. Les décors, les expressions faciales, les nuances de couleurs, tous se combinent pour créer un récit visuel envoûtant qui capte l’essence du récit.

Vérité palpable
La narration de Mme Jmad est quant à elle tout aussi puissante, traçant le chemin d’Awa avec une acuité et une empathie remarquables. Les éléments de l’histoire sont délicatement tissés pour mettre en lumière les rouages complexes de l’exploitation et de l’esclavage moderne. “Le personnage d’Awa a été développé en collaboration avec Khalid Dahmani, un psychologue clinicien expérimenté dans le domaine de la migration” nous a annoncé Oumaima.

Ainsi, grâce à cette collaboration, ils ont pu créer un personnage authentique qui représente les expériences vécues par de nombreuses femmes migrantes victimes de la traite, en se basant sur des informations précises et une compréhension approfondie de la réalité vécue par ces femmes. Mme Jmad n’épargne pas ses lecteurs des réalités difficiles de l’exploitation, du racket, du racisme, du harcèlement sexuel, du chantage et des menaces. Au lieu de cela, elle présente ces horreurs avec une franchise qui donne à l’oeuvre une vérité palpable.

En outre, Mme Jmad utilise efficacement le médium de la bande dessinée pour sensibiliser à la problématique de la migration et de l’exploitation. Elle dépeint la force d’Awa et des autres femmes dans des situations similaires, soulignant l’importance de l’action collective et du soutien juridique et psychosocial pour ceux qui sont pris au piège de l’exploitation. «Calvaire d’Awa» est alors une bande dessinée qui parvient à mêler avec brio l’art visuel et la narration pour raconter une histoire de migration et d’exploitation qui est à la fois troublante et incroyablement émouvante.

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