Les cabinets de pression Américains s'activent contre la Marocanité du Sahara

PEINE PERDUE

L’Algérie ne lésine pas sur les pétrodollars pour engager des cabinets de lobbying américains afin de saboter les succès diplomatiques du Maroc et surtout faire tomber la décision américaine de reconnaître la marocanité du Sahara.

Depuis l’annonce de la décision de l’administration américaine de reconnaître la souveraineté du Maroc sur son Sahara, c’est le branle-bas de combat au palais d’El Mouradia. Ni l’Algérie ni son réseau de lobbying américain très actif, ne voyait venir le 10 décembre 2020 la décision de l’ancien président Donald Trump. Plus particulièrement le cabinet Keene Consulting, appartenant à David Keene, sénateur républicain et ex-patron de la puissante National Rifle Association (NRA).

Alger s’est attaché les services de Keene Consulting en octobre 2018. La mission première ou plutôt officielle de David Keene est de promouvoir le rôle de défense régionale de l’Algérie dans la capitale américaine, sachant que Washington veut à tout prix détacher autant que possible, sur le plan de l’armement, Alger de Moscou dont l’activisme dans la région ne lui est pas étranger.

Keene Consulting travaille, dans ce sens, à persuader notamment le Sénat de l’importance de l’Algérie dans le domaine de la défense. Etant ex-président de la National Rifle Association (un lobby puissant des porteurs d’armes notamment auprès du Congrès américain), Keene s’est forgé une solide réputation en 2013, à la suite du rejet par le Sénat du projet de loi fédéral sur le contrôle des armes à feu, qui portait ses empreintes. L’autre mission «officieuse » est de contrecarrer le lobbying marocain à Washington et de ternir l’image du Royaume auprès de l’opinion publique américaine par rapport au dossier du Sahara.

Mobiliser le soutien des ONG
En vertu de son contrat, qui lui rapporte mensuellement la somme de 30.000 dollars américains, Keene a l’obligation de mobiliser le soutien des ONG, du public et des médias américains et d’améliorer l’image de l’Algérie aux Etats-Unis. Ce n’est pas tout. Keene doit maintenir un contact permanent avec l’ambassadeur d’Algérie aux États-Unis. En mai 2020, son excès de zèle va lever le voile sur la vraie nature de ses relations avec la junte militaire algérienne.

Dans une tribune publiée le 11 mai 2020, dans le Washington Times, David Keene a encensé le président Abdelmadjid Tebboune en qualifiant ses «réformes» de «courageuses et pleines de bons sens». Il paraît qu’il ne suivait pas l’actualité algérienne à l’époque et qu’il était insensible au ras-le-bol du peuple qui sortait dans la rue chaque vendredi pour réclamer le départ du régime en place et de ses symboles.

Ses relations «intéressées» avec le pouvoir algérien remontent à une date plus ancienne. Keene a eu une activité de lobbying en faveur de l’Algérie entre 2006 et 2007 pour le compte du Groupe Carmen, une société de lobbying basée à Washington D.C. Selon le Washington Post, Carmen Group a contribué à renforcer les relations entre l’Algérie et les États-Unis, grâce à la coopération gouvernementale et à des «conseils stratégiques».

Climat d’instabilité
Carmen Group était également responsable de projeter «une image à jour de l’Algérie et de promouvoir le soutien du Congrès, du public et des médias aux intérêts légitimes et aux objectifs politiques de l’Algérie », soulignait le Washington Post en 2006. Pour se rattraper, et «justifier son salaire», quelques jours après la décision de reconnaître la marocanité du Sahara, Keene attaque sans détours, dans le Washington Times, Donald Trump (mais aussi le secrétaire d’État Mike Pompeo et le conseilleur du président Jared Kushner) en l’accusant d’avoir entériné un accord immoral et cynique qui ternit son héritage.

Ce sénateur républicain est proche de John Bolton, son ancien collègue à la NRA, qui était conseiller de l’ex-président américain à la sécurité avec lequel il ne s’entendait pas bien depuis son limogeage en septembre 2019. Bolton est connu pour soutenir avec véhémence et pendant longtemps la tenue du référendum d’autodétermination et avait même participé à l’élaboration du plan James Baker II en 2003.

Bolton a réagi à chaud à la décision de Trump dans le magazine Foreign Policy. Il a écrit que cette Proclamation «met fin à trois décennies de soutien américain à l’autodétermination par le biais d’un référendum lui permettant de décider du futur statut de son territoire». «La meilleure chose à faire pour Biden serait d’annuler la décision relative à la souveraineté marocaine (…) Si Biden veut faire un revirement de 180 degrés, il devra le faire immédiatement après son installation, cela minimisera les dégâts», a-til conclu. Outre Keene et Bolton, d’autres ne ménagent aucun effort pour réaliser «le voeu» d’Alger, à savoir faire tomber la décision américaine sur le Sahara marocain.

Parmi eux, l’ancien secrétaire d’Etat américain et ex-représentant du SG de l’ONU pour le Sahara, James Baker. Aigri, il n’a pas hésité à dire que la décision de l’administration Trump «risque de créer un climat d’instabilité en Afrique du Nord dont pourraient profiter Al-Qaïda au Maghreb islamique et d’autres groupes terroristes ». Il y a aussi l’ancien envoyé personnel du SG de l’ONU pour le Sahara, Christopher Ross.

Au Sénat, David Keene s’appuie également sur le sénateur de l’Oklahoma, Jim Inhofe, par ailleurs président du Comité des forces armées du Sénat américain, un poste qui lui permet de «bien vendre» la coopération américano-algérienne en matière de défense. Ce dernier a déclaré le jour de l’annonce de Donald Trump: «Je suis attristé du fait que les droits du peuple sahraoui ont été échangés». Alger s’offre également, entre autres, les services des cabinets Foley Hoag & Eliot, International Policy Solutions et Rasky Partners.

Manigances sans succès
Constatant que ses manigances se révèlent sans succès, et pour donner un tant soit peu de crédibilité à son «voeu», Alger a demandé fin janvier 2021 aux groupes parlementaires à l’hémicycle algérien d’adresser une lettre au nouveau président américain, Joe Biden, dans laquelle ils exigent «l’annulation de la décision de Donald Trump sur la reconnaissance de la souveraineté marocaine sur le Sahara», parce que «le décret de Trump sur le Sahara marocain violerait les principes des États-Unis sur ce dossier» et que «la marocanité de ce territoire mettrait à mal le droit des peuples à l’autodétermination ».

Une autre peine perdue. Dans la proclamation du président Trump consignée au Conseil de sécurité de l’ONU, les Etats-Unis confirment leur rejet en bloc de l’idée de voir naître au Sahara un micro-Etat qui perturberait la stabilité de la région.

Les agitations d’Alger sont contrecarrées efficacement par le Maroc. Elles ont toutes échoué. Rabat a activé son propre réseau de lobbying tel que le cabinet Richard Smotkin. Selon un rapport de Foreign Lobby Watch, Rabat «a dépensé près de 1,5 million de dollars pour cibler les États- Unis en 2018».