Le Brésil se tourne vers le Maroc, son troisième fournisseur

Suspension des exportations d’engrais Russes et Biélorusses

Devant la menace d’une éventuelle pénurie d’engrais sur le marché mondial à cause de la guerre russo-ukrainienne, le Brésil a décidé d’augmenter ses importations d’engrais en provenance du Royaume, par l’entremise du groupe OCP.

La diplomatie des engrais. On pourrait ainsi qualifier le séjour du ministre de l’Agriculture brésilien, Marcos Montes chez ses trois fournisseurs de la région MENA (Moyen Orient-Afrique du Nord). Ce dernier, a entamé jeudi 5 mai 2022 une tournée de huit à dix jours qui le conduira en Jordanie, en Egypte et au Maroc, pour discuter de l’augmentation des importations d’engrais de son pays en provenance du Royaume. Une tournée de huit à dix jours qu’il poursuivra dans les prochains jours en Jordanie et en Egypte.

Pour Brasilia, c’est une véritable course contre la montre, depuis l’annonce, par le ministre de l’Industrie russe, de la suspension des exportations d’engrais de Moscou, son premier fournisseur. Les sanctions internationales imposées aux producteurs russes et biélorusses et la décision de la Chine, premier producteur mondial, de restreindre ses exportations, ont mis le Brésil dos au mur, et pour cause. Ce grand pays d’Amérique latine, une des grandes puissances agricoles du monde, importe 85% de ses besoins en engrais. Il en est d’ailleurs le quatrième consommateur mondial. « Nous aurons des réunions avec des représentants de ces pays pour discuter de l’approvisionnement en engrais et de l’expansion des investissements au Brésil », déclare le ministre dans une vidéo de 36 secondes prise dans un aéroport, postée le 5 mai sur son compte Twitter.

Forte présence du groupe OCP au Brésil
Selon le portail d’information brésilien «Sou de Canoas», Brasilia va augmenter ses importations d’engrais en provenance de ces principaux exportateurs de la région MENA de 30 ou 35%. Le Maroc occupe une place privilégiée sur cette liste, car étant le troisième fournisseur d’engrais du pays après la Russie et la Biélorussie, par l’entremise du groupe OCP. Le leader mondial de l’industrie du phosphate, présent au Brésil depuis 2010 via sa filiale OCP-Brésil, détient 10% du capital de Heringer, une société d’engrais brésilienne qui représente 40% des importations de phosphate du pays. En janvier 2022, la multinationale marocaine a renforcé son partenariat avec le géant brésilien Embrapa, société publique spécialisée dans l’agronomie et qui a grandement contribué à la révolution agricole brésilienne, pour élargir la coopération entre le Maroc et le Brésil dans la Recherche et développement, et innovation (RD&I).

Cette visite intervient presque deux mois après une rencontre organisée, le 12 mars dernier à Brasilia, par le ministère brésilien de l’Agriculture, avec les représentants de plusieurs pays arabes, dont le Maroc, pour échanger sur les moyens d’approvisionnement de son pays, après l’éclatement de la guerre russo-ukrainienne. L’ambassadeur du Maroc, Nabil Adghoghi, qui y participait, avait déclaré que les activités du groupe OCP s’étendaient sur une vingtaine d’États régionaux brésiliens.

Pour rappel, le géant marocain avait également annoncé, le 2 mars 2022, une convention avec Koch qui permettra à l’une des filiales de ce groupe américain d’acquérir 50% dans Jorf Fertilizers Company III (JFC III), une entité du complexe industriel de Jorf Lasfar, et la création d’une joint-venture (JV) détenue à parts égales par les deux groupes. D’après l’OCP, JFC III dispose d’une capacité de production annuelle allant jusqu’à 1,1 million de tonnes métriques d’engrais phosphatés. Un accord qui devrait lui permettre de renforcer sa présence sur le marché brésilien.