PRODUCTION LAITIÈRE

Le bras de fer des producteurs du lait avec les industriels laitiers

Le volume important de production du lait au niveau national poursuit sa tendance baissière en raison de plusieurs facteurs, dont entre autres la sécheresse. Mais pas que. Les professionnels du secteur relèvent de nombreux agissements qui ont conduit à la baisse du cheptel bovin laitier et de la production du lait au Maroc. Les détails.


La filière laitière connaît depuis 2016 un déséquilibre en matière de production du lait au niveau du Royaume. La production nationale de ce produit de consommation courante se chiffrait à 2 milliards de litres par an en 2022. Sauf que ce volume a baissé en raison de plusieurs facteurs dont notamment la sécheresse et le renchérissement des aliments pour bétail. Quoique l’Etat s’efforce d’enclencher des mesures visant à limiter la volatilité des prix sur les marchés nationaux, les défis auxquels sont confrontés les éleveurs du cheptel bovin laitier persistent encore.

Contacté par Maroc Hebdo, Mohamed Raita, directeur général de la Fédération interprofessionnelle de la filière laitière Maroc Lait, nous explique que le manque d’herbe dans certaines zones irriguées a déstabilisé le système de pâturage adopté dans le cadre de l’élevage des vaches laitières. Par conséquent, les éleveurs se sont confrontés à de nombreux défis, outre la baisse du rendement du cheptel.

Si les représentants des fédérations interprofessionnelles du lait sont quasiment tous alignés sur le même discours, à savoir celui qui jette la responsabilité sur les aléas climatiques, les éleveurs pointent du doigt la gestion du secteur par les principales fédérations. ‘‘Il faut savoir qu’aucune fédération reconnue par l’Etat ne représente réellement les éleveurs’’, se désole Ahmed Boukourizia, secrétaire général de la Fédération des producteurs de lait et de produits agricoles.

Les problèmes dont souffrent les professionnels de la filière ne datent pas de 2019, comme le laissent entendre certains patrons. Souhaitant se réserver une marge de bénéfice plus importante que d’habitude, les industries laitières se sont tournées vers le marché européen pour importer du lait en poudre depuis 2016. ‘‘Le kilogramme de poudre de lait coûte 15 dirhams. Au lieu de payer 4,5 dirhams/ litre aux coopératives, les industriels laitiers s’en procurent à 1,5 dirham/litre sous forme de poudre’’, détaille M. Boukourizia.


Volume d’achat
Les unités de production du lait ont donc profité de cette opportunité, mais en occasionnant beaucoup de dommages aux vendeurs du lait cru. ‘‘Ils n’ont pas trouvé mieux que de nous imposer un quota’’ ironise notre interlocuteur. Le résultat est que le volume du lait vendu par les coopératives aux sociétés de production du lait a drastiquement baissé en raison des nouvelles règles imposées. ‘‘Nous avons été asphyxiés économiquement par cette décision’’, déplore-t-il.

De nombreux éleveurs ont dû réduire la taille de leur troupeau en raison de la difficulté à écouler toute leur production laitière. La diminution du cheptel a, par conséquent, entraîné une baisse de la production totale du lait au niveau national. Après que les principaux clients des coopératives laitières ont réduit le volume d’achat, des milliers de litres se sont retrouvés sans acheteurs, ce qui a forcé les éleveurs à démarcher eux-mêmes auprès des commerçants pour tenter de vendre leurs produits D’autres se sont reconvertis dans d’autres filières agricoles.

Pour aider à reconstituer le cheptel bovin laitier, le ministère de l’Agriculture a mis en place une enveloppe budgétaire en vue de subventionner les importateurs à hauteur de 6 000 dirhams par tête. A travers ce programme, le ministère de tutelle ambitionne d’atteindre 60 000 vaches importées à fin 2026. ‘‘C’est une décision salutaire mais les 6 000 dirhams ne sont pas suffisants. Il faut savoir que les exportateurs européens ont augmenté le prix des races bovines de presque 10 000 dirhams’’, souligne un professionnel basé à Berrechid.

Le gouvernement a également déployé un programme de subvention des aliments composés. ‘‘Pour bénéficier de cette aide, il faut que l’éleveur traite avec la société qu’on lui impose. Sinon, il en est exclu’’, précise- t-il. ‘‘1,5 dirham pour chaque kilogramme pèse dans la balance, certes, mais il faudrait que le ministère de tutelle commence à subventionner le maïs ensilage qui constitue l’essentiel de l’alimentation des vaches laitières, à l’instar d’autres filières céréalières’’, recommande pour sa part M. Boukourizia.

Articles similaires