Le bras de fer entre Choubani et Chbaâtou se poursuit

Crise du conseil régional de Drâa-Tafilalet

Le président de la région de Drâa-Tafilalet persiste à refuser à l’ancien ministre des Pêches Saïd Chbaâtou et deux de ses colistiers de siéger au conseil régional.

El Habib Choubani sera-t-il le troisième président de région à rendre son tablier en moins d’une année? Après Abderrahim Bouaïda et Ilyas Elomari, respectivement démissionnaires les 13 juin et 28 septembre 2019 des présidences des régions de Guelmin-Oued Noun et Tanger-Tétouan- Al Hoceima, l’ancien ministre PJD (Parti de la justice et du développement) chargé des Relations avec le parlement et la société civile pourrait, en effet, bientôt suivre, tant le conseil de la région de Drâa-Tafilalet, qu’il préside depuis le 14 septembre 2015, vit actuellement une impasse qui ne manque pas de se répercuter sur la vie des quelque 1,6 million de locaux. En effet, de nombreux projets sont arrêtés. Sur près de 820 millions de dirhams d’investissements programmés dans la région, une centaine de millions seulement a, pour l’heure, été exécutée, soit un taux d’à peine 13%. Ce chiffre descend même à zéro si l’on prend la seule année 2019.

Blocage de projets sociaux
Et quand on sait le risque qui peut s’en encourir, comme on l’a vu dans la province d’Al Hoceima où à partir d’octobre 2016 des protestations avaient vu le jour en raison justement de la non réalisation d’une partie du programme de développement spatial qu’y avait lancé le roi Mohammed VI un an plus tôt, on ne peut que s’inquiéter, sachant qu’environ 42 projets ont trait notamment à la réduction des inégalités sociales et spatiales. La raison du blocage actuel, c’est bien évidemment le refus de M. Choubani de voir l’ancien ministre des Pêches, Saïd Chbaâtou, siéger dans le conseil de la région. Ses raisons sont, certes, légitimes: M. Chbaâtou avait, pour rappel, vu son élection au conseil de la région annulée le 25 juin 2019 par la cour administrative d’appel de Rabat, après sa transhumance depuis l’Union socialiste des forces populaires (USFP), où il a effectué une grande partie de sa carrière politique, vers le Rassemblement national des indépendants (RNI) -c’est lui-même qui, au passage, avait initialement saisi la justice.

Mais le wali de la région, à savoir Yahdih Bouchaâb, n’a pas encore été notifié de la décision de la cour administrative d’appel et, par conséquent, ne peut exécuter son jugement. Ce qui fait qu’il ne peut interdire à M. Chbaâtou et à ses colistiers de siéger au conseil régional. M. Choubani n’en a cependant cure: la session ordinaire du mois d’octobre 2019, prévue le 17 du mois, a été ajournée car l’ancien ministre a persisté à ce que M. Chbaâtou et les siens se retirent. La discussion de nombreuses conventions intéressant notamment les partenariats entre les collectivités territoriales et les chambres professionnelles ainsi qu’avec les départements gouvernementaux et les institutions publiques ou encore les partenariats avec les associations culturelles et sportives étaient pourtant à l’ordre du jour.

M. Yahdih s’en est d’ailleurs montré courroucé. Prenant directement à partie M. Choubani et son conseil, il n’a pas hésité à dénoncer des «futilités». «[Il faut] respecter les ordres de Sa Majesté qui appelle toujours à dépasser ces perturbations politiciennes pour travailler sérieusement dans l’intérêt de la population et de la région,» a-t-il martelé. Mais pas sûr que M. Choubani mette, pour autant, de l’eau dans son vin, étant donné qu’il en a fait une question d’honneur. En attendant, les principaux perdants restent, en dernier ressort, les habitants de la région...


2 commentaires

  • hicham

    30 Octobre 2019

    Ce que nous n'avez pas cité c'est que Lundi matin, Shoubani a publié une clarification et un document concernant la notification de l'arrêt d'appel rendu contre Shabataou. Il a déclaré que la décision finale avait été communiquée le 25 juin 2019 au wali de la région par luissier, et que cet notification avait été refusé. Donc ce sont les autorités qui ne veulent pas appliquer la loi pour générer une impasse afin de pousser Shoubani à la démission. Appliquez la loi messieurs et arrêtez vos manœuvres

  • Choubani

    1 Novembre 2019

    "Luissier" ? "cet notification" ? Ah bon ! C'est du masculin maintenant ? Je m'arrête là.

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