Branle-bas de combat dans les facultés de médecine

LES ÉTUDIANTS EN MÉDECINE BOYCOTTENT LES EXAMENS

Un long bras de fer oppose les étudiants en médecine au gouvernement. Malgré l’offre de celui-ci, les étudiants campent sur leurs positions et boycottent les examens de juin 2019. Dans les bancs des facultés de médecine, on parle déjà d’une année blanche.

Depuis sa tendre enfance, Hatim Chaquiri, 24 ans, caresse le rêve de devenir médecin. Un rêve auquel il est ardemment attaché puisqu’il réussit à s’inscrire à la faculté de médecine de Casablanca, après son baccalauréat en sciences expérimentales obtenu avec mention très bien au lycée Mohammed V.

Pendant les 4 premières années d’études à la faculté, il raconte s’être plutôt bien imprégné du rythme effréné de travail. Mais, à partir de la 5ème année, les choses commencent à se compliquer sérieusement pour lui, au point qu’il a commencé à douter de sa capacité à terminer le cycle des études. «Je rêve de devenir spécialiste en chirurgie abdominale, mais, au Maroc, cette spécialité est trop parsemée d’embûches, notamment l’indisponibilité des médecins encadrants et le manque d’équipements dans les laboratoires médicaux de la faculté», raconte cet étudiant à l’ambition dévorante.

Une situation catastrophique
«J’aurais aimé m’inscrire dans un établissement universitaire étranger, notamment en France, mais le manque de moyens de mes parents ainsi que la cherté de la vie dans ce pays m’en empêchent», ajoute-t-il, l’air dépité. Comme Hatim Chaquiri, ils sont des centaines à souffrir de la situation catastrophique dans les facultés de médecine. Alors qu’ils sont invités, le lundi 10 juin 2019, à passer leurs examens, ils ont préféré défiler dans la rue et boycotter toutes les épreuves écrites les concernant. Un boycott suivi à 100%, selon la Commission nationale des étudiants en médecine. Dans certaines facultés, les étudiants étrangers ont suivi le mouvement de boycott par solidarité. Dans d’autres, ils ont passé les examens.

Déficit de confiance
Les parents des étudiants ont organisé des sit-in devant certaines facultés, comme à Casablanca. Dans un communiqué rendu public lundi 10 juin 2019, les parents des étudiants se montrent solidaires avec la décision de la Commission nationale, appuient leurs revendications et appellent le gouvernement à trouver un accord avec les étudiants avant de reprogrammer les examens dans des conditions et des délais adaptés.

Pour leur part, les bureaux du Syndicat national des enseignants du supérieur au sein des facultés de médecine avaient annoncé leur refus de participer à la surveillance des examens. Une décision motivée par l’absence des conditions fiables pour le déroulement de ces examens. Depuis le 25 mars 2019, les étudiants en médecine ont engagé un bras de fer ouvert avec le gouvernement. Un bras de fer qui a trop duré mais qui risque de ne pas trouver une issue heureuse compte tenu de la montée récente de la tension entre les deux parties. Les étudiants évoquent un énorme déficit de confiance vis-à-vis du gouvernement soupçonné de ne pas approfondir leurs revendications.

L’accord rejeté
Lors d’une conférence de presse tenue le 14 mai 2019, les deux ministres de tutelle, Saïd Amzazi, en charge de l’Éducation nationale et de l’enseignement supérieur et son homologue de la Santé, Anas Doukkali, ont présenté un projet d’offre pour calmer la colère des étudiants. Soumis au vote auprès des étudiants des différentes facultés de médecine (Rabat, Casablanca, Marrakech, Agadir, Tanger, Fès et Oujda), ce projet d’accord a été rejeté par une majorité écrasante, soit 91%. Dans leur dossier revendicatif, les futurs médecins présentent un total de 16 demandes qui visent l’amélioration de la qualité de la formation.

Les deux ministres ont déclaré avoir positivement répondu à 14 points. Il s’agit, entre autres, de maintenir le statut juridique actuel du concours des médecins, des pharmaciens et des médecins dentaires internes et de permettre à ces étudiants de bénéficier du système d’assurance maladie obligatoire.

La force de l’union
Sur l’augmentation du nombre de postes de travail réservés aux titulaires d’un doctorat en pharmacie ou en médecine dentaire, le gouvernement se montre également disposé à y donner une suite favorable. Il ne voit pas d’objection non plus à accorder une indemnité de fonction aux étudiants en pharmacie en 5ème et 6ème années de formation ainsi qu’aux étudiants en médecine dentaire en 6ème année. Quant à l’ouverture de l’accès aux examens d’internat et de résidanat aux étudiants du privé, ainsi que l’ajout récent d’une 6ème année au cycle d’études en médecine dentaire auxquels s’opposent les grévistes, le gouvernement demande plus de temps. Le gouvernement estime que ces deux points n’ont pas un caractère urgent et que leur traitement pourrait se réaliser dans deux ans au maximum.

Autre engagement pris par le gouvernement: l’augmentation du nombre de postes réservés au concours de résidanat, avec une considération de la dimension régionale permettant aux régions de disposer de ressources humaines spécialisées. En revanche, concernant le rejet par les étudiants en médecine de la 6ème année en médecine dentaire, les deux ministres affichent une profonde objection, précisant qu’au niveau international, la durée de formation pour décrocher ce diplôme est, en moyenne, de six ans.

Résignés mais déterminés, les étudiants ne veulent lâcher sur aucun point dans leur dossier revendicatif. Une force qu’ils semblent puiser dans leur union et leur aspiration profonde à améliorer les conditions de travail de ces médecins de demain. Leur objectif d’aujourd’hui est de sauver une formation stratégique pour le pays.


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