Brahim Ghali au milieu d’un tourbillon de contestations

LA GRONDE ET LA CONTESTATION MONTENT D’UN CRAN DANS LES CAMPS DE TINDOUF


L’insécurité règne dans les camps de la honte depuis la réélection de Brahim Ghali à la tête du polisario. Le chef contesté des séparatistes fait face à une forme d’opposition sans précédent.

Le chaos sécuritaire émerge à la surface dans les camps de Tindouf depuis la fin du 16ème Congrès du Polisario. Vols, braquages, incendies, et des trafiquants de drogue de contrebande mettant les camps à feu et à sang.… L’insécurité est partout. Il fait face à une forme d’opposition sans précédent. ECSahraoui, média pro-polisario, a publié un article samedi 4 mars 2023, intitulé « Brahim Ghali interdit la contestation politique au sein du front Polisario ». Dans cet article, l’auteur explique Ghali a perdu la confiance de la population. « Selon les résultats électoraux des trois dernières élections présidentielles, le leader actuel continue de saigner et de perdre des électeurs au fil des ans. Aux élections de 2016, il est sorti vainqueur avec 93,19%, en 2019 avec 86,10% des voix, et aux dernières élections du mois dernier, il a obtenu 69%, enregistrant le résultat le plus bas de l’histoire récente de la République sahraouie obtenu par un candidat à la présidence », lit-on.

Aides humanitaires
Il a mis à l’écart puis assigné à résidence son principal contestataire, Bachir Mustapha Sayed, qui n’est autre que le frère du fondateur du polisario, El Ouali Mustapha Sayed. En novembre 2019, au temps où il était ‘’ministre des territoires occupés et de la diaspora de la république sahraouie», il a déclaré à «ECSahraoui» que la fantomatique Rasd ne détient aucun attribut de «souveraineté» ni à Tindouf, ni dans les prétendus «territoires libérés». En réaction au blocage de seize fourgons chargés d’aides humanitaires espagnoles destinées à des familles sahraouies «réfugiées» dans les camps de Lahmada qui a duré un mois et demi au port algérien Ghazaouet, il a déclaré, sans ambages : « Mon ministère n’a ni port ni aéroport et les autorités algériennes n’autorisent que le passage des caravanes humanitaires destinées aux camps de réfugiés sahraouis. Seul le ministère des Affaires étrangères de l’Algérie peut autoriser l’entrée des aides humanitaires sur le territoire national algérien et veille à ce que le Croissant-Rouge sahraoui (MLRS) soit la seule institution sahraouie responsable de sa rétention ».

La situation actuelle dans les camps de Tindouf est décriée par Mahmoud Zeidan, un opposant à la direction de Brahim Ghali, qui a choisi de vivre en Espagne par crainte de représailles. Il a appelé à «déclarer les camps de Tindouf une zone sinistrée, à cause de la multiplication de ces graves incidents sécuritaires». Une fronde interne qui cible en premier lieu le chef des séparatistes, Brahim Ghali, et les membres inamovibles de son ‘’gouvernement’’. Mahmoud Zeidan, qui avait appelé à un putsch contre la direction du polisario, a d’ailleurs passé plusieurs mois en prison.


Difficultés socio-économiques
Dans une lettre ouverte, voire un appel à renverser la direction du Polisario, Zeidan dénonce la « faillite de toutes les institutions », « l’absence totale de structures sécuritaires, civiles et militaires » et pointe les difficultés socio- économiques : la piètre qualité des services fournis par la société d’électricité algérienne aux Sahraouis de Tindouf et la réduction des dépenses publiques, laquelle pourrait impacter le budget consacré à la scolarisation des enfants sahraouis dans les internats des collèges. Zeidan avait écrit que les chefs des sept régions militaires sont dans les camps au lieu d’être au front pour combattre les Forces armées royales (FAR) marocaines à l’ouest du mur de sécurité. Pour sa part, Bachir Halla, membre du parlement de la fantomatique RASD, a comparé Brahim Ghali à une « marionnette », évoquant une situation « catastrophique » dans le camp de Tindouf à cause de « la mauvaise gestion basée sur le clientélisme tribal prôné par les proches de Ghali ».

En décembre 2022, le représentant du Front à Bruxelles, Oubi Bouchraya Bachir a déposé sa démission, motivée par des divergences profondes avec Brahim Ghali sur « la vision et les méthodes ». La contestation interne provient également d’un sentiment de déception d’autres membres influents du front qui ont constaté que Ghali a reconduit les mêmes membres dans le nouveau ‘’gouvernement’’.

Après l’annonce de sa composition, les contestataires ont qualifié son ‘’cabinet’’ de «l’ancien et le nouveau gouvernement». Le média séparatiste révèle que malgré les «succès» que le mouvement vante s’agissant de la question du Sahara, il existe plusieurs «pilules amères à avaler », citant «l’ouverture de consulats» au Sahara, la nouvelle position de l’Espagne sur la question ainsi que «la situation interne délicate». Ghali doit ainsi «faire face à une pression populaire croissante et à une méfiance généralisée envers son leadership», poursuit « ECSahraoui». Dans son article, le média pro-Polisario explique que «le maintien des mêmes dirigeants depuis quatre décennies, à la «roulette russe» n’est toujours pas bien vu aux yeux» des habitants des camps, «ni n’inspire confiance et cohésion».


Des manifestations de protestation dans les camps de Tindouf.


Pilules amères
Des opposants aigris mais aussi une population révoltée qui voit que les aides humanitaires en provenance de l’étranger et des organisations onusiennes sont détournées par Brahim Ghali et ses proches conseilleurs. Cette contestation interne se nourrit de la mauvaise réputation qu’a Brahim Ghali, à l’image du Polisario, auprès de nombre de personnalités de la classe politique espagnole : affaibli et dépendant d’Alger. Le 16 février, les associations espagnoles de victimes du terrorisme dont ‘Association canarienne des victimes du terrorisme ont demandé, dans un communiqué, aux groupes parlementaires du Congrès des députés d’arrêter immédiatement le projet de loi sur «l’octroi de la nationalité espagnole aux Sahraouis nés sous la souveraineté espagnole» présenté par «Unidas Podemos UP, EH Bildu et Nueva Canarias».

« Cela va permettre d’accorder aux dirigeants du Front Polisario et aux descendants sahraouis, comme c’est le cas du président sanguinaire Brahim Ghali, des pensions à vie aux frais des budgets et du trésor public des Espagnols », ont-elles dénoncé. Les habitants de Tindouf sont non seulement séquestrés, puisqu’ils ne peuvent pas quitter les camps même pour déambuler dans la Wilaya algérienne de Tindouf, et privés d’un mode de vie décent, mais en plus ils n’ont pas une pièce d’identité ou un passeport algériens.

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