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Brahim El Mazned : "Les chikhates font partie de nous, de notre conscience, de nos traditions..."

Quelle a été votre réaction à la sortie de Yassine El Amri, un barbu, qui s’est attaqué à la série L'Maktoub qui traite l’histoire qui doit être prohibée d’une chikha et que la SNRT diffuse, dit-il, en plein Ramadan?
Pour moi, une telle sortie n’aurait pas mérité autant d’importance dans les réseaux sociaux, c’est un non évènement. Cela dit, dans notre société, il y a, qu’on le veuille ou non, une mouvance conservatrice qui appelle à une vie de reclus, à des pratiques hors temps, hors contexte historique. La série L'Maktoub est diffusée sur une chaîne de télévision marocaine. Il y a des milliers de chaines à travers le monde y compris des chaines qui partagent l’avis de ce cheikh. Personne n’oblige personne à regarder telle ou telle émission.

Mais pourquoi, chez nous, la chikha est mal vue?
Dans beaucoup de sociétés à travers le monde et à travers l’histoire, les artistes ne sont pas toujours acceptés par toutes les catégories sociales. Quand les artistes sont des femmes le rejet domine, des fois. Il y a de la résistance, ce qui peut expliquer que certains genres musicaux dans certaines régions sont exclusivement masculins.

La musique du fado ou le flamenco a subi les mêmes anathèmes et pourtant ce sont des arts majeurs de renommée mondiale. En même temps, les femmes artistes créent ce genre d’ambivalence: on les rejette et on désire les voir à l’oeuvre. Il y a réprobation et amour, si je peux le dire ainsi. On ne peut pas continuer à tourner le dos à une partie de nous-mêmes, notamment liée au patrimoine immatériel comme la danse et le chant et toutes les expressions artistiques et culturelles datant de plusieurs siècles.

Pour vous, en tant que directeur artistique du festival Timitar, les chikhates font partie de notre patrimoine culturel…
Absolument et pas uniquement patrimoine culturel, les chikhates font partie de nous, de nous conscience, de nos traditions, de notre vécu quotidien comme d’autres composantes de notre culture, comme les rrayssates. Quand vous assistez au moussem de Moulay Abdellah Amghar, à quelques kilomètres d’El Jadida où la aïta est le chant dominant, et que vous constatez la foule immense qui y assiste ou quand vous partez dans les festivals dans la région de la Chaouia, Abda ou Zaërs, vous allez vous rendre compte que les Marocains dans une large majorité se reconnaissent dans ce genre de musique et de chants populaires.

Même ceux qui s’élèvent contre les chikhates ont des frémissements quand ils les écoutent. Les chikhates procurent de la joie, notamment lors des rendez- vous majeurs qui rythment notre vie et Dieu sait combien on en a besoin par les temps de crise actuels.

Recueillis par N. Jouhari

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