Bouteflika s'en va. Bon débarras!

Natif d’Oujda, Bouteflika a renié la terre de sa prime jeunesse.

Dès son apparition sur la scène nationale et internationale, Abdelaziz Bouteflika (Boutef, pour les intimes) surprend par un physique européen. De plus, il parle un français sans accent. Lorsqu’il a un marocain comme interlocuteur, il le toise de ses yeux bleus et lui lance un regard insondable de mépris. Pourquoi tant de haine pendant tant d’années ? il est le seul à le savoir. Tout comme il ne veut pas admettre que le monde a changé depuis son retour aux affaires, après avoir remporté les quatre dernières élections présidentielles de manière douteuse, en tant qu’unique candidat. Tout pousse à croire qu’il n’entend nullement agir en conséquence. Il reste sur le fuseau horaire politique d’une bipolarisation mondiale qui n’existe plus ou qui existe autrement.

Démonstrations de force
Du coup, il semble constamment en retard d’une guerre face au Maroc et au reste du monde. Lorsque Beji Caïd Essebsi, à peine arrivé au pouvoir en Tunisie, lui rendait une visite de courtoisie, il appelle son hôte juste pour l’avertir qu’il est disposé à tout discuter sauf de la question du «Sahara occidental ». Or c’est précisément pour cela que le président tunisien est venu à Alger; histoire de relancer la coopération multilatérale au sein d’un Maghreb qui reste à construire. Il retournera bredouille chez lui. C’est finalement de cette manière que Bouteflika aura rempli la solitude présidentielle depuis le palais de la Mouradia durant ses 20 années de pouvoir.

Il les consacrera aussi et surtout à acheter des armes en masse, pour des budgets colossaux, juste pour des démonstrations de force le long des frontières avec le Maroc. Des contrats monumentaux contre l’appui des pays bénéficiaires à l’hégémonisme algérien en Afrique. Certains pays comme l’Afrique du sud cèdent bruyamment et ouvertement après avoir empoché des millions de dollars de la commission habituelle à partager avec la junte militaire d’Alger. C’est ainsi et pour cela que le Sahara marocain est devenu une sorte de tic chez un Bouteflika ivre de pouvoir et de pétrodollars. Lorsqu’on survole son parcours, on arrive, autant que faire se peut, à démêler le pourquoi du comment. Comme chacun sait, Bouteflika est né le 2 mars 1937 à Oujda, à l’Est du Maroc, où il a grandi et fourbi ses premières armes en politique, comme dans la vie au quotidien. Dans ce cas d’espèce, le lieu est d’importance, car il a donné son nom à un ensemble d’officiers du FLN qui sera connu sous l’appellation de «Groupe d’Oujda», sous le commandement du colonel Houari Boumedienne; lequel groupe va dominer la vie politique en Algérie, avant comme après l’indépendance.

Dans l’ombre, Boumedienne s’installe déjà comme le chef opérationnel de l’ouest algérien. Un titre au nom duquel il mijote dès 1961 l’équipe qui va diriger le pays dans la foulée du départ des Français. En 1961, Boumedienne offre à Bouteflika sa première mission à l’étranger. Il est chargé de passer outre le filet sécuritaire des Français pour rencontrer les chefs historiques du FLN, en résidence surveillée au château d’Aulney, en Seine et Marne.

Guerre des Sables
L’avion civil à bord duquel se trouvaient lesdits chefs et détourné par les services français était parti du Maroc. Coïncidence ou pas, l’incident annonce un futur bilatéral pas de tout repos. C’est en tout cas le début d’une carrière politique pour Bouteflika. Ce dernier va connaître son premier échec dès après l’indépendance. Bouteflika a misé sur une longue présidence de Ahmed Ben Bella, renversé par le coup d’Etat de Boumedienne en 1965, et assigné à résidence pendant 14 ans.

Dès sa cooptation par la direction du FLN pour devenir le premier président de l’Algérie indépendante, Ben Bella nomme Bouteflika ministre de la Jeunesse, des sports et du tourisme. Puis, au premier remaniement, il décroche le portefeuille des Affaires étrangères, avant que Ben Bella ne reprenne lui-même le contrôle de ce département. Colère noire de Boumedienne, qui n’apprécie pas que l’on touche à son poulain. Bouteflika est finalement rétabli. Il n’a que 26 ans, les cheveux au vent à la manière des hippies de l’époque et la tête dans les nuages. Le jeune Bouteflika est un coureur notoire, qui plus est avec succès. Au niveau des Affaires étrangères, il est le plus jeune diplomate dans la pyramide démographique de ses compères. Vu ses affinités préférées, pas vraiment étonnant qu’il n’ait pas trouvé pointure à son pied pour convoler en justes noces ; peut-être au Maroc, pourquoi pas ! Par contre, sur le registre des relations avec le Maroc, ce n’est pas vraiment le «tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles».

Vérité historique
Sous l’ère Bouteflika, la crise se durcit entre les deux pays et la confrontation armée est inévitable. Celle-ci a déjà éclaté en 1963 sous le nom de «la guerre des Sables» de quelques mois avant le dernier coup de feu. Au jour d’aujourd’hui, le fait déclencheur reste le même. À savoir un tracé des frontières dessiné par la France en faveur d’une Algérie département français et forcément au détriment du Maroc. Côté algérien, les politiques de l’époque, dont Bouteflika, le savent pertinemment. Personne, même ceux considérés comme proches du Maroc, ne pipe mot sur la vérité historique. Là dessus est venu se greffer, dans les années 1970, l’affaire du Sahara marocain, retiré à un autre protectorat, espagnol celui-là, et récupéré par le Maroc.

Après l’avoir créé et armé, l’Algérie de Bouteflika supervise les actes militaires et les tribulations diplomatiques du Polisario. Lorsque Bouteflika est arrivé au pouvoir, en 1999, au Maroc on a cru, sans être ni dupe, ni excessivement naïf, que ces dossiers allaient peutêtre bouger dans le sens d’une légitimité marocaine sur son Sahara. Après tout, pouvait -on imaginer, n’est-ce pas «l’un des nôtres» qui est aux commandes à Alger? Il n’en a rien été. Au contraire, durant les 20 années de Bouteflika au pouvoir, on n’a rien vu d’autre qu’un surarmement hallucinant amassé sur la ligne de front avec le Maroc. L’enfant du pays a résolument tourné le dos à sa terre natale; tout aussi celle de sa prime jeunesse.

Le fait qu’il ait eu ce dossier en héritage de son mentor, Houari Boumedienne n’a rien arrangé. Bouteflika s’en est senti dépositaire et exécutant testamentaire. Il en a même rajouté par le maintien de la fermeture des frontières avec le Maroc. Un geste qui cache mal une crainte réelle ou fictive. Craindre quoi? Allez savoir; de préférence, du côté de l’exil doré d’un Bouteflika rejeté par son peuple.


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