BOUSSEMGHOUN, L'UNIQUE SOURCE D'UN RESSENTIMENT !

Abdelmadjid Tebboune, président algérien

Née en Algérie, la Tariqa Tijania s’était trouvé, en Fès, une capitale devenue un incontournable lieu de pèlerinage. Abdelmadjid Tebboune, descendant de dignitaires tijanis nous rappelle que cette mésentente historique est toujours d’actualité.

Il n’était pas ce candidat issu de l’environnement révolutionnaire. Il n’est pas, non plus, le successeur putatif des anciens présidents de la République ou des pivots de la révolution algérienne, tels Ben Bella qui se voulait en guerre pour rassembler, ou un Boumediene qui lâche une larme en criant Hagrouna, ou l’ami Boudiaf, martyr de ses propos, ni même du valeureux Krim Belkacem, l’unique victime des Accords d’Evian et de de Gaulle…

Le Président Abdelmadjid Tebboune n’est plus donc le candidat qu’il fut, mais ses interventions sur le Maroc furent particulièrement agressives. Si elles le furent, à priori, pour plaire à ses soutiens, fût-ce un seul, il n’en reste pas moins que le propos, la forme, le fond, la posture, le ton et le timing ne relèvent pas d’une contingence passagère ou d’un intérêt inopiné. L’on peut soupçonner du subconscient inaccessible et de l’intimité maîtrisée. Tentons de les surprendre. Seule possibilité: le passé; un passé riche, fécond et révélateur. Il sera donc question ici, hors complaisance ou animosité, de revoir l’Histoire d’une famille de renom avec ses influences sur l’actualité contemporaine du Maghreb.

LE TOUAT OU LA CONVICTION PASSE PAR LE REFUS
Si, dans la totalité des pays du Maghreb, la dévolution des pouvoirs politiques était restée dans la continuité séculaire, même en Algérie, le Président Abdelmadjid Tebboune ne serait pas devenu chef d’Etat, par le biais d’une boîte appelée urne, mais il aurait pu prétendre à la plus haute des fonctions, par la volonté unanime de sa oumma, vu le passé indiscutable de ses aïeux et parents, tous ouléma, fouqaha ou cheikhs musulmans, et ce, historiquement, socialement, cultuellement, culturellement. En effet, cette famille originaire du Touat, limitrophe de notre Tafilalet, était le pivot incontournable de l’Islam dans cette région.

Parlons donc du Touat, pour comprendre le caractère trempé de tous les originaires de cette région où le coup de feu était facile, la trahison impossible; et être rebelle, une liberté. Coups de feu… pour tout et pour rien: contre la région de Figuig et ses zaouias, qui en faisaient continuellement la dure expérience; contre le Tafilalet, pour ses liens africains, son aura, sa richesse; contre le Bey Ottoman à Oran et sa terrible répression. Pour la liberté, ce fut celle de la contestation des pouvoirs depuis les Idrissides de Tlemcen, aux Saadiens de Mansour Eddahbi à Tombouctou.

Pour leur part, les ottomans ont préféré en rester à l’écart, sauf escarmouches subites et assassines. Pour ce qu’elle a appelé la «pacification», la France n’en fut pas plus heureuse au prix de colonnes, voire d’escadrons, massacrés, malgré de sévères représailles aveugles.

Pour la trahison, les gens du Touat n’ont jamais admis l’article VI du traité pour la délimitation des frontières dit de Lalla-Maghnia, signé en 1845 entre le Maroc et la France, et où les plénipotentiaires marocains ont accepté une malheureuse déclaration sur le Touat, pourtant connu pour ses Bay’a à nos sultans. En effet l’article VI de ce traité stipule, «quant au pays qui est au sud des k’sours des deux Gouvernements, comme il n’y a pas d’eau, qu’il est inhabitable, et que c’est le désert proprement dit, la délimitation en serait superflue.». Une césure tragique…

Or, à 120 km à l’est de Figuig, la vie existait bien à Boussemghoun, à l’eau abondante et à la palmeraie verdoyante… Il suffisait alors de retrouver son histoire cultuelle, pour retrouver un fait particulier: la naissance d’une importante zaouia, la toute dernière avec un impact mondial.

BOUSSEMGHOUN: PRESTIGE, DECEPTION ET RESSENTIMENT
Quand on remonte le temps et précisément à la fin du XVIIIème siècle, les aïeux du chef d’Etat algérien actuel y offrent un moment historique prestigieux à Boussemghoun, ce k’sar de leur origine. Ce village est l’objet de leur fierté mais il reste aussi celui du ressentiment et de la possible rancune visant notre pays. L’actuel Président de l’Algérie a été certainement nourri par ces faits historiques qui conditionnent un comportement plus qu’une position.

En effet, l’Histoire retient que c’est à Boussemghoun que le Cheikh Sid Ahmed Tijani a créé la Tariqa Tijania en s’y s’installant et en y prêchant à partir de 1781. Et si Sid Cheikh Ahmed Tijani est le maître incontesté de la Tariqa Tijania, les aïeux du président de la République algérienne furent les premiers adeptes, les premiers protecteurs, et aussi les premières victimes tant du Bey d’Oran que des autres Tariqa hostiles, pour la plupart marocaines. Ces aïeux furent aussi les premiers compagnons de Cheikh Sid Ahmed Tijani, ces compagnons à qui la Tijania doit les luttes pour son existence, l’enthousiasme pour son développement et l’abnégation pour son extraordinaire expansion internationale. Boussemghoun était donc, au coeur de la Tijania fleurissante.

ET FES: CE CHOIX VISIONNAIRE DE SID AHMED TIJANI
Donc tout était parfait dans le quotidien des Semghoun, sauf que, en 1799, et donc après 18 ans de prêches à Boussemghoun, le fondateur Sid Cheikh Ahmed Tijani, dont la famille est originaire de notre Doukkala, décide de s’installer définitivement à Fès, prétextant les multiples contrariétés ottomanes. Il trouva à Fès un accueil populaire, et aussi une notable bienveillance du Sultan Moulay Slimane. Allégresses à Fès et absolue affliction à Boussemghoun ! Les Semghoun ont fini, certes, par accepter la sentence du chef de la Tariqa, mais cette décision sonnait comme un terrible abandon; une souffrance qui est toujours d’actualité, ce que reflètent les relations entre la branche tijania marocaine et la branche source algérienne, malgré des ententes épisodiques.

Au décès de Sid Ahmed Tijani, ses deux enfants ont été vite rapatriés par ses compagnons semghouns, dans un premier temps à Boussemghoun puis à Aïn Madi, lieu de naissance du fondateur de la Tariqa. Trop tard pour restituer au K’sar son pouvoir religieux: la Tijania s’était trouvé, en Fès, une capitale devenue un incontournable lieu de pèlerinage; et le tombeau de Sid Ahmed Tijani consolida définitivement cette aura.

Et en 2019, soit 220 années après ce départ de Boussemghoun pour Fès, le candidat Abdelmadjid Tebboune, en indexant le Maroc, nous rappelle que cette mésentente est toujours d’actualité; et si la nation algérienne est d’abord son premier souci, c’est cette mésentente de plusieurs siècles qui influe sur sa position par rapport au Maroc.

Reste une interrogation d’actualité: Dans ce bruit de bottes régional, le Président algérien, serait-il dans une totale hostilité pour des engagements militaires? Tout est possible, Touat et Boussemghoun obligent plus que la nation algérienne, avec l’exclusion d’une totale pensée pour un groupe dans la dissidence!

Mais une clé, sorte de sésame, existe: elle est entre les mains des deux branches de la Tijania et de leurs partenaires africains. L’on peut ajouter que, pour ses actuels adeptes, le Cheikh Sid Ahmed Tijani veille sur le Royaume. Et qui vivra verra. Qui tentera aussi!

DRISS ENNAHDI EL IDRISSI


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