Entretirn avec Bouchra Abdou, coordinatrice de la Coalition féminine pour une Moudawana basée sur l’égalité et la dignité

Bouchra Abdou : "Notre souhait est que la révision de la Moudawana soit globale, juste et moderne"

Coordinatrice de la Coalition féminine pour une Moudawana basée sur l’égalité et la dignité, Bouchra Abdou décortique les grands axes du dernier mémorandum présenté le 3 novembre 2023 devant l’instance chargée de la révision de la Moudawana.


Vous venez d’être auditionnée, en tant que coordinatrice de la Coalition féminine pour une Moudawana basée sur l’égalité et la dignité, dont fait partie l’Association Tahadi pour l’égalité et la citoyenneté que vous présidez, par l’instance chargée de la révision de la Moudawana. Pouvez-vous nous en dire plus sur votre travail et votre engagement associatif?
L’Association Tahadi pour l’égalité et la citoyenneté est une structure de proximité qui dispose de deux centres d’écoute. Le premier, qui appartient à l’association, reçoit quotidiennement les femmes victimes de violences conjugales. On gère aussi un deuxième centre multifonctionnel appartenant à l’État où on reçoit également les femmes en situation difficile. C’est sur la base des histoires humaines racontées par ces femmes et les rapports que les avocats de l’association nous transmettent régulièrement que nous avons élaboré nos propositions dans le cadre d’un mémorandum que nous avons soumis à l’instance chargée de la révision de la Moudawana.

Quelles sont les grandes lignes de ce mémorandum?
Six grands axes structurent notre texte. L’un deux a trait au changement à opérer au niveau de la rédaction de la nouvelle Moudawana. Il faut bannir l’ancien langage fondé notamment sur la “qiwama” et autres termes traditionnels archaïques et adopter un nouveau langage moderne qui prend en compte les réalités actuelles de la famille marocaine. Un autre axe parle de l’instauration d’une justice familiale indépendante. Et pour qu’elle soit ainsi, il faut renforcer ses moyens humains pour pouvoir jouer pleinement son rôle dans le règlement des conflits familiaux.

Pensez-vous que la justice familiale actuelle soit défaillante?
Oui elle est défaillante dans le sens où les tribunaux familiaux ne disposent pas de cadres suffisants pour proposer des solutions à l’amiable. Il faut savoir que les juges se prononcent rapidement sur le divorce et ne cherchent pas, avant cela, à réconcilier les époux. D’où l’augmentation importante des actes de divorce pendant ces dernières années. L’absence des assistantes sociales et de psychologues dans nos tribunaux ne permet pas de rendre une justice familiale équitable. Aussi, il est urgent d’unifier les procédures judiciaires au niveau de tous les tribunaux du Royaume de manière à avoir des jugements rapprochés.


D’après vous, comment faut-il s’attaquer au problème du mariage des mineures?
C’est un problème social très grave au Maroc. Nous revendiquons la suppression totale des articles 20, 21 et 22 de l’actuelle Moudawana relatifs au mariage des mineures. Il faut en finir d’urgence avec ce phénomène qui porte gravement atteinte aux droits des enfants alors que le Maroc est signataire de la convention internationale sur les droits des enfants.

En quoi, à votre avis, la révision de la Moudawana peut-elle améliorer l’égalité et la dignité au sein des familles marocaines?
L’égalité et la dignité au sein des familles marocaines sont justement les objectifs recherchés par cette révision. Je pense qu’avoir une nouvelle Moudawana, qui réponde aux problèmes actuels de la société marocaine, rendrait de grands services à la famille marocaine et permettrait de renforcer la cohésion familiale et sociale.

Je ne dis pas que tous les problèmes actuels vont disparaître du jour au lendemain après l’adoption de ce nouveau code, mais il va au moins régler certains dysfonctionnements au sein de la société marocaine. Notre souhait est que cette révision soit globale, juste et moderne.

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