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Bouazza Kherrati : "Le pain peut causer plusieurs cancers !"

Interview de Bouazza Kherrati, président de la fédération marocaine des droits du consommateur

Le pain est l’un des aliments des plus consommés par les Marocains, mais aussi l’un des plus nocifs. A cause d’un manque de contrôle du secteur, les risques de ce produit sur la santé sont multiples. Il peut causer le cancer du côlon, l’obésité, le diabète, l’eczéma, le cancer du foie, la déficience immunitaire ou encore l’intoxication aiguë.

La Fédération marocaine des droits du consommateur a émis une note où elle alerte les Marocains sur les dangers que peut présenter le pain commercialisé, sur la santé des Marocains. Pourriez-vous revenir sur ces risques?
Le premier problème pour la santé, c’est le sucre. Ce que beaucoup de gens ne savent pas, c’est que le pain est l’une des premières causes du diabète au Maroc. Des boulangers ajoutent du sucre au pain pour sa caramélisation afin qu’il devienne marron, une manière de démontrer qu’il est bien cuit. Au mieux, ils devraient utiliser le sirop de maïs, mais il coûte plus cher, ils se rabattent donc sur le sucre.

Les boulangeries ajoutent également du sel et de la levure chimique, sans parler du chlore contenu dans l’eau et les fortes quantités d’amidon. Ces ingrédients donnent lieu à plusieurs risques sanitaires et des maladies comme le cancer du côlon, l’obésité, le diabète ou encore l’eczéma. Par ailleurs, le blé destiné aux minoteries est bourré de pesticides utilisés contre les parasites pour améliorer le rendement. Ceci sans parler des conditions lamentables de stockage du pain, ou les conditions de son pétrissage qui se fait sans aucun respect des règles d’hygiène, favorisant ainsi les mycotoxines à cause de la moisissure. Ces mycotoxines peuvent avoir des effets très nocifs sur la santé, comme le cancer du foie, la déficience immunitaire ou l’intoxication aiguë.

Cette situation dure depuis des décennies. Pourquoi les autorités ne sévissent pas et qui est responsable de cette situation?
Vous savez, le secteur connaît une totale anarchie et une prolifération de l’informel. Ce dernier est plus dangereux, car le pain est produit parfois dans des garages ou en plein air, sans aucun respect des normes sanitaires et aucune traçabilité. Concernant les responsabilités, plusieurs intervenants sont amenés à contrôler et organiser au mieux ce secteur, à savoir le ministère de l’Agriculture et l’Office national de sécurité sanitaire des produits alimentaires (ONSSA), le ministère de l’Intérieur et celui du Commerce et de l’Industrie. Une responsabilité partagée toutefois avec la Fédération nationale des minoteries, la Fédération nationale de la boulangerie et pâtisserie du Maroc et les associations de protection des consommateurs.

L’ONSSA se plaint toujours d’un manque de moyens, notamment humains, ce qui entrave la régularité des contrôles. Que faire?
C’est vrai qu’en 2017, près de 70% des cadres de l’ONSSA ont pris leur retraite. Il faut renforcer ses effectifs, mais pas que. Je pense qu’il faudrait mieux s’adapter à ces contraintes et innover. Il faut imposer aux minoteries et aux boulangers un agrément spécifique avec un cahier des charges bien détaillé. Chaque fabricant doit s’y conformer et assumer sa responsabilité quant à la salubrité des produits vendus. Il doit y avoir une traçabilité au niveau de tous les maillons de la chaîne.

Les sacs de farine doivent comporter cet agrément, et le pain doit être muni d’une notice de composition. Les transporteurs doivent également respecter un cahier des charges spécifique.