Bouazza Kherrati: "Le consommateur marocain n'est pas protégé"

Questions à Bouazza Kherrati, président de la fédération marocaine des droits du consommateur (FMDC)

Des produits agricoles marocains ont été récemment refoulés de pays européens. Pourquoi?
Des produits bio ont été refoulés en avril 2021 de la France, en l’occurrence des pastèques. Pour cause, les autorités françaises y ont détecté la présence d’un taux anormal de pesticides, dépassant de cinq leur limite maximale de résidus. Après enquête de l’ONSSA, il s’est révélé que les pesticides détectés ne proviennent pas du traitement des pastèques mais plutôt des engrais importés, ce qui soulève le problème de la défaillance du contrôle des intrants importés.

Pour ce qui est des poivrons verts et des abricots refoulés tout récemment de la France et de l’Allemagne, le système d’alerte rapide pour les produits agroalimentaires de l’Union européenne (RASFF) a avisé tous les pays membres de cet incident mais il n’a pas été précis concernant la traçabilité de ces légumes pour prouver qu’ils proviennent de telle ou telle région du Royaume. Ces incidents ont de lourdes conséquences économiques pour les exportateurs marocains et les agriculteurs.

Comment se déroule le contrôle à l’export? Ces produits sont principalement écoulés sur le marché local. Cela veut-il dire que le Marocain consomme des produits dangereux?
Pour les produits exportés, ils subissent un double contrôle en interne par l’ONSSA et Morocco Foodex, avant un 3e contrôle du pays importateur. Le gros du problème, c’est qu’à l’échelle nationale, ce contrôle n’est pas aussi rigoureux. Finalement, le consommateur marocain n’est pas protégé et risque gros pour sa santé. Il n’y a pas de texte de loi qui protège efficacement le consommateur marocain.

On attend toujours la charte de protection du consommateur. Je rappelle les directives royales, annoncées dans le discours du 20 août 2008, dans lesquelles le Souverain appelle à la promulgation du code du consommateur. Ce code n’a jamais vu le jour. Il faut revisiter loi 31-08 pour protéger davantage le consommateur marocain. Le contrôle des pesticides des légumes et fruits souffre d’un vide juridique. Et nombre de dossiers sont en instance devant différentes juridictions nationales par manque d’un code ou d’une charte de défense du consommateur.

Comment peut-on s’approprier des pesticides sur le marché national?
Il existe des pesticides de contrebande, d’autres périmés ou interdits qui sont vendus sur le marché. Les pesticides sont les médicaments des plantes. Dans le cas des êtres humains, il y un pharmacien d’officine diplômé autorisé à les vendre.

Dans le cas des animaux, il y a un vétérinaire qui prescrit les médicaments nécessaires et leur dosage. Mais, dans le cas des plantes, de la nourriture humaine, ce sont des personnes illettrées qui vendent ces pesticides.

Les agriculteurs ont besoin de conseil concernant l’utilisation, le dosage et le suivi. Est-ce que ces personnes analphabètes peuvent leur en donner? Le danger réside dans l’emploi de ces pesticides interdits, périmés ou en surdosage, couplé à un non-respect du délai de la récole.

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Poivrons, haricots verts, melons… Des cargaisons de fruits et légumes marocains ont été refoulées ces derniers temps de plusieurs pays européens à cause de résidus excessifs de pesticides. Les mêm

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