Bouazza Kharrati: "Nous appelons à la création d’un ministère chargé de la consommation"

Le président de la Fédération marocaine des droits du consommateur, Bouazza Kharrati, dénonce les pratiques anticoncurrentielles, comme l’entente sur les prix, auxquelles se donnent de nombreux commerçants.

Comment avez-vous réagi à la hausse des prix de plusieurs produits alimentaires?
A l’instar de toutes les associations de défense des droits du consommateur, nous avons relevé cette hausse des prix, qui a concerné plusieurs produits alimentaires de première nécessité. Mais, pour nous, cette hausse en soi n’est pas illégale dans la mesure où il existe au Maroc, comme dans les pays à économie libérale, une liberté de fixation des prix. C’est-à-dire que les prix sont soumis à la loi de l’offre et de la demande sur le marché. En revanche, ce que nous trouvons illégal dans cette hausse, c’est qu’elle soit intervenue en même temps, d’une façon presque concomitante.

Pensez-vous que les opérateurs se sont livrés à une entente sur les prix?
C’est très fort probable. L’entente sur les prix est formellement interdite par la loi car elle met en danger le principe de la libre concurrence, qui doit profiter positivement au consommateur à travers une pression sur les prix. Or, l’entente est aux antipodes du droit du consommateur.

Comment comparez-vous les prix pratiqués au Maroc par rapport à l’international?
Pour les mêmes produits, les prix pratiqués au Maroc sont plus élevés par rapport aux autres pays. Et ça concerne tous les produits, à savoir le café, l’huile de table, le beurre, la farine et les produits laitiers. Exemple édifiant: le bidon de 5 litres d’huile de table de marque Olio est proposé au Maroc au prix de 80 dirhams alors que le même produit est vendu à 63 dirhams en Italie. La différence est énorme.

Quelles sont les autres pratiques commerciales malsaines sur le marché?
Beaucoup de sociétés marocaines qui ont pignon sur rue pratiquent une forme déguisée et pour le moins impardonnable de hausse des prix. Autrement dit, au lieu d’agir sur les prix, elles agissent sur les volumes et les quantités ainsi que sur la qualité. Par exemple, un paquet de thé de 250 grammes est réduit à une quantité de 200 grammes, mais il est proposé pour le même prix. Ces fraudes commerciales relèvent de la fraude fiscale.

Pourquoi les autorités n’interviennent pas pour contrôler ces fraudes?
Parce qu’au Maroc, il n’existe pas d’organe spécial pour le contrôle de la fraude fiscale. Cet organe existait avant 2010 et relevait du ministère de l’agriculture. Mais il a malheureusement disparu depuis.

Nous demandons à ce que cet organe soit réinstauré et mis sous la responsabilité du ministère des finances, comme c’est le cas en France. Au niveau de la Fédération marocaine des droits du consommateur, nous appelons le prochain gouvernement à mettre en place un ministère réservé à la consommation. Pour nous, c’est le seul moyen de protéger le consommateur marocain et de mettre la pression sur les opérateurs économiques et commerciaux afin de lutter contre la fraude et toutes les pratiques anticoncurrentielles.