Entretien avec Bouazza Kharrati, président de la Fédération marocaine des droits du consommateur

Bouazza Kharrati : "Le gouvernement devrait être ferme sur certaines pratiques illégales des pharmaciens"

Certains acteurs pharmaceutiques ont procédé à une hausse des prix des médicaments alors que les prix devraient normalement baisser suite à la suppression de la TVA par le gouvernement. Ce qui n’a pas manqué de faire réagir le président de la Fédération marocaines des droits du consommateur, Bouazza Kharrati, qui appelle les autorités à faire montre de plus de fermeté.


Vous dénoncez, au sein de la Fédération marocaine des droits du consommateur (FMDC), des hausses injustifiées de prix de certains médicaments. De quoi s’agit-il au juste?
Malgré l’avancée très positive du gouvernement pour protéger le consommateur en exhaussant la demande de la FMDC sur la suppression de la TVA appliquée sur les médicaments, l’industrie pharmaceutique semble être très réticente quant à son application. En effet, le délai imparti de troi mois pour sa mise en application arrive à terme et les professionnels cherchent, semble-t-il, des tergiversations pour continuer à en bénéficier et plus particulièrement pour les officines dont le chiffre d’affaire reste inférieur à 20 millions de DH.

Pourquoi, selon vous, les prix des médicaments augmentent alors qu’ils devraient baisser suite à la suppression de la TVA sur les médicaments?
Lors des transactions entre les professionnels et le gouvernement, ce dernier a donné un délai de trois mois pour solutionner tous les problèmes pouvant émerger de cette application (difficultés de la gestion des stocks, échange des étiquettes). La fin du mois de mars sera décisive et nous saurons si cette annulation de la TVA sera appliquée ou non. Ou encore si les professionnels présenteront d’autres arguments pour une prolongation de trois mois de plus. Le gouvernement devrait être ferme et il doit mettre tous les moyens de contrôle pour éviter une rupture des médicaments. Déjà, le marché souffre de ce manque de médicaments.


Pensez-vous que les autorités sanitaires exercent un contrôle efficace sur les pharmacies pour empêcher les abus?
Contrôler un secteur réglementé ne peut se faire qu’en amont lors des transactions avec la commission nationale. Toutefois, le gouvernement devrait s’intéresser de plus près au problème de la «shipflation». C’est-à-dire le contrôle de la qualité des médicaments prélevés au hasard au niveau des officines et ne pas se contenter des résultats des dossiers de demandes d’autorisation de mise sur le marché. Le médicament est un produit stratégique dont tous les intervenants doivent être protégés pour assurer une bonne couverture médicamenteuse du pays avec une insistance particulière pour protéger le consommateur, considéré comme le maillon faible de la chaine de distribution.

Quels sont les différents recours dont dispose la FMDC contre certains acteurs pharmaceutiques malveillants?
Notre Fédération a toujours porté un grand intérêt au secteur médical d’une manière générale, dont les médicaments constituent le pivot central. Toutefois, le secteur reste insensible aux doléances des associations de protection du consommateur qui n’hésitent pas à dénoncer, à chaque occasion, les pratiques de certains acteurs pharmaceutiques malveillants. En effet, le secteur souffre d’une concurrence déloyale émanant de la contrebande, de la vente illégale sur le web, la revente des médicaments entamés et surtout des charlatans de ce qu’on appelle, la médecine alternative. Le recours à ce type de pseudo-thérapeutes est intimement lié à la cherté des médicaments et au mode d’emballage qui en augmente les prix.

Il y a apparemment beaucoup de trafic dans la production et la distribution des médicaments. Avez-vous une idée sur l’ampleur de ce trafic?
Je ne dispose pas d’éléments de réponse, mais à titre de comparaison, certains médicaments coûtent moins chers dans certains pays similaires au nôtre, sachant que la majorité des pays s’approvisionnent en général en Inde pour les matières premières. Cela nous amène à nous poser des questions relatives sur le pourcentage des marges bénéficiaires des industriels de la Big Pharma au Maroc. Ces marges proviennent des poches du consommateur malade qui n’est pas le principal prescripteur.

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