Le Bleu du caftan, le deuxième long métrage de Maryam Touzani en salle de cinéma

Un concentré de tendresse et d’émotions


Prix du Jury au Festival international du film de Marrakech (FIFM) et prix FIPRESCI de la critique internationale au festival de Cannes 2022 entre autres 35 consécrations internationales déjà accumulées, le tant attendu deuxième long-métrage de Maryam Touzani, “Le Bleu du Caftan”, est enfin sorti dans les salles obscures du Maroc.

Ce mercredi 7 juin 2023, il a été projeté en avant-première au cinéma Mégarama de Casablanca, en présence de l’équipe du film, notamment la réalisatrice, son producteur Nabil Ayouch, et l’acteur marocain Ayoub Missioui. Par ailleurs, plusieurs noms des paysages médiatique et cinématographique ont pris part à cet événement. « J’ai hâte que le film rencontre son public naturel, et j’espère surtout qu’il suscitera un débat », a déclaré à cette occasion, Maryam Touzani. Le long-métrage raconte l’histoire de Halim (interprété par Saleh Bakri) et Mina (jouée par Lubna Azabal), un couple tenant une boutique de Caftans dans la médina de Salé. Leur vie bascule avec l’arrivée dans leur atelier de Youssef, un jeune apprenti interprété par Ayoub Missioui, qui va réveiller des sentiments longtemps refoulés chez Halim.

Le rapprochement entre les deux hommes embarquera le trio dans une tribulation amoureuse qui les pousse à tout remettre en question. Dans la fiction marocaine, les spectateurs sont accoutumés à une représentation type du couple: le jeune couple porté par un élan amoureux, le vieux couple affadi par l’ennui et la routine et celui qui résiste ou s’effrite à l’épreuve de la trahison. Avec “Bleu du Caftan”, Maryam Touzani choisit de bousculer les normes en représentant un triangle amoureux sur fond d’homosexualité. Elle porte ainsi un regard frontal mais délicat sur ce qu’est d’être un homme marocain homosexuel transgressant la tradition par sa sexualité réprimée.


Les silences d’amour
En plus de questionner le tabou de l’homosexualité au Maroc, “Le Bleu du Caftan” est une célébration de la tradition autour du travail du caftan et à travers le métier de maâlem, en voie de disparition à cause de l’industrie textile. A l’image du caftan bleu pétrole brodé de fils d’or que confectionne Halim tout au long du film, les personnages évoluent et tissent des liens complexes entre eux. Le film s’ouvre d’ailleurs sur une main qui caresse un tissu bleu, puis dans une approche semi-documentaire on suit les étapes de confection du caftan, personnage à part entière. La caméra s’attarde aussi sur les ruelles de la médina de Salé, la beauté des tissus, et la finesse des gestes et des regards sensuels qui révèlent le poids des silences d’amour.

Si certains reprochent au film d’être truffé de scènes folkloriques et de clichés qui confortent le regard de l’occident, il est indéniable que l’esthétique du cinéma de Maryam Touzani est plaisante pour l’oeil et l’esprit. Cette même esthétique permet d’ailleurs de rendre dicible ce qui est tabou, à travers une représentation d’un amour interdit teintée de délicatesse et de subtilité. On a toutefois du mal à nous plonger dans le film au début. Les accents prononcés par les personnages principaux gênent et rendent l’ancrage spatial épineux créant une barrière géographique entre le spectateur et les acteurs censés parler darija couramment.

Aimer sans réserves
Enfin, Maryam Touzani nous rappelle subtilement que l’amour est politique sans pour autant être dans le film à thèse. Elle capte tout au long de son long métrage des échanges de regards et une chorégraphie de non-dits qui poussent naturellement les spectateurs à repenser l’amour et l’acceptation de soi et des autres. L’amour est polymorphe, ubiquiste et dégagé des étiquettes qui le cantonnent dans un carcan politique ou culturel.

C’est ce qu’apprennent les personnages du film chacun à sa manière, et c’est la révolution amoureuse que nous invite Maryam Touzani à entreprendre : aimer sans réserves, avec douceur, acceptation et bienveillance. Notons que «Le Bleu du Caftan» représente officiellement le Maroc dans la course aux Oscars, seul film arabe et africain en short list de cette prestigieuse compétition à Hollywood.

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