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Benkirane contre Akhannouch, nouveau round

LE LEADER DU PJD RÉPOND AU CHEF DU GOUVERNEMENT

Accusés par le Chef de gouvernement d’avoir «retardé» le développement du Maroc durant les 10 dernières années, le PJD et son patron, Abdelilah Benkirane, ont tenu à répondre à travers un point de presse. Une occasion pour la direction de la formation islamiste de faire passer plusieurs messages politiques.

Il est 11h passées de quelques minutes, ce mercredi 28 septembre 2022. Devant le portail du siège central du Parti de la justice et du développement (PJD), sis au quartier des Orangers, près du centre-ville de Rabat, une petite foule de journalistes se forme. Les plus nostalgiques parmi eux se souviennent qu’ici même, ils assistaient aux nombreux moments marquants des “dix glorieuses” de la formation islamiste, de 2011 à 2021, quand celle-ci dominait le champ politique partisan, survolait ses adversaires aux élections, et tenait les commandes du gouvernement.

Mais en cette matinée automnale ensoleillée, l’ambiance paraît clairement moins agitée. Les micros moins nombreux aussi. Après une dizaine de minutes supplémentaires d’attente, la star de l’événement arrive enfin. Abdelilah Benkirane, secrétaire général du parti, débarque dans un monospace asiatique gris ancien modèle. Révolus sont les temps des luxueuses berlines allemandes pour le chef de file des islamistes et ses “lieutenants”.

Vêtu d’une jellaba jaune, s’appuyant sur une canne en bois, l’ex-Chef du gouvernement se présente tout sourire. Pourtant, le sujet de la conférence de presse à laquelle il a convié les médias nationaux et étrangers est des plus sérieux: répondre aux récents propos tenus par l’actuel patron de l’exécutif, Aziz Akhannouch, dans lesquels celui-ci avait accusé le PJD d’avoir “bloqué” le processus de développement du Maroc durant ses 10 à la tête de la gestion de la chose publique.

Messages politiques
Benkirane s’engouffre dans une chambre adjacente à la salle de conférence, pour un court briefing avec les autres cadres du parti, et mettre les dernières touches sur une intervention que se veut être une réplique “poignante”, “riches en messages politiques” et “basée sur des faits et des chiffres”. Mais aussi l’occasion de mobiliser et rassurer les troupes, et montrer que le parti est toujours là.

Le leader du parti de la Lampe rejoint la tribune. À ses côtés sont assis les autres protagonistes du chantier de restructuration du parti après le cuisant revers du 8 septembre 2021: Abdelaziz El Omari et Driss El Azami, anciens ministres et maires de Casablanca et de Fès respectivement, ainsi que le président du groupe parlementaire du PJD au sein de la Chambre des représentants, Abdellah Bouanou. En face d’eux, sur la première rangée, se trouvent les membres du secrétariat général élus il y a environ un an: Mustapha El Khalfi, ex-ministre de la Communication, Amina Maelainine, ancienne députée, et Reda Benkhaldoun, ancien ambassadeur.

“Il est inconcevable que le Chef de gouvernement dise ça”, déplore Abdelilah Benkirane, en réponse à Aziz Akhannouch, qui avait accusé, à l’ouverture de la quatrième édition de l’Université d’été des jeunes du Rassemblement national des indépendants (RNI) le 9 septembre 2022, ses prédécesseurs du PJD d’avoir retardé le développement du pays pendant 10 ans. “Si, comme il l’a dit, nous avions retardé le développement, pourquoi M. Akhannouch n’a-t-il pas démissionné alors qu’il faisait partie de nos gouvernements ?», poursuit le patron des islamistes dans sa tirade parsemée de quelques touches d’humour comme à l’accoutumée. Et d’ajouter que “dire que la hausse des prix des carburants cette année a été causée par la réforme de la Caisse de compensation entreprise par le PJD en 2014, relève de l’impudence”.

Et pour appuyer ses propos, c’est “monsieur chiffres”, en l’occurrence Driss El Azami, qui prend la parole pour un exposé d’un peu plus d’une heure. Réformes des retraites, décompensation, sauvetage de l’Office national de l’eau et de l’électricité, redressement des indices macro-économiques, pour ne citer que ceux-là: l’ex-ministre du budget fait défiler plusieurs dizaines de diaporamas montrant les “réalisations majeures” des deux précédents gouvernements sur les plans économique et social.

Devant autant d’efforts pour répondre à une “simple” déclaration de Aziz Akhannouch, il faut dire que Abdelilah Benkirane ne compte pas se laisser faire, alors qu’il n’arrive toujours pas à avaler la défaite de son parti aux dernières élections. “Des membres du parti se sentent très lésés alors qu’ils n’ont rien fait de mal pour mériter une chute aussi sévère aux urnes”, confie Benkirane.

Mais sur le court terme, le parti veut avant tout se concentrer sur son rôle au sein de l’opposition. “Nous sommes la force d’opposition la plus en vue au parlement”, estime Abdellah Bouanou, alors que son chef écarte la possibilité de descendre dans la rue comme forme de protestation, à moins que des “raisons valables” qui motivent un tel choix se présentent.

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