Benkiran et Maroc Hebdo

Chronique de Marouane Kabbaj : Une histoire passionnée !

Benkiran a un long passé avec Maroc Hebdo, le moins qu’on puisse dire qu’il est entrecoupé de hauts et de bas.

Abdelilah Benkiran, l’homme, le politicien chevronné, la figure historique et fondatrice du parti de la justice et du développement (PJD) à la tête duquel il a été reconduit le 30 octobre 2021, a un long passé avec Maroc Hebdo, le moins qu’on puisse dire qu’il est entrecoupé de hauts et de bas. Malgré tout, le leader incontesté de la formation islamiste voue une grande estime pour le magazine. Comment ne pourra-t-il pas l’être si la Une (couverture du n° 560 du 30 mai au 5 juin 2003) de Maroc Hebdo avec pour titre A qui profite le crime ? lui a été consacrée et par ricochet à son parti, pointé du doigt comme responsable des attentats terroristes du 16 mai 2003 à Casablanca et sur le point de tomber en disgrâce. Cette couverture a permis en quelque sorte de disculper, du moins aux yeux de l’opinion publique, le parti. En recevant Maroc Hebdo ce 20 novembre 2023, M. Benkiran n’a pas manqué de rappeler cette Une.

Cette page tournée, Benkiran, fort de son franc parler et de son verbe facile, réussit à redorer un tant soit peu le blason du parti. Après le mouvement du 20 février, le PJD a endossé, peut-être malgré lui, le rôle du parti du changement auquel une majeure partie de la population marocaine aspirait. En prévision des législatives de 2012, Maroc Hebdo prédisait déjà «Benkiran, Premier ministre !» (la UNE du n° 928 du 15 au 24 avril 2011). Une «prophétie » journalistique qui s’est confirmée quelques mois après. En tout cas, cette couverture lui a, immanquablement, servi en termes de visibilité et de notoriété. Après la victoire du PJD aux élections et sa nomination par le Roi comme Premier ministre, Maroc Hebdo a mis en avant «Le casse-tête de Benkiran» (Titre de la UNE du n° 958 du 16 au 22 décembre 2011) à former une majorité gouvernementale.


La relation entre l’architecte et le gardien des victoires politiques du PJD en 2011, 2015 puis 2016 et Maroc Hebdo n’a pas toujours été un long fleuve tranquille ou une relation d’amour idyllique. Le magazine a soulevé «Le grand bluff» (Titre de la UNE du n° 1160 du 08 au 14 avril 2016) de Benkiran, du fait des polémiques et des querelles de sa majorité gouvernementale qui miroitaient une machine de gouvernance grippée. Il était devenu alors «Persona non grata» (Titre du n° 1187 du 25 novembre au 1er décembre 2016) dans la tourmente voire l’impasse.

Tenu à l’écart de la politique depuis 2017, Maroc hebdo soulignait que «Benkiran n’est pas fini» (la Une du n° 1220 du 21 au 27 juillet 2017). En effet, il fait son grand retour à la tête du PJD et depuis, «Fais dans la provoc» (n° 1286 du 18 au 24 janvier 2019) pour défendre son « protégé » Abdelali Hamieddine ou faire des sorties médiatiques pour le moins fracassantes, signant «Le retour en force de Benkiran» (n° 1414 du 05 au 11 novembre 2021). C’est dire, tout compte fait, que le leader islamiste «n’a pas encore dit son dernier mot». C’est précisément cette expression que nous avons choisie comme titre de couverture pour ce numéro de Maroc Hebdo.

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