Batterie électrique : Une grande ambition qui se concrétise

L’écosystème de fabrication de batteries destinées à équiper les voitures électriques commence à prendre du galon au Maroc. Ce nouveau segment accroche de plus en plus d’industriels chinois qui, pour acheminer leurs batteries aux marchés étrangers notamment américains, préfèrent investir au Maroc, qui dispose de ressources naturelles adéquates à cette industrie pour ensuite fournir les USA.


C’est la révélation économique la plus importante de ce début du 21ème siècle qui n’a manifestement pas fait couler autant d’encre, du fait de la quantité austère d’informations disponibles et de la sensibilité de leur portée. Malgré l’annonce du ministre de l’Industrie et du Commerce, Ryad Mezzour, en juillet 2022, concernant la création d’une gigafactory de fabrication de batteries pour voitures électriques, seulement deux annonces officielles d’investissements dans ce secteur ont été faites jusqu’à présent. Il s’agit de la joint-venture réalisée en septembre 2023 entre la holding royale Al Mada et l’industriel chinois CNGR Advanced Materials, et de la signature, le vendredi 29 mars 2024, d’une convention d’investissement entre le Maroc et la Chine. Aucune partie officielle n’a souhaité pour l’heure communiquer sur le sujet. «On parle d’une stratégie globale du gouvernement et pas seulement au niveau de notre ministère», nous précise avec retenue le ministère de l’Industrie et du Commerce.

Unités industrielles
Ce premier trimestre de 2024 s’annonce prometteur en termes d’annonces et d’événements médiatisés en relation avec la création d’une gigafactory de fabrication de batteries pour véhicules électriques au Maroc. La preuve en est la médiatisation de la signature vendredi 29 mars 2024 à Rabat d’une convention d’investissement entre le fabricant chinois BTR New Material Group et le gouvernement marocain. Les deux parties signataires ont manifesté leur ambition de construire une usine à la Cité Mohammed VI Tanger Tech, avec une capacité de production de 50 000 tonnes de cathodes par an, plus précisément NMC (nickel-manganèse-cobalt) et NCA (nickel-cobalt- aluminium). En vertu de cette convention, un montant de 3 milliards de DH (MMDH) sera débloqué pour concrétiser cet investissement sino-marocain. Une assiette foncière de 13 hectares a été allouée à ce projet dont la pleine capacité de production de cathodes sera atteinte progressivement, avec une première phase prévue pour 2026, qui permettra de produire la moitié de la production annuelle prévue, soit 2.500 tonnes de cathodes.

Le deuxième projet stratégique qui a bénéficié d’une communication en bonne et due forme est celui du fabricant chinois CNGR en partenariat avec la holding royale Al Mada. Annoncée en septembre 2023, la joint-venture Al Mada – CNGR constitue une étape importante dans l’histoire industrielle du Maroc, car à terme, l’unité industrielle pourra répondre à la demande croissante des constructeurs de voitures électriques. L’investissement total pour ce projet s’élève à 20 MMDH et sera concrétisé à Jorf Lasfar, pas loin de la plateforme industrielle du groupe OCP. L’emplacement géographique de ce futur complexe industriel qui s’étalera sur 238 hectares permettra non seulement de produire une quantité importante de matériaux entrant dans la fabrication de batteries pour voitures électriques, mais aussi d’en faciliter l’exportation grâce à l’infrastructure portuaire de Jorf Lasfar.

Et c’est à travers la société capital-risque Zhongwei Morocco New Energy dans laquelle Next Generation Industries (NGI), filiale nouvellement créée par la holding royale Al Mada, détient 49,97% des parts, que ce projet d’envergure verra le jour. Cette nouvelle infrastructure disposera de plusieurs unités industrielles spécialisées dont une dédiée à la production de matériaux actifs NMC (nickel- manganèse-cobalt), dotée d’une capacité de production annuelle de 120 kt, d’une autre unité de production de cathodes LFP (lithium-fer-phosphate), avec une capacité de production annuelle de 30 kt et d’une unité de recyclage d’une capacité de 30 kt par an. Les investisseurs se fixent pour objectif la production de 70 gigawattheures par an. L’opérationnalisation de cette unité industrielle est prévue pour 2025.


Groupes étrangers
Des annonces ont été faites concernant des investissements chinois au Maroc, mais les partenaires impliqués ne sont pas entièrement connus. Les informations concernant ces investissements sont donc généralement divulguées par les entreprises étrangères elles-mêmes via des communications officielles, à l’instar notamment de l’installation du fournisseur chinois Tinci Materials qui ambitionne d’établir une usine à Jorf Lasfar pour une enveloppe budgétaire de 2,8 milliards de dirhams. Dans un communiqué, l’industriel chinois avait déclaré que son objectif était de produire 50 000 tonnes de lithiums, 100 000 tonnes d’hexafluorophosphates et 150 000 tonnes d’électrolytes. De même que SRG Mining Group, qui est un industriel canadien ayant récemment scellé une alliance avec un partenaire chinois, Carbone One New Energy Group – dont le dirigeant n’est autre que l’homme d’affaires chinois Yue Min, cofondateur de BTR New Material – actif dans le segment de la transformation de composants entrant dans la fabrication de batteries pour voitures électriques.

Les deux industriels travailleront entre autres à transformer le graphite en matériaux d’actifs facilitant la circulation du courant électrique à l’intérieur d’une batterie. Dans un communiqué conjoint, les partenaires sino-canadiens affirment être résolus à produire 100 000 tonnes de graphite transformé par an. Leur usine sera implantée dans la zone d’accélération industrielle de Tanger Tech, totalisant un investissement global de près de 1,5 MMDH. Cette forme d’investissements qui consiste en des partenariats entre de groupes étrangers, dont la partie chinoise demeure partie prenante, a également été choisie par le Yahua Industriel Group (Chine) et LG Energy Solution. Les deux groupes ont procédé à une joint-venture pour concrétiser leur stratégie d’investissement au Maroc. Toutefois, aucune mention du budget d’investissement ni de capacité de production annuelle n’a été faite.

La gigafactory de batteries pour voitures électriques au Maroc est pour l’heure composée essentiellement de tours de tables où l’Empire du Milieu demeure omniprésent. Pour rester à la page, la Chine a en effet choisi de contourner les blocus commerciaux établis à son encontre par les Etats-Unis, dont notamment son exclusion du partenariat transpacifique en 2017 par Donald Trump, ainsi que l’entrée en vigueur de la loi sur la réduction de l’inflation dans le cadre de laquelle les USA allouent 400 milliards de dollars afin de soutenir entre autres la production locale. Etant donné que cette loi accorde des subventions financières aux industriels étatsuniens, les groupes chinois se sont massivement tournés vers le Maroc, signataire d’un accord de libre-échange avec les Etats-Unis pour pouvoir satisfaire la demande américaine et européenne.

L’AVIS DE ALI LAKRAKBI, DG DE KILOWATT
‘‘Nous pouvons développer un solide écosystème’’

La position géographique du Maroc et ses ressources naturelles, notamment ses réserves importantes de phosphates représentent les principaux atouts dont dispose le Royaume, estime Ali Lakrakbi, directeur général de Kilowatt. ‘‘Nous pouvons capitaliser sur ces avantages pour développer un solide écosystème de fabrication de batteries pour voitures électriques’’, soutient-il. D’après lui, le minerai de phosphate dont regorge le Maroc permettra aisément au Royaume de fabriquer les batteries LFP (lithium-fer-phosphate). ‘’Quoique ces batteries soient un peu lourdes et grandes de taille, elles restent tout de même stables’’, avance-t-il. M. Lakrakbi se dit confiant quant au potentiel de ce marché qui est ‘’énorme par rapport à celui des batteries pour smartphones’’, rappelant qu’une voiture électrique nécessite l’équivalent de plus de 500 batteries de smartphones

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