LA BATAILLE DES MÉDICAMENTS GÉNÉRIQUES AURA BIEN LIEU

APPELS POUR UNE FABRICATION LOCALE DU REMDÉSIVIR

Démontré comme étant efficace contre le Covid-19, le remdésivir fait l’objet d’appel de la société civile pour en fabriquer la version générique au Maroc.

La décision de la compagnie pharmaceutique américaine Gilead, en date du 12 mai, d’accorder des licences de fabrication de versions génériques de son remdésivir à cinq laboratoires basés en Inde et au Pakistan ne passe pas auprès de nombreuses organisations de la société civile, et notamment au Maroc. Le remdésivir, qui avait commencé à être développé en 2009 contre l’hépatite C puis Ebola avec des résultats peu probants dans les deux cas, s’est avéré efficace contre le Covid-19, dans la mesure où il permet de réduire le temps de guérison de 15 à 11 jours en moyenne selon une étude publiée le 29 avril par l’Institut national des allergies et des maladies infectieuses (NIAID) américain.

Et la décision de Gilead, si elle peut bien sûr être positive pour les populations des 127 pays et territoires qu’elle vise, dont le Maroc, afin de leur offrir le remdésivir à prix abordable -le non-générique pourrait, selon les premières estimations, revenir à 4.600 dollars la cure-, n’en demeure pas moins problématique, car demain l’Inde et le Pakistan pourraient décider de se réserver toute la production de leurs laboratoires: le gouvernement indien, par le biais de la direction du commerce extérieur de son département du Commerce, avait d’ailleurs franchi le pas le 25 mars avec l’hydroxychloroquine, autre traitement contre le Covid-19 utilisé notamment par le Royaume dans ses protocoles de soin depuis le 23 mars. “Si l’Inde l’a déjà fait une fois, elle pourrait très bien reproduire le coup une deuxième,” s’inquiète le président de l’Association marocaine des droits humains (AMDH), Aziz Rhali, dont l’ONG a mis en place avec l’Association de lutte contre le Sida (ALCS) et ITPC MENA un collectif pour inciter les autorités marocaines à lever la protection qui court sur le remdésivir au Maroc jusqu’en juillet 2031 et pouvoir fabriquer leurs propres génériques.

Mémorandum commun
S’appuyant sur la déclaration sur l’accord sur les aspects des droits de propriété intellectuelle qui touchent au commerce (ADPIC) et la santé publique, adoptée en novembre 2001 par la conférence ministérielle de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) à Doha, et au plan national sur l’article 67 de la loi relative à la propriété intellectuelle, les trois ONG avaient appelé le 13 mai, par le biais d’un communiqué, le gouvernement Saâd Eddine El Othmani à s’octroyer ce que l’on appelle dans le jargon une “licence d’office”. Le Maroc l’a d’ailleurs déjà fait avec d’autres médicaments, notamment le sofosbuvir, une molécule traitant l’hépatite C et dont le concepteur n’est autre que… Gilead, qui avait “oublié” de la breveter dans le Royaume. Commercialisé depuis 2015 par la société pharmaceutique Pharma 5 sous le nom de SSB 4000, le sofosbuvir s’écoule à un prix 100 fois moins cher que le princeps, c’est-à-dire l’original -3.000 dirhams exactement, alors qu’aux Etats-Unis la cure de sofosbuvir coûte jusqu’à 84.000 dollars.

“Mais outre le remdésivir, il y a actuellement sept médicaments qui sont sur le point d’être mis le marché, et le Maroc devra impérativement se réserver le droit de les fournir à sa population à des prix abordables,” note M. Rhali, qui nous confie travailler avec l’ALCS et ITPC MENA sur un mémorandum commun que les groupes parlementaires qui le voudront pourraient adopter et ainsi défendre l’activation de licences d’offices pour les traitements contre le Covid-19.


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