Insultes algériennes racistes à l’encontre des Marocains

Édito de Wissam El Bouzdaini : Le baroud du déshonneur du Maghreb des peuples

Ils sont légion nos concitoyens qui regrettent avoir souhaité, au nom de la fraternité maroco-algérienne, le sacre des Fennecs à la CAN qu’avait organisée l’Égypte en 2019.

Même dans les moments les pires dans l’histoire récente du Maghreb, jamais telle animosité ne s’était installée entre les peuples marocain et algérien. Et pourtant il y en a eu des occasions, au cours des dernières soixante ans: guerre des sables; différend autour du Sahara marocain; crise successive à l’attaque terroriste de l’hôtel Atlas Asni d’août 1994 à Marrakech, perpétrée par des Franco-Algériens. “C’est entre les dirigeants”, entendait-on à chaque fois au bout du compte dans la rue, à Rabat comme à Alger, à Casablanca comme à Oran.

Comment en est-on arrivé là? Comment en est-on arrivé au point que les Marocains se fassent traîter, au vu et au su des caméras, forcément complices, des télévisions algériennes, d’“animaux” par leurs vis-à-vis de l’autre rive de l’oued Kiss? On pourrait vouloir croire que c’est seulement du football, car c’est dans les travées des stades de la voisine de l’Est que ces chants, il faut le dire, racistes et nauséabonds sont initialement apparus, et c’est suite à la défaite (0-2) essuyée ce mardi 30 janvier 2024 par les Lions de l’Atlas face à leurs adversaires sud-africains des Bafana Bafana en Coupe d’Afrique des nations (CAN) qu’on les a vus de nouveau emplir à pleins poumons l’espace public algérien, en incluant les réseaux sociaux.

Mais s’arrêter à la dimension strictement sportive de la chose serait sans doute bien naïf. Non, le mal est beaucoup plus profond; il charrie des passions sans doute inédites et dont le caractère clairement artificiel à la base tend de plus en plus à s’ancrer dans les coeurs et dans les moeurs. En contrepartie, l’hostilité manifeste et manifestée et son corollaire le plus évident qui sont les beuglantes anti-marocaines laisse à naître des sentiments similaires au Maroc; certes rien de cela ne donne lieu aux mêmes vociférations à la fois haineuses et décomplexées que l’on peut désormais retrouver dans de nombreuses chaumières d’Algérie, mais ce n’est nullement sans laisser de traces, et cela n’est certainement pas pour laisser sempiternellement indifférent.

Avouons-le: ils sont légion nos concitoyens qui regrettent avoir souhaité, au nom de la fraternité maroco-algérienne, le sacre des Fennecs à la CAN qu’avait organisée l’Égypte en 2019, et ils ne sont pas moindres ceux qui, s’ils avaient été vêtus des traditionnels “derraâ” et “melhfa” typiques de la Mauritanie, auraient pu être pris pour n’importe quels citoyen ou citoyenne mauritaniens, tellement leur joie fut claire au coup de sifflet final de l’arbitre somalien Omar Abdulkadir Artan qui actait, le 23 janvier 2024, la victoire (1-0) des Mourabitounes face à leurs adversaires du jour algériens (éliminés, du même coup, du premier tour de la compétition).


C’est aussi que le régime algérien a politisé le football à outrance, le président Abdelmadjid Tebboune ayant par exemple fait le lien, suite à la qualification de l’Algérie en demi-finale de la Coupe arabe de 2021 au détriment du Maroc (battu aux penaltys) avec… la lutte de libération nationale de 1954-1962, comme si c’était la France coloniale elle-même qui venait d’être écartée.

Pour le Maroc-Afrique du Sud qui a vu les poulains de Walid Regragui être sortis, la machine de propagande algérienne a d’ailleurs voulu en faire le match des “normalisateurs”, en référence au fait que le Royaume a, depuis décembre 2020, repris ses relations avec Israël, contre celui d’une Pretoria prétendue championne de la cause palestinienne en raison du dossier qu’elle a porté à la discrétion de la Cour pénale internationale (CPI) quant au génocide menée depuis le 9 octobre 2023 à l’encontre du peuple palestinien dans la bande de Gaza, oubliant que les joueurs marocains ont été nombreux au cours des derniers mois à s’opposer à l’action israélienne et que l’arrière latéral Noussair Mazraoui avait même failli subir les représailles de son club allemand du Bayern de Munich pour ses positions pro-palestiniennes exprimées urbi et orbi sur les réseaux sociaux (lire n°1504, du 20 au 26 octobre 2023).

Unis notamment, comme le rappelait le roi Mohammed VI dans son discours du trône du 29 juillet 2019, par la religion et par la langue, les Marocains et les Algériens restent bien évidemment à bien des égards différents; la trame historique qui a constitué leurs pays n’est pas la même; mais en même temps, ils se ressemblent suffisamment assez pour vouloir réaliser quelque chose ensemble et mettre définitivement de côté les rancoeurs du passé et du présent. Passés par “les heures les plus sombres de notre histoire”, Français et Allemands n’ont-ils pourtant pas réussi par la suite à construire l’Europe? En l’état maghrébin, c’est, comme le regrettait notre dernière Une, davantage “un voeu pieux” et qui, pour pouvoir être exaucé, devra pouvoir outrepasser de nouveaux obstacles émotionnels vivaces. Au lieu d’union, mieux vaut peut-être parler d’illusion.

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