Bank Al Maghrib relève le taux directeur à 3% pour contrer l’inflation galopante


La Banque centrale envoie un message clair au cabinet Akhannouch : l’inflation est en grande partie endogène. Autrement dit, les entreprises et les intermédiaires marocains sont responsables de la hausse vertigineuse des prix, en l’absence du contrôle gouvernemental.

Bank Al Maghrib (BAM) a de nouveau relevé, mardi 21 mars 2023, son taux directeur de cinquante points de base, à 3%, afin d’«enrayer la hausse des prix», en particulier alimentaires, qui affecte les ménages modestes et vulnérables. A l’issue de la réunion trimestrielle de son conseil, BAM « a décidé de relever le taux directeur de cinquante points de base à 3% et ce, pour prévenir l’enclenchement de spirales inflationnistes », lit-on dans le communiqué de l’institution.

La Banque centrale, qui dit vouloir contenir la hausse vertigineuse des prix et qui parle encore de l’objectif de « stabilité des prix », avait déjà augmenté son taux directeur lors de ses deux précédents conseils en septembre et décembre 2022, justement pour estomper cette inflation. Elle a échoué à deux reprises. Car l’inflation a poursuivi sa hausse, atteignant un pic de 8,9% en janvier 2023, avec une envolée pour les produits alimentaires de 17,4%.

Aujourd’hui encore, Bank Al Maghrib annonce un nouveau resserrement monétaire qui vise à lutter contre une forte poussée inflationniste, source de grogne sociale. Tout en sachant que cela n’aidera pas à estomper une inflation galopante. Ces dernières semaines, la flambée des prix a été des sommets inquiétants.

Inflation endogène
Pour justifier cette décision de revoir le taux directeur à la hausse, la Banque centrale a exposé deux points importants. D’abord, l’inflation a atteint 6,6% en 2022, son plus haut niveau depuis 1992. La Banque centrale souligne que celle-ci devrait rester à des niveaux élevés à moyen terme, ‘’en raison essentiellement de la flambée des prix de certains produits alimentaires’’. Pire, en 2024, même sous l’hypothèse que les pressions aussi bien internes qu’externes continueraient de s’atténuer, le démarrage programmé de la décompensation des prix des produits subventionnés devrait maintenir l’inflation globalement à un niveau élevé.

Selon l’aveu même de Bank Al Maghrib, dirigé par Abdellatif Jouahri, malgré l’augmentation du taux directeur, l’inflation devrait poursuivre sa tendance haussière à moyen terme, en raison essentiellement de la flambée des prix de certains produits alimentaires sur le marché interne et de la décompensation.


Les deux révisions à la hausse de septembre et décembre 2022 n’ont pas empêché l’accélération de la hausse des prix, en dépit même de la baisse des prix des matières premières sur les marchés internationaux et notamment des hydrocarbures. En augmentant son taux directeur tout en maintenant une prévision de l’augmentation de l’inflation à 3,9% en moyenne en 2023 et à 4,2% en 2024, la Banque centrale envoie un message clair au gouvernement et au marché : l’inflation est en grande partie endogène et non seulement exogène.

Autrement dit, les entreprises et les intermédiaires décident seuls des prix de vente de leurs produits et services sans contrôle des services étatiques. « Les données récentes montrent que l’inflation continue de s’accélérer, sous l’effet notamment de chocs d’offre internes sur certains produits alimentaires », souligne BAM. Sont particulièrement touchés par les hausses les légumes, les fruits et les viandes.

Économie de marché sauvage
Sous pression, le gouvernement, par la voix de la ministre de l’économie Nadia Fettah Alaoui, a promis que les prix devraient « se stabiliser ou baisser » pendant la période du mois sacré du ramadan qui s’ouvre cette semaine. A quelques jours du début du mois de Ramadan, Nadia Fettah a été interpellée par les députés sur les mesures prises par le gouvernement pour atténuer la flambée des prix. La ministre des Finances s’est voulue rassurante. Face aux interrogations des membres de la Commission des finances, Fettah a affirmé que l’offre en produits agricoles, en fruits et légumes, suffit pour couvrir les besoins au niveau national. Pour ce qui est des viandes rouges, la ministre a évoqué une baisse progressive après l’intervention du gouvernement. Or, sur le terrain, il en est autrement.

Selon les chiffres du Haut-Commissariat au plan (HCP), également publiés mardi, l’indice des prix à la consommation a augmenté de 1,7 % en février et de 10,1 % sur un an, en raison de la hausse de l’indice des produits alimentaires (+20,1 %). La Banque centrale table désormais sur une inflation toujours élevée de 5,5 % en 2023, contre 6,6 % en 2022. Elle devrait revenir à 3,9 % en 2024. Ensuite, comment penser à la décompensation des prix des produits subventionnés (gaz, sucre, farine) dans un contexte inflationniste pareil ? C’est une décision à hauts risques.

Les raisons qui ont mené la Banque centrale à augmenter le taux directeur étant toujours valables, le conseil décidera-t-il de poursuivre sa stratégie de resserrement monétaire ou de temporiser pour voir comment les choses évoluent en 2023 ? Une question simple : y a-t-il une corrélation entre l’augmentation du taux directeur et l’inflation des prix? Aucune, presque. Le taux directeur est le taux de location de l’argent par les banques commerciales et qui détermine le taux des crédits appliquées par celles-ci aux entreprises et particuliers.

C’est assez décorrélé de l’inflation ellemême. Cette dernière, au Maroc, est un sujet d’inflation importée ou de conjoncture liée à la saison agricole. Aujourd’hui, Abdellatif Jouahri donne la vraie raison. Une économie de marché sauvage ou l’absence de contrôle étatique des prix et d’approvisionnement du marché local. Donc pourquoi agir sur le taux à la base ? Resserrer les conditions de financement en pénalisant les entreprises notamment moyennes et petites n’a qu’un effet très limité sur l’inflation.

La pire manifestation de ce libéralisme sauvage et de l’échec de toutes les tentatives de la Banque centrale est que la hausse des prix générale et ascendante n’est pas accompagnée par une hausse des salaires. Cela impacte sérieusement la consommation des ménages et des entreprises, le coeur même du modèle économique du Royaume. C’est pour cette raison principalement que la relance économique, tant attendue, ne dépassera pas le stade d’un simple voeu. La preuve est que BAM a révisé à la baisse sa prévision de la croissance économique pour 2023 à 2,6%.

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