Bank Al-Maghrib: Les créances en souffrance poursuivent leur hausse

Les créances en souffrance se sont accrues de 7,3% pour les entreprises non financières privées et de 8,9% pour les ménages au troisième trimestre de 2021, avec des ratios à l’encours du crédit de 11,7% et de 9,9% respectivement.

Les créances en souffrance des banques continuent d’augmenter. Au troisième trimestre de 2021, elles ont enregistré une hausse de 7,9% et leur ratio à l’encours du crédit bancaire s’est établi à 8,7%, contre 8,6% à fin juin 2021, selon les dernières statistiques de Bank Al-Maghrib (BAM). Dans son récent rapport sur la politique monétaire, la banque centrale précise que ces créances se sont accrues de 7,3% pour les entreprises non financières privées et de 8,9% pour les ménages, avec des ratios à l’encours du crédit de 11,7% et de 9,9% respectivement.

Malgré la solidité du secteur bancaire marocain, l’aggravation des créances en souffrance reste inquiétante, comme nous l’a déclaré Amine Diouri, directeur études et communication chez Inforisk. Selon lui, ce phénomène est lié à la crise du Covid-19, qui a eu des répercussions importantes au niveau du couvrement, impactant par conséquent la trésorerie des entreprises. «Si cette crise a touché les entreprises, qui ont souffert énormément, elle n’a pas épargné les ménages. Dans ce contexte extrêmement dur, il est difficile de rembourser des créances de crédits à la consommation ou immobiliers. Sans surprise, ces créances en souffrance ont augmenté fortement. A cause de cette situation, les banques vont devenir beaucoup plus sélectives prochainement quand il s’agira d’octroyer des financements», selon Amine Diouri.

Lancement des réformes
D’ailleurs, la banque centrale a fait état d’un ralentissement de la croissance du crédit bancaire à 3,1% en octobre, «traduisant une accentuation de la baisse des prêts accordés aux autres sociétés financières à 3,4%, alors que la hausse des prêts destinés au secteur non financier s’est accélérée à 4,1%», a expliqué BAM sans son rapport sur la politique monétaire.

Dans le même registre, le wali de Bank Al-Maghrib, Abdellatif Jouahri, a annoncé qu’une commission va être mise en place pour la création d’un marché secondaire des créances en souffrance. «La banque centrale est engagée activement pour pouvoir au cours de cette année sortir au grand jour ce marché secondaire des créances en souffrance», a déclaré M. Jouahri, qui s’exprimait lors d’un point de presse tenu en mode visioconférence à l’issue de la dernière réunion trimestrielle du Conseil de BAM de l’année 2021. «Nous avons déjà travaillé sur ce qui doit être demandé, aussi bien sur le plan fiscal, que sur le plan juridique et des recouvrements. Nous avons aussi travaillé avec les banques», a-t-il fait savoir à ce sujet, soulevant que «le volume est assez valable pour animer ce marché secondaire».

Rappelons que le Fonds monétaire international (FMI) estime que la banque centrale devra continuer à veiller à ce que les banques continuent de constituer des provisions pour créances douteuses, tout en accélérant, avec les autorités concernées, le lancement des réformes pour la création d’un marché secondaire des créances en souffrance. Le FMI note aussi que les autorités devraient parachever le projet de réforme légale visant à se doter d’un cadre plus solide en matière de résolution bancaire.