Bank Al Maghrib pourchasse les impayés


Les créances en souffrance des entreprises auprès des banques en hausse


Bank Al Maghrib veut protéger les banques en proie à une hausse des créances en souffrance des entreprises. Mais comment relancer la machine économique face au durcissement des conditions d’octroi des crédits ?

La Banque centrale marocaine  trinque à un moment où le taux  des impayés bancaires grimpe:  une hausse de 4,3% des  créances en souffrance, soit un  total de 61,9 milliards de DH à fin mars 2017,  dont 37,8 milliards de dirhams pour les entreprises,  soit un taux de créance en souffrance  de 11,8%. Cette hausse provient surtout des  impayés des sociétés financières, qui ont  augmenté de 47,7% pour atteindre 955 millions  de DH. La sinistralité du portefeuille des  ménages a également connu une importante  hausse. Pour cette clientèle, les créances en  souffrance ont fait un bond de 10,1%, pour  s’établir à 23,1 milliards de DH.

Il y a de quoi être inquiet pour les banques.  Mais, en dépit de cette montée des créances  en souffrance, celles-ci n’ont pas resserré le  robinet, laisse entendre la banque centrale,  qui révèle que le rythme de progression du  crédit bancaire s’est élevé à 4,5% en mars  2017, contre 3,7% un mois auparavant.

Risque bancaire
Mais, en l’absence de statistiques détaillées,  cette analyse ne peut se faire avec la précision  scientifique requise. Dans les créances  en souffrance globales des entreprises, quelle  est la part des grandes entreprises? Cette question est à même d’éclairer sur le taux  de crédits octroyés aux grands comptes. Car  depuis quatre ou cinq ans, les petites et les  moyennes entreprises souffrent énormément  du ratio risque bancaire, devenu serré avec  les nouvelles règles prudentielles du comité  Bâle II et aujourd’hui Bâle III.

Les conséquences de ces règles prudentielles  ont été patentes sur le financement des entreprises  opérant dans le secteur de l’immobilier,  par exemple. Depuis l’émergence de la crise  économique du troisième trimestre 2008, les  banques marocaines, qui prêtaient jusqu’à  70% du financement du projet, ne dépassent  pas aujourd’hui les 30%.

Les vannes se ferment
Aussi, les petites et moyennes entreprises subissent  plus les conséquences fâcheuses sur  leur trésorerie que les grands comptes. Dans  la réalité, les délais de paiement se sont établis  en moyenne à 279 jours pour les TPE et  144 jours pour les PME, alors que la loi fixe  ce délai à 60 jours au maximum, au même  titre que le gouvernement, qui avait porté à  60 jours au maximum le délai de paiement  des dépenses relatives aux commandes publiques.  Un fossé abyssal existe entre la loi et  son application sur le terrain.

Tout en ayant la contrainte à préserver les  emplois et, par conséquent, à assumer les  charges sociales inhérentes, les PME voient  leurs caisses se vider jusqu’au tarissement. Et les banques commerciales de la place  n’y voient naturellement que des entreprises  en baisse de régime, en berne, avec des  créances en souffrance en hausse.

La circulaire 19 de la banque centrale (Bank  Al Maghrib) est catégorique et ne laisse pas  d’équivoque: au-delà de 90 jours, une entreprise  en difficulté qui ne régularise pas sa situation  est traitée de la même manière, quelle  que soit sa taille: la banque provisionne les créances en souffrance, ce qui implique que  les vannes des crédits de fonctionnement et  d’investissement se ferment pour l’entreprise.

Créances sensibles
La résultante ne tarde pas à se manifester:  de plus en plus d’entreprises mettent la clé  sous le paillasson. En 2015, elles étaient plus  de 7.100 entreprises à avoir déposé le bilan.  Mais, dans la réalité, le chiffre est beaucoup  plus impressionnant. Au moins 120.000 entreprises  seraient concernées, selon la société  Inforisk.

En tout état de cause, face à cette situation  de hausse des impayés et des créances en  souffrance, BAM veut remettre les pendules  à l’heure et protéger ainsi les banques, dont  les créances en souffrance peuvent perturber  les bilans.

Comment? A travers la nouvelle mouture  de la circulaire 19/G sur la classification des  créances et le provisionnement, qui a pour objectif de les protéger des mauvais risques.  Dans le détail, les nouvelles mesures visent  à pousser les banques à une analyse plus  rigoureuse du risque et une meilleure sélection  des dossiers, comme elles le font si bien  pour l’octroi des crédits. BAM a introduit donc  une nouvelle catégorie de créances dites sensibles.

Elle concerne des crédits d’au moins 20 millions  de DH d’encours dont les bénéficiaires  montrent des signes d’incapacité de remboursement  à court et à moyen termes. Or, ce  genre de dossiers se multiplie dans les portefeuilles  des banques.

Les changements dans la circulaire sur la  classification des créances et leur provisionnement  visent une harmonisation et une transition  vers les dispositions de la norme financière  et comptable internationale IFRS 9, qui  deviendra obligatoire au niveau international  à partir de janvier 2018 dans les bilans des  banques et dont la principale nouveauté est que les crédits sains doivent être provisionnés  alors que seules les créances déclassées et  fragiles l’étaient auparavant.

Entre le marteau et l’enclume
La décision est désormais prise. Mais il fallait  prendre en compte le contexte économique  global du pays et qui ne présente pas des  perspectives prometteuses. Les entrepreneurs  n’ont pas de visibilité à court et à moyen  termes et l’investissement public, qui est censé  tiré l’investissement privé vers le haut, est  en perte de vitesse.

Le durcissement de la réglementation bancaire  aura des conséquences à la fois sur les  banques et sur les entreprises, les PME en  particulier. Parce qu’elles doivent provisionner  au moindre signe de risque ou défaillance,  les banques voudront désormais réduire leur  risque et, par conséquent, serrer davantage le  robinet des crédits.

Quant aux entreprises, les petites et les  moyennes d’entre elles surtout, elles seront  entre le marteau des conditions serrées d’octroi  de crédits et l’enclume des retards de  paiement qui, en étouffant leurs trésoreries  (budget de fonctionnement), menacent leur  existence.

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