Bamako choisit de continuer son rapprochement avec Rabat

Diplomatie

Sur demande du président Assimi Goïta, le chef de la diplomatie malienne vient de se rendre au Maroc dans le cadre d’une visite qui confirme qu’un nouvel axe est en train de se former avec le Mali.

Qui visait-il, le ministre des Affaires étrangères, Nasser Bourita, en parlant, lors de la conférence de presse qu’il a donnée ce 11 septembre 2021 aux côtés de son homologue malien Abdoulaye Diop à Rabat, de “ceux qui disent qu’ils ont la recette magique ou un pourcentage des solutions des problèmes maliens”? La France, dont l’ambassadeur à Bamako, Joël Meyer, vient justement de se faire convoquer le 5 octobre 2021 par M. Diop après que le président français Emmanuel Macron ait qualifié quatre jours plus tôt de “démocratiquement nulle” “la légitimité du gouvernement actuel” malien? Ou, pour en rester à la crise régionale en cours depuis le 24 août 2021, l’Algérie, dont le président, Abdelmadjid Tebboune, assurait en octobre 2020 dans un discours qu’elle “est le seul pays au monde qui connaît parfaitement le Mali”? Quoi qu’il en soit et à l’instar de la politique qu’il mène par exemple en Libye, où il se contente, sans “agenda, ni solution”, d’un rôle de facilitateur entre les belligérants, le Maroc a mis à profit la visite de M. Diop, porteur, soit dit en passant, d’un message du président malien, Assimi Goïta, pour le roi Mohammed VI, pour rappeler qu’il “pense que le rôle de la communauté internationale, des partenaires et des amis du Mali (...) est d’accompagner les priorités définies par les autorités maliennes, de ne pas se substituer aux autorités maliennes ni de développer des recettes, des accords, des visions, dont le Mali est l’objet et non l’acteur” et que “pour” lui “le Mali est l’acteur principal de sa stabilité et du développement de son peuple”.

“Dès le départ, la position du Maroc a été constante: non à l’ingérence dans les affaires du Mali, non à l’utilisation du Mali pour faire avancer des agendas internes, non à la multiplication des initiatives vaines ou des accords dépassés pour gérer la situation au Mali,” a souligné M. Bourita. Pour sa part, M. Diop a “réitéré la position sans équivoque de” son pays eu égard au différend maroco-algérien autour de la région du Sahara et qui, concrètement, “va dans le sens de l’adhésion pleine et entière de la République du Mali au processus mené dans le cadre des Nations unies en vue de trouver une solution politique, pacifique, juste, durable et acceptable pour l’ensemble des parties”. Il a, en outre, “souligné que (...) le Mali n’entreprendra rien qui soit fondamentalement opposé aux intérêts du Maroc”.

Légitimité et stabilité
Cela peut-il être interprété comme annonciateur d’un retrait par le Mali de la reconnaissance que, sous la pression de l’Algérie voisine, avait acté en juillet 1980 l’ancien président Moussa Traoré? En tout cas, le moins que l’on puisse dire est que le Maroc a bien su tirer son épingle du jeu en étant le premier pays à entrer, dès le renversement du président Ibrahim Boubacar Keïta en août 2020, en contact avec le comité national pour le salut du peuple mis en place par M. Goïta. L’Algérie, dont le ministère des Affaires étrangères avait en même temps exprimé “son ferme rejet de tout changement anticonstitutionnel de gouvernement”, s’est, elle, depuis lors, fait distancer par le Royaume et a vu l’accord pour la paix et la réconciliation au Mali qu’elle avait chapeauté en 2015 entre Bamako et les séparatistes touaregs du Nord jeté aux orties.