LA RELATION ENTRE LE MAROC ET LA FRANCE À L’HEURE DU DÉGEL DIPLOMATIQUE

La balle est dans le camp de Paris

La visite du ministre français du Commerce, Franck Riester, les 4 et 5 avril 2024, est la deuxième depuis le début de l’année d’un responsable français, après celle de Stéphane Séjourné, le ministre des Affaires étrangères. Ces déplacements ministériels s’inscrivent dans le cadre d’une volonté de renouveler le partenariat entre les deux pays dans les 30 prochaines années


Ryad Mezzour et Franck Riester. Rabat, le 4 avril 2024.


Ce sont des visites ministérielles dont l’ambition est d’acter l’évolution de la relation entre le Maroc et la France. Franck Riester, ministre délégué au Commerce extérieur et à l’Attractivité, chargé de la Francophonie et des Français de l’étranger était, à ce titre, en visite au Maroc, du 3 au 5 avril 2024.

Un passage qui doit ouvrir la voie à une série de déplacements de responsables français au Maroc durant les prochaines semaines, de Bruno Le Maire, le ministre de l’Économie et des Finances, à Gérald Darmanin, le locataire de la place Beauvau, en passant par Rachida Dati, proche du Maroc et nouvellement nommée ministre de la Culture sous le gouvernement Attal.

Ces visites officielles prépareront, selon toute vraisemblance, l’arrivée prochaine du président Emmanuel Macron au Maroc, une visite d’Etat qui, si elle se matérialise, mettra symboliquement un terme à la brouille qui parasite les relations entre Rabat et Paris depuis quelques années.

«La visite de Franck Riester et celle de Bruno Le Maire sont importantes car elles interviennent après la validation des autorités française de projets d’investissement d’entreprises françaises dans le Sahara marocain», souligne Mustapha Tossa, journaliste et éditorialiste. «Ce tournant économique indique clairement que la France se dirige vers une reconnaissance officielle de la marocanité du Sahara, car on ne peut pas donner le feu vert à des investissements étatiques lourds dans le Sahara sans qu’il y ait une reconnaissance pleine et entière».

Franck Riester, qui a ouvert ce ballet diplomatique, a rencontré Ryad Mezzour, le ministre de l’Industrie et du Commerce et Mohcine Jazouli, ministre délégué de l’Investissement, avant de présider la cérémonie de signature entre busines France et la Chambre française d’industrie et de commerce (CFCIM) du renouvellement de la concession de service public (CSP) «Team France Export», spécialisée dans le développement des entreprises françaises à l’international, pour trois ans (2024-2026), qui vise à soutenir davantage les entreprises françaises, en coopération avec les entreprises marocaines.

«Le président de la République a voulu que je vienne au Maroc, dans la foulée de la visite de Stéphane Séjourné. Nous avons la conviction que la relance de la relation entre Paris et Rabat passe par les entreprises», a déclaré Franck Riester, qui a assuré que la France était ouverte à l’investissement dans les provinces du Sud, notamment à travers une ligne électrique à grande tension entre la ville de Dakhla et Casablanca, via Proparco, filiale de l’Agence française de développement (AFD) ou encore BPI France.

Investissements au Sahara marocain
Le ministre français a également appelé de ses voeux à une meilleure régionalisation des chaînes de valeur des deux pays, pour une projection coordonnée en Afrique avec un agenda commun. Une opportunité pour la France d’accéder aux marchés africains grâce à la position commerciale privilégié qu’occupe le Maroc dans le continent.

Pour Yassine El Yattioui, chercheur et secrétaire général de NejMaroc (Centre marocain de recherche sur la globalisation), «il est essentiel pour la France de maintenir des liens solides avec ses partenaires régionaux, notamment avec le Royaume, véritable leader du continent», avant de mettre en avant l’importance économique significative de la visite, notamment à travers les investissements prévus dans le Sahara : «La coopération économique entre la France et le Maroc dans des secteurs clés tels que l’énergie, les transports et la transition écologique peut favoriser la croissance économique et la création d’emplois dans les deux pays, analyse le chercheur. De plus, en investissant dans le Sahara marocain, la France peut contribuer au développement de cette région tout en renforçant sa présence et son influence dans la région».

Un manque de courage politique
Toujours est-il que depuis le début du réchauffement des relations entre Paris et Rabat, les annonces officielles françaises se font attendre, que ce soit sur les investissements dans les provinces du Sud, qui sont au stade de projet, que sur l’officialisation de l’annonce de la marocanité du Sahara. «Il y a un manque de courage politique chez la France. Elle se contente du conditionnel dans ses déclarations et est incapable de prendre des décisions comme les partenaires clés du Maroc, je pense à l’Espagne, Israël et aux Etats-Unis», tance de son côté Hachim Fadili, membre du bureau national et délégué national chargé des Français de l’étranger au parti politique Debout La France.

L’avocat estime que «le Maroc doit se concentrer sur son développement et n’a rien à attendre de la France», qui se complait, selon lui, «à répéter depuis deux décennies des éléments de langage diplomatiques pour qualifier la relation entre les deux pays». L’annonce officielle de la reconnaissance de la marocanité du Sahara interviendra-t-elle lors de la prochaine visite d’Etat d’Emmanuel Macron au Maroc? La réponse conditionnera fortement le futur des rapports entre les deux Etats.

Articles similaires