Badreddine Dassouli: "Le Maroc maîtrise la propagation de la pandémie"

Le président du Syndicat national des médecins du secteur libéral revient dans cette interview sur la mobilisation générale et particulièrement des médecins du privé pour sensibiliser et faire face au coronavirus mais aussi sur la pertinence du choix de la chloroquine comme traitement thérapeutique.

Vous avez publié un communiqué le 18 mars 2020 pour annoncer la mobilisation des médecins du privé pour la lutte contre le coronavirus. Qu’avez-vous proposé ?
Nous avons informé le ministère de la Santé que les médecins du secteur libéral sont disponibles et mobilisés et qu’il faut compter avec eux dans la stratégie de lutte contre la propagation de l’épidémie. Déjà, on travaille sur le terrain pour la sensibilisation des patients à ce sujet mais aussi pour ausculter et prescrire les soins quotidiens. Les patients sont suivis, même en cette période de crise. Les consultations se font par rendez-vous fixé au préalable. On prend toutes les précautions pour qu’il n’y ait pas beaucoup de patients dans la salle d’attente afin d’éviter la dissémination du germe.

On nettoie plusieurs fois par jour la salle d’attente. Les patients rentrent seuls sans accompagnateurs. Il faut garder une distance de deux mètres entre le médecin, toujours avec une bavette et des gants, et son patient, dans le but d’éviter une probable contamination dans les deux sens. Aujourd’hui, les téléconsultations sont les plus fréquentes et les conseils et la prescription des médicaments sont donnés par téléphone à titre gracieux. L’objectif est de faire éviter aux patients les déplacements inutiles, éviter la propagation du virus mais aussi réussir le confinement décrété par l’Etat.

Comment voyez-vous les décisions de confinement sanitaire prises jusque-là?
De prime abord, les décisions sanitaires et de confinement ont été prises à temps. Ce sont des décisions téméraires. Elles montrent qu’on pense au peuple mais pas à l’économie. Etant des médecins qui s’activent sur le terrain, nous attestons que les données communiquées par le ministère de la Santé sont réelles et ne sont pas sous-estimées. Nous sommes à même de juger si l’épidémie est très répandue ou elle se limite à un certain nombre de cas. Cependant, lorsqu’il y a une épidémie, il y a aussi la face cachée de l’iceberg.

Et cette partie cachée, personne ne peut la connaître, même ceux qui font le dépistage massif comme en Corée du sud ou en Allemagne. Il y a la phase symptomatique qui transmet le virus. Et comme dans chaque guerre, il faut absolument connaître son adversaire et se battre avec les armes disponibles. Pour l’heure, le Maroc ne peut pas se permettre le dépistage massif.

Et que pensez-vous de l’introduction de la chloroquine dans le traitement des cas d’infection à la maladie du Covid-19 ?
L’introduction de la chloroquine et l’Azithromycine dans le protocole thérapeutique est bonne. Bien que certains pays comme le France avancent qu’il n’existe pas d’études cliniques, or si on doit attendre les résultats des études, il va falloir attendre une année au moins. Mais il faut assumer les conséquences, car il y a aura un nombre effrayant de morts. Les chinois ont été les premiers à appliquer ce protocole. Ils ont pu freiner le corona avec ce protocole associé à d’autres médicaments. La chloroquine ne guérit pas mais diminue la charge virale et partant, la contamination et les cas graves.

Dans votre communiqué, vous avez préconisé l’utilisation de la chloroquine bien avant la décision du ministère de la santé. Sur quoi vous vous êtes basés ?
Nous nous sommes basés sur les études publiées et répertoriées par le PubMed, une base de données internationale fiable. Il y a des études chinoises qui ont été reprises par l’Institut hospitalo-universitaire (IHU) Méditerranée Infection à Marseille, considérée par les professionnels de la santé comme la ‘’NASA’’ de l’infectiologie. Le Pr Raoult, directeur de l’IHU, a publié des études sur l’efficacité du traitement dans les études préliminaires sur 100 cas, confirmée par une courte communication et par une conférence de presse du Pr Zhong, une autorité chinoise reconnue dans le monde entier.

En tant que syndicat des médecins du secteur libéral, on s’est permis de l’introduire dans le communiqué et de le préconiser afin d’attirer l’attention des responsables sur ce produit. Premièrement, il est connu depuis quarante ans. Il n’est pas cher. Et dans nos conditions actuelles, étant donné qu’il n’y a aucune autre arme pour lutter contre ce virus, pourquoi ne pas l’essayer. Et puis, au bout de 6 jours, on va voir si le produit est efficace ou non. Maintenant, nous sommes au 5e jour du traitement avec la chloroquine dans tous les hôpitaux du royaume. Ce que je peux vous dire, c’est que les premiers résultats sont encourageants.

Vous tirez ces informations de quelle source?
Des médecins de réanimation à Casablanca nous ont fait part que les cas traités se portent mieux. Ils sont devenus plus stables. Leur respiration s’améliore. Il ne faut pas oublier qu’on connait bien ce médicament depuis plus de 40 ans. Le Dr William Grace e l’hôpital Lenox Hill de New York a déclaré que son hôpital utilise de la chloroquine pour les patients atteints de coronavirus et qu’il a eu 0 décès sur 100 patients traités avec l’hydroxychloroquine, la version la moins toxique de la chloroquine.

Justement, les détracteurs des utilisateurs de la chloroquine évoquent ses effets secondaires ?
On ne peut parler des effets secondaires de la chloroquine qu’à long terme. Or, le traitement est de court terme dans ce cas de figure. Il faut savoir, à titre d’exemple, que le paracétamol a plus d’effets secondaires que la chloroquine, à court terme. Généralement, quand on voit que le bénéfice est plus grand que le risque, on prescrit le médicament.

Vous pensez alors qu’ils ont exagéré sur la question des effets secondaires ?
Je le pense. Ce médicament ne posait aucun problème depuis 40 ans. Puis, soudain, au mois de février 2020, la France l’a classé comme médicament vénéneux. Bizarre, non!

Quand est-ce qu’on saura s’il est efficace comme on le souhaite ?
On aura une visibilité la semaine prochaine sur l’efficacité du médicament.

Qu’en est-il des risques encourus par le personnel médical et infirmier ?
Nous sommes en train de penser à protéger le personnel soignant. Les médecins et les infirmiers, qui sont en contact direct avec les patients infectés, encourent un risque de contamination. En Chine, un nombre important de médecins a péri. En Italie, 20 médecins y ont laissé leur vie. En France, deux ont rendu l’âme. Au Maroc, 12 médecins ont infectés. Le personnel médical et infirmer prend toutes les précautions préconisées et nécessaires. Cela n’empêche qu’il puisse y avoir contamination. Pour cela, on se demande s’il ne faut pas chercher dans la prévention. Si ce médicament est actif sur la maladie, est-ce qu’il ne faudrait pas le donner en prévention à doses réduites pour voir s’il est aussi actif ?

C’était quoi la faille qui a causé la contamination des médecins ?
Vraisemblablement, c’était l’utilisation des masques toute la journée alors qu’ils sont censés êtres portés tous les 3 ou 4 heures seulement. On ne peut pas tout de même leur reprocher leur dévouement. D’autant plus qu’en Italie, il y a une pénurie de masques qui a duré.


1 commentaire

  • benmhamed

    28 Mars 2020

    Des données réelles peut être mais toujours est il que le Maroc ne pratique pas le dépistage systématique des habitants. Quand on considere le nombre de cas testés estimés ,dans l absence de chiffres officiels, a mille ,et lorsqu on sait que les pays qui ont stabilisé le nombre de décès comme l Allemagne et la Corée sont proactifs une question légitime se pose avec insistance qui se résumerait a comment peut on affirmer avec certitude que notre pays maîtrise la prorogation de la pandémie alors que des centaines de cas non détectés, déambulent dans les souk ,les transports publiques et les operations de don de sac de farine comme celle qui a lieu aux environs de Guelmim dans une anarchie assassine.

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