Badr Bellaj : "Le Maroc a intérêt à se positionner dans la cryptomonnaie"

Veuillez, tout d’abord, nous expliquer c’est quoi une cryptomonnaie et comment fonctionne-t-elle ?
Une cryptomonnaie est une monnaie digitale, gérée par un réseau décentralisé. Il n’existe pas d’entité qui émet la monnaie et la gère, mais il s’agit plutôt d’un réseau d’entités et d’individus qui, à travers un protocle donné arrivent à se mettre d’accord sur la validation des transactions sur le réseau en question.

C’est ce qu’on appelle des réseaux Peer to Peer, où plusieurs individus utilisent un seul logiciel qui représente plusieurs règles définissant le protocole qui gère la monnaie. On peut comparer ce système à une banque décentralisée sous forme de réseau, un genre de petit parlement qui valide les transactions.

Les Marocains sont assez friands des cryptomonnaies. Plus de 800.000 les utilisent, selon une récente étude. Quelle lecture en faites-vous ?
Nous avons mené étude auprès de 10.000 Marocains dont la moitié est âgée entre 20 et 30 ans. L’étude nous a révélé que 21% utilisent les cryptomonnaies ou les ont déjà utilisées. Plus révélateur : 57% des sondés comptent les acheter dans un futur proche. L’engouement des Marocains, particulièrement les jeunes, pour l’usage des cryptomonnaies trouve son explication dans trois principaux facteurs. En premier lieu, ces monnaies sont venues résoudre un véritable problème lié à l’e-commerce. Ces cryptomonnaies se sont avérées un moyen très facile, accessible et peu coûteux pour vendre ou acheter des produits et services sur internet.

Deuxièmement, beaucoup de Marocains les considèrent comme un actif de trading, les cryptomonnaies étant un actif facile à spéculer avec. En dernier lieu, les Marocains les utilisent comme un moyen de transfert, vu leur coût extrêmement bas. Tu peux envoyer un million de dollars à quelqu’un en payant quelques dizaines de dollars de frais. Aussi, on peut utiliser des cryptomonnaies qu’on peut programmer pour créer des cas d’usage pour la collecte de fonds ou le Clound Funding.

Comparé à la finance classique, la finance décentralisée présente ainsi plusieurs avantages notamment en termes de coût. Je tiens également à souligner que les cryptomonnaies peuvent être utilisées dans leur forme initiale à travers des réseaux non régulés et non contrôlées, comme elles peuvent être utilisées comme des monnaies virtuelles de banques centrales.

Le Maroc a-t-il intérêt à se positionner dans la finance décentralisée ?
Si le Maroc met une plateforme innovante pour attirer cette nouvelle économie ou industrie, qu’est la finance décentralisée, il ne peut qu’en bénéficier. Il y aura de la création d’emplois, en plus des volumes de liquidité importants générés par cette économie qui ne demande pas de prérequis. Par ailleurs, on sait que la Chine qui a créé sa monnaie virtuelle, challenge l’hégémonie du dollar.

Je crois que le Maroc pourrait s’inscrire dans cette stratégie d’usage de monnaie virtuelle pour anticiper l’usage de la monnaie chinoise et ne pas la subir. Les autorités marocaines doivent être conscientes de ces enjeux en créant un cadre légal et une stratégie claire. Outre la Chine, l’Europe travaille également sur son euro digital. Des opérateurs économiques vont bientôt utiliser la monnaie électronique et on doit être bien positionné pour tirer profit de cette future transformation. Enfin, le Maroc pourrait commercialiser son énergie verte pour cette industrie de monnaie virtuelle qui est énergivore dans sa composante minage

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