Bachir Dkhil, ancien dirigeant du Polisario : "Les Sahraouis réalisent qu'il est temps de trouver une solution pacifique et négociée au conflit"


Bachir Dkhil, parmi les fondateurs du Polisario qui ont répondu à l’appel du Maroc pour revenir au pays et qui est actuellement fondateur président de l’Institut du Forum international des alternatives pour les études sahraouies Al Andalouss, salue l’appel lancé par Maroc Hebdo, dans son dernier numéro, en soulignant le déclin du Polisario et les conditions catastrophiques dans les camps de Tindouf.

De nombreuses voix sahraouies ont réagi favorablement à l’appel que nous avions lancé dans notre dernière couverture pour que les Sahraouis de Tindouf rentrent au Maroc. Qu’en avezvous pensé, pour votre part ?
Je suis favorable à toute initiative qui vise la réconciliation et plaide pour la protection des droits humains. Votre appel est donc pour moi le bienvenu. Le conflit avec le Polisario a assez duré. Cela fait plus de 50 ans qu’il a commencé, et il est clair qu’il ne peut être résolu que dans un esprit de pragmatisme politique, de négociation et de réconciliation.

Il y a certainement beaucoup de Sahraouis intéressés par cet appel. D’autant que la situation à Tindouf est préoccupante et beaucoup de Sahraouis en ont assez de vivre dans des conditions difficiles. De plus en plus de gens réalisent que le Maroc est disposé à les accueillir et à leur offrir une vie meilleure.

Pouvez-vous nous en dire plus sur la situation actuelle à Tindouf à partir des éléments dont vous disposez ?
C’est une situation extrêmement catastrophique, et elle a, en vérité, toujours été catastrophique. Depuis 1973, date de création de la première base des campements de Tindouf grâce au financement et à la planification des militaires de l’Algérie, les Sahraouis y souffrent. Ces camps sont, ni plus ni moins, devenus une source financière pour le Polisario.

Les Sahraouis qui vivent dans les camps de Tindouf sont confrontés à de nombreux défis, notamment la pauvreté, le manque d’opportunités économiques et l’absence de liberté de mouvement. Normalement, ils doivent être traités comme des réfugiés, mais ils ne le sont pas et ils ne bénéficient d’aucun des droits octroyés aux réfugiés.

Les femmes n’ont aucun droit, l’esclavage persiste ainsi que la discrimination raciale, les enfants sont enlevés par la force à leurs parents et sont utilisés comme soldats...

Est-ce cela qui explique la contestation de plus en plus forte au sein du Polisario ?
La situation au sein du Polisario est également désastreuse. Vous avez vu le dernier congrès. Ce sont toujours les mêmes personnes, les mêmes sujets, les mêmes thématiques obsolètes… Ce n’était à vrai dire même pas un congrès, ce sont des militaires ou des personnes engagées par les services algériens de sécurité qui y ont participé, alors qu’ils annoncent que des milliers de militants ont été présents. C’est aussi la démonstration que l’Algérie n’avance pas et qu’elle vit encore dans l’ère de la guerre froide. Le régime algérien veut clairement maintenir le statu quo.

Voyez-vous le Polisario imploser ?
Absolument. De toute façon, le Polisario est en déclin depuis 1991. On ne peut pas gagner une guerre avec 3.000 guerriers et avec des armements obsolètes. On ne peut gagner la guerre avec des slogans ou des drapeaux. Le Polisario défend les intérêts de sa direction et exécute les tâches fixées par les services algériens. De plus en plus de Sahraouis réalisent qu’il est temps de trouver une solution pacifique et négociée au conflit.

Jusqu’à quel niveau le Polisario dépend- il exactement de l’Algérie ?
L’Algérie a utilisé le Polisario comme un pion dans son jeu politique depuis le début du conflit. Elle crée un amalgame qui a vraiment dépassé le problème initial, sachant que dans les camps de Tindouf il y a des populations qui ne sont même pas originaires de la région. L’Algérie a intérêt à maintenir la situation de conflit pour des raisons politiques, économiques et géostratégiques. Il est temps que l’Algérie reconnaisse que le conflit ne peut être résolu que par une solution négociée.

Vous dites que le Polisario ne peut pas gagner une guerre, mais est-ce que la guerre est inévitable ?
Je crois que non. Géopolitiquement, la guerre n’est jamais une solution et l’Algérie le comprend parfaitement. Elle utilise toutefois le Polisario comme instrument pour défendre ses intérêts dans la région.

Et le plan d’autonomie ?
A ce jour, le plan marocain est la seule initiative importante et constructive proposée par les différentes parties prenantes du conflit. Les autres veulent la guerre. Le Polisario parle encore d’un référendum qui ne peut pas être la solution du problème. Si on regarde la population sahraouie concernée, plus de 62% sont déjà installées au Maroc et participent massivement aux élections. Alors qui le Polisario représente-t-il ?.

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