Entretien avec Aziza Laraki, fondatrice de la galerie Kent

Aziza Laraki : "Tanger est une source d’inspiration inépuisable"

La galerie Kent, fondée par Aziza Laraki, accueillera du 5 juillet au 15 septembre 2024 une exposition collective réunissant six artistes représentant différents pans générationnels. Pendant les vacances d’été, cette agora artistique créée par la galeriste métisse sera le lieu où multiculturalisme et diversité artistique seront conjugués.


A partir de ce vendredi, au sein de la galerie Kent, aura lieu le vernissage de l’exposition collective « Toucher à la peinture ». Parlez-en nous plus.
Ce rendez-vous artistique annuel est une tradition à laquelle tient beaucoup notre galerie, puisque parmi les artistes qui exposent leurs oeuvres se trouvent des lauréats des Beaux-arts de Tétouan. A chaque fin d’année, nous organisons une exposition collective souvent dédiée à ses diplômés. L’idée de donner chair à cette manifestation artistique m’a été inspirée par Olivier Rachet et Fouad Bellamine, qui sont tous deux commissaires de «Toucher la peinture». Quant au titre, comme vous pouvez le remarquer, il est tiré de la citation de l’artiste français Eugène Leroy, auteur de cette belle phrase ‘Toucher la peinture comme la peinture vous touche’.

Pourquoi avoir réuni six artistes issus d’horizons différents autour de cette exposition?
L’objectif de cette approche est de permettre aux oeuvres conçues par différentes signatures de cohabiter dans un espace culturel, car en temps normal, les artistes peuvent se rencontrer et interagir mais pas leurs tableaux. C’est un choix qui paraît d’une extrême simplicité, mais il n’est pas évident de le concrétiser. Pour le réussir, il faut veiller à ne pas créer de hiatus entre les oeuvres. « Toucher la peinture » traduit notre volonté de création de passerelles et de dialogues. Et donc nous sommes partis du principe que chacun de ces artistes, avec son propre style, sa culture et son expérience, contribuera à une mosaïque artistique unique qui reflète l’essence même de Tanger. Nous aurions pu penser à d’autres artistes, mais faute de temps et d’espace, nous nous sommes limités à six exposants.


A quel public s’adresse-t-elle ?
Cette exposition s’adresse d’abord aux connaisseurs at amoureux de la peinture. Elle est aussi ouverte aux étudiants des beaux-arts et plus globalement au grand public qui peut nous faire l’honneur de nous visiter afin d’apprécier de visu les jolies toiles des artistes exposants. J’estime que pendant la trêve estivale, les visiteurs viendront eux aussi d’horizons différents, comme on sait que la ville de Tanger est une ville qui connaît une forte affluence en été.

Que représente pour vous Tanger ?
Pour moi en tant que galeriste, Tanger est une source inépuisable d’inspiration. Ses paysages, ses couleurs, ses sons et ses habitants nourrissent ma créativité et celles des artistes que j’expose. Depuis ma galerie, avec sa vue imprenable sur la mer méditerranée et l’église en face, je me délecte chaque jour de cette rencontre harmonieuse de religions et de cultures. Je suis arrivée à Tanger quand j’avais un an en compagnie de mon père né à la capitale spirituelle du Royaume et de ma mère d’origine espagnole. Elle est pour moi bien plus qu’une simple ville. C’est un lieu où se mêlent histoire, culture et créativité.

Que recèle-t-elle de si magique pour posséder ces vertus inspiratrices ?
Cette ville incarne la beauté de la rencontre entre différentes cultures et civilisations. Lorsque je suis devenue adulte, je me suis rendue compte de l’importance de cette ville dans le façonnement de ma personnalité et dans le développement de ma passion pour les arts. Son air et ses aires, ses jours et ses nuits, ses quartiers et son architecture, ses couleurs et son atmosphère, sa médina et ses anciens habitants, ses churros et ses plats andalous, ses montagnes et ses périphéries, tout cela est inspirant. Et ce n’est pas moi seule qui le dit. Ecrivains, artistes, intellectuels ayant rejoint l’au-delà en avaient témoigné de leur vivant. Et même ceux qui sont encore vivants le confirmeront. Vous me faites sourire. Cette question que vous me posez, j’aurais bien aimé la poser à mon tour à Henri Matisse.

Articles similaires