Aziza Ghallam: "85% des couples infertiles vivent dans la dépression"

Interview de Aziza Ghallam, présidente de l’association marocaine des aspirants à la paternité et à la maternité (MAPA).

Pour Aziza Ghallam, présidente de l’Association marocaine des aspirants à la paternité et à la maternité (MAPA), le traitement de l’infertilité n’est pas un luxe mais un droit constitutionnel. Elle appelle l’Etat à venir en aide à une population qui souffre de plusieurs difficultés financières mais surtout psychologiques.

Vous avez tenu, le samedi 29 mai 2021, votre 6e conférence nationale. Quelles sont aujourd’hui vos principales revendications?
L’infertilité touche aujourd’hui près de 900.000 couples au Maroc. La grande majorité de ces couples rencontrent les mêmes contraintes. La réalité du terrain révèle clairement un besoin urgent de fournir une couverture sanitaire complète pour toutes les interventions thérapeutiques nécessaires à ceux qui souhaitent avoir des enfants, à commencer par le diagnostic, le traitement, les opérations chirurgicales, l’assistance médicale à la procréation et le soutien psychologique.

Ce dernier point est d’ailleurs d’une importance majeure puisque l’infertilité cause des problèmes familiaux profonds, ce qui affecte la stabilité de la vie conjugale et de la famille marocaine. Par ailleurs, nous appelons les autorités compétentes à ouvrir des unités de fertilité dans le secteur public dans toutes les régions, tout en initiant des partenariats public-privé.

Nous demandons également une indemnisation pour les inséminations intra-utérines et externes à raison, respectivement, de 6 et 4 tentatives. Il s’agit aussi de créer une spécialisation en assistance médicale à la procréation et de lancer une étude nationale sur l’infertilité afin de disposer de données fiables sur l’infertilité et ses causes.

Les couples infertiles font face à des contraintes financières à cause des coûts des traitements, mais aussi à des problèmes d’ordre psychologique…
L’infertilité engendre des coûts économiques, sociaux et surtout psychologiques. Entre novembre 2019 et avril 2021, l’association MAPA a enregistré 12 cas de divorce de ses membres. Vu les coûts exorbitants de l’assistance médicale à la procréation, les couples rencontrent des difficultés financières et ont recours à des prêts bancaires, à des prêts familiaux et à la vente de leurs biens.

Une étude interne a révélé une fragilité psychologique très importante auprès de nos membres. 85% des sondés vivent une dépression, 10% souffrent d’anxiété et 5% ressentent de la culpabilité envers le conjoint en plus d’un sentiment d’insécurité sociale.

Le projet de généralisation de la protection sociale vous ouvre-t-il de bonnes perspectives pour un meilleur accès aux soins?
Vous savez, le traitement de l’infertilité n’est pas un luxe, mais un droit constitutionnel et un droit humain, comme stipulé par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) qui insiste sur le droit pour les femmes et les hommes de jouir d’une santé sexuelle et reproductive, et le droit d’accéder aux informations et aux services de santé sexuelle et reproductive, dans le cadre des Objectifs du Millénaire pour le développement (OMD) adoptés d’ailleurs par le Maroc.

Aujourd’hui, nous ne pouvons qu’être fiers des chantiers lancés par le Souverain, comme le projet de généralisation de la protection sociale et le nouveau modèle de développement. Nous souhaitons que ces chantiers incluent l’accès aux soins de santé reproductive.