Avortement clanedestin : Un drame affreux

Le 20 septembre 2022, le net marocain a décrété une journée de “deuil en ligne pour Meriem. Une jeune fille de 14 ans, enceinte de trois mois, dont le corps chétif n’a pas pu supporter l’atrocité d’un avortement illégal. Un drame qui a relancé le débat sur la légalisation de l’avortement au Maroc.

“La porte était ouverte, et on pouvait voir le corps de la victime depuis la porte. Elle portait un tee-shirt jaune et un petit short rouge, mettait deux bagues, un bracelet et 4 boucles d’oreille jaunes. Elle semblait très pâle. Il n’y avait aucune trace de sang mais avait des bleus sur ses mains et pieds. Il y avait également un tee-shirt bleu masculin et des sandales ». C’est ainsi que les autorités ont trouvé  le corps  de Meriem J., une jeune fille de 14 ans, enceinte de 3 mois, dont le corps chétif n’a pas pu supporter l’atrocité d’un avortement illégal.

En effet, c’était à la fin du mercredi 9 septembre 2022, vers 19h20 que les gendarmes de Boumia, une bourgade d’environ 18.000 habitants, relevant de la province de Midelt, et se trouvant à 180 KM de Meknes sur la route nationale vers Errachidia, ont reçu un appel annonçant la mort de la jeune Meriem J. Arrivant sur place, la maison que Mohammed, principal suspect, louait, était déjà entourée par les voisins, les forces de l’ordre, le Pacha de Boumia, et les éléments de la protection civile. Interrogé sur place, Mohammed n’a point nié qu’il était présent lors de l’IVG «faite à l’aide d’une femme et d’un homme médecins ou infirmiers qui avaient pris la fuite, utilisant leurs propres voitures, notamment une Dacia blanche».

Puis, appelée par les gendarmes, c'est  une médecin pratiquante à l’hôpital de Boumia, qui a confirmé le décès affreux de la jeune fille née en 2007, qui était enceinte de 3 mois. «Meriem était mon amie. Nous avons grandi ensemble. Je ne comprends pas comment c’est arrivé ! Tout a changé il y a quelques années quand elle a quitté les bancs de l’école», c’est ainsi qu’une amie de Meriem nous déplore la jeune victime.

Âgée d’à peine 14 printemps, Meriem a quitté l’école il y a deux ans, alors qu’elle était seulement en deuxième année du cycle secondaire collégial. Comme un malheur n’arrive jamais seul, quitter l’école a presque coïncidé avec le divorce de ses parents. Sa mère, se retrouvant sans revenu, a dû exercer diverses activités pour subvenir aux besoins de sa famille.

La mère travaillant à la cueillette des pommes et la planche dans les cafés, Meriem se retrouvait souvent seule, veillant sur elle-même et sur sa petite soeur dans le petit village de Boumia. Un village au Maroc profond, à la porte du Sahara.

Un village pauvre, avec un climat aride et qui manque d’infrastructures. Ses rues poussiéreuses, ses habitations de fortune, seuls quelques commerce sur la route nationale permettent la survie des habitants. Les lieux de loisir il ne faut même pas y rêver… C’est dans ce contexte que Meriem a vécu. Livrée à elle-même, dans un environnement où les prédateurs rôdent, la petite fille aux cheveux crépus qui tombent sur ses oreilles, avec la physionomie d’une jeune femme en devenir et d’un teint bronzé est tombée entre les griffes d’un pédophile.

Âgé de 25 ans et sans occupation, le suspect profitait de la victime pendant de longs mois, selon les témoignages de certains habitants du village contactés par Maroc Hebdo. Découvrant la grossesse de la défunte et cherchant à éviter l’opprobre et à sauvegarder l’honneur de la famille, la mère a malheureusement assisté au décès de sa fille. «C’est un problème d’éducation principalement», nous raconte un habitant.

«Les parents ont la responsabilité de veiller sur leurs enfants, de les éduquer, de les surveiller…. », poursuit-il en annonçant que cette affaire fera plus de victime. Notamment la benjamine de la famille, âgée de 7 ans, qui se retrouve seule, avec une soeur morte, une mère en prison et un père absent depuis quelques années déjà. Non consciente de ce qui est arrivé, «la petite n’arrête pas de pleurer, ne comprenant pas ce qui s’est passé et attend le retour des siens. Elle pourrait même être victime de stigmatisation dans le village par la suite, on ne sait pas encore ce qui va lui arriver» soupire le voisin de cette famille.

Meriem n’est ni la première ni la dernière à devoir passer par un tel drame. «Vu qu’il y a beaucoup de maisons closes à Boumia, ces pratiques sont devenues courantes, c’est juste la première fois que cela crée un tel écho. Un écho dont on a besoin pour révéler la réalité et la souffrance dont beaucoup de femmes sont victimes ici», nous annonce une habitante de la ville.

Bien qu’une commission officielle ait recommandé, en 2015, que l’avortement dans «quelques cas de force majeure» devienne autorisé, notamment en cas de viol ou de graves malformations, aucune loi n’est depuis venue entériner ces recommandations qui pourront faire face au fléau des centaines d’avortements clandestins pratiqués. Combien de Meriem, combien de jeunes filles devons-nous perdre avant de comprendre qu’il est temps, ou qu’il est déjà tard, pour garantir une législation qui protège les femmes contre les violences et la discrimination basée sur le genre?.

LA LOI M'A TUER

Des centaines d’avortements clandestins par jour au Maroc. Une situation qui tourne parfois au drame, comme c’est le cas pour la petite Meriem dans le village de Boumia. Les parents, l’État, la so

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