Avec ou sans drapeaux

En Algérie, aucun droit à la différence éthnique

FONCIÈREMENT, LES GOUVERNANTS D’ALGER CRAIGNENT LES DRAPEAUX RÉGIONAUX, EN PARTICULIER, CEUX DES AMAZIGHS.

En principe, un drapeau national couvre l’ensemble du territoire. Il est l’emblème qui renvoie au premier coup d’oeil à une entité humaine forte de sa cohésion et parfois de sa diversité. Cela coule de source tant que l’appareil d’État fonctionne sans accroc. Dès qu’il y a un bruit intrus, c’est toute la machine de l’État dans son rapport à la société qui n’est plus la même, exigeant un certain réglage.

C’est précisément ce qui vient de se produire en Algérie, le jeudi 20 juin 2019. Un pays où il se passe tellement de choses que le pays est promis soit à un lendemain meilleur soit à une méga régression immédiate. Le bon peuple à l’unisson avec son élite choisiront volontiers la première option. Seulement voilà, un drapeau autre que celui généralement brandi, s’est ostensiblement introduit; branle-bas de mobilisation pour étouffer cet incident dans l’oeuf. En plus, l’intrus en question à peine sorti d’une table d’artisans ne porte ni les couleurs officielles, ni l’iconographie de l’ouvrage authentique. Il est arrivé auparavant que des Kabyles en colère brandissent leur propre drapeau.

Les autorités locales grincent des dents et passent leur chemin. Les membres du Polisario ont cru tenir un moyen de propagande facile et gratuit sur le dos des manifestants algériens, ils pensaient pouvoir instrumentaliser les militants Kabyles. Alors que l’on croyait qu’ils allaient être accueillis a bras ouverts, ils ont été évacués manu militari. Il y a un lieu mondialement connu propice à ce genre de manigances sous couvert de diplomatie internationale. Il s’agit de la quatrième commission de l’ONU pour les droits de l’Homme. Après tout, le Polisario n’a-t-il pas été enfanté et encadré par Alger pour devenir l’interlocuteur attitré auprès d’une haute diplomatie désoeuvrée? En Fait, la question du Sahara marocain ne s’est pas clairement impliquée dans le Hirak algérien pour le plus grand bien des peuples de la région. Voulue comme une bombe à retardement par Houari Boumedienne; il y a de fortes chances pour qu’elle soit l’unique sortie d’un blocage quadragénaire.

On n’a pas fini d’ergoter sur les fabricants d’un drapeau aux couleurs du Polisario. Entre Saddam Houssein, Hafid El Assad, Mouamer El Kadhafi et Houari Boumedienne, la gamme arc-en-ciel dont plus personne ne veut est ouverte. On n’a que l’embarras du choix. Ce n’est pas de la petite histoire qui fera la grande, mais qui le restera au gré d’un événementiel qui la dépasse. En plus d’être sacralisés, ces drapeaux cousus main ont très mal fini leur parcours historique. Débutés dans des parades grandiloquentes, tout semble avoir été prévu dans ces Hiraks qui durent depuis les années cinquante, sur fond de bruit de bottes et de cliquetis de gâchettes avec femmes et enfants pour cibles.

Tout semble avoir été diaboliquement balisé pour que les auteurs-provocateurs de ces Hiraks soient eux-mêmes emportés par la vague de contestation de leur propre exercice de pouvoir. Drapeaux sacrés traînés dans les eaux usées. En fait, les gouvernants encore en place ou délogés d’Alger à Sanaa, en passant par Damas, Baghdad, Tripoli ou Khartoum, semblent être en sursis de Hiraks. Avec ou sans drapeaux


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