Encore des années avant le retour à la croissance pré-Covid !

UN SCÉNARIO ÉTUDIÉ PAR DES CHERCHEURS DE BANK AL MAGHRIB ET DU FMI

Une étude publiée par la banque centrale montre que l’impact de la pandémie sur l’économie va retarder pour longtemps un retour au niveau d’avant-Covid-19, tout en alourdissant la dette publique.

Où est cette relance économique tant promise depuis l’été 2020? La crise économique induite par la crise sanitaire s’enracine en dépit des signes positifs relevés ci et là. Il suffit de se fier aux statistiques relatives aux pertes d’emplois (plus de 200.000 au premier trimestre 2021) et aux défaillances des entreprises (plus de 21% durant le premier trimestre 2021 comparativement à la même époque de 2020) pour s’en convaincre. D’ailleurs, ces deux postulats attestent de l’impact négatif de la pandémie du Covid-19 sur l’économie nationale. Retrouver le cycle de croissance d’avant la pandémie ou des années précédentes n’est pas un long fleuve tranquille.

Réformes structurelles
C’est ce qui a été confirmé par les résultats d’une étude, présentée sous forme d’un document de recherche intitulé «Le Modèle d’analyse des politiques au Maroc: cadre théorique et scénarios politiques» (The Morocco Policy Analysis Model: Theoretical Framework and Policy Scenarios), publié par Bank Al-Maghrib (BAM) le 5 mai 2021. Cette publication est l’oeuvre conjointe de chercheurs de la Banque centrale et du Fonds monétaire international (FMI), dans le cadre de la collaboration permanente entre les deux institutions.

The Morocco Policy Analysis Model a été créé au sein de Bank Al-Maghrib pour simuler l’impact des évolutions extérieures, des politiques macroéconomiques nationales, et des réformes structurelles sur les principaux agrégats macroéconomiques, selon deux scénarios à moyen terme: l’assainissement budgétaire pour stabiliser le ratio dette/PIB et les effets du choc Covid-19. D’emblée, l’institution de régulation attire l’attention que «les simulations du document décrivent des scénarios théoriques basés sur un ensemble d’hypothèses et de jugements d’experts et ne doivent pas être interprétées comme des prévisions des autorités marocaines ou du FMI».

Assainissement budgétaire
Le scénario de la pandémie Covid-19 couvre les actions des autorités menées au cours du premier semestre de 2020 et émet des hypothèses sur les évolutions à court et moyen termes, constatant que même avec un mix fiscal-monétaire bien coordonné, le retour au niveau pré-Covid du PIB réel prendra plusieurs années, avec une augmentation durable de la dette publique. Les hypothèses de départ incluent la baisse de la demande initiale et les perturbations à moyen terme de l’offre. Le ralentissement de la productivité et les perturbations des chaînes d’approvisionnement réduiraient la croissance potentielle du PIB parfois.

Les développements externes stimulent l’impact de la pandémie du Covid sur l’économie marocaine: la demande des importations marocaines et du secteur touristique devrait rester faible. Le développement de la demande est amplifié par une combinaison de chocs d’offre. Une relance de deux ans en 2020 et 2021 ferait passer la dette publique à environ 75% du PIB. Les mesures fiscales mises en place à la mi- 2020 ont atténué le choc de la demande négatif et ont protégé les ménages limités par les liquidités et empêché la détérioration du secteur financier.

Toutefois, la croissance économique en 2020 est estimée à environ 6 points en dessous de son niveau pré-Covid. Pour ce qui est du scénario d’assainissement budgétaire, il simule l’impact du cadre proposé à la Conférence nationale sur la fiscalité de 2019 et relève que l’assainissement a un impact généralement positif. Les hypothèses de départ établies par les chercheurs comprennent, entre autres, l’adoption d’une loi-cadre crédible, la répartition des gains provenant de recettes supplémentaires et la suppression de la subvention aux carburants, le financement du filet de sécurité sociale et la réduction des taux d’imposition sur le revenu.

Les hypothèses se basent également sur la simplification du système complexe de taux de TVA multiples ainsi que l’évolution du système fiscal, l’élargissement de l’assiette fiscale mais aussi sur le recours aux exonérations fiscales. Le scénario suppose qu’il n’y a aucun changement du taux de change actuel. Le résultat de ce scénario est que les déficits publics diminuent, financés par une augmentation permanente des recettes et des réductions temporaires des dépenses, et le ratio dette brute/PIB tombe ainsi à l’objectif de 60%.

Etat d’urgence
D’une part, la réduction de l’endettement public et le passage des impôts directs aux impôts indirects génèrent des gains d’efficacité et conduisent à une augmentation substantielle de l’investissement privé. D’autre part, la suppression de la subvention aux carburants réduit le revenu disponible, limitant ainsi l’investissement. L’impact total à moyen terme sur la production est positif et important. Le faible rapport dette/PIB, en permanence plus bas, abaisse la prime de risque pays et crée un espace pour l’expansion éventuelle des transferts sociaux ciblés.

Somme toute, ce qu’il faut retenir, c’est que la pandémie a affaibli davantage la productivité, impactée par des perturbations des chaînes d’approvisionnement, et, partant, la compétitivité de l’économie marocaine en général et d’un nombre de secteurs d’activité en particulier. Et qu’il va falloir creuser davantage l’endettement public pour revigorer la machine économique en attendant les flux d’investissement qui garantiront une relance réelle et durable.

Le déficit budgétaire à fin mars 2021 s’est situé à 6,7 milliards de dirhams. Il aurait pu se creuser davantage mais il a été plus estompé grâce à l’endettement, aux emprunts à l’international plus précisément. Petit rappel, si besoin est, le gouvernement a levé en septembre 2020, 1 milliard d’euros sur le marché international pour rembourser une tombée de dette. Il est revenu sur le marché début décembre de la même année en levant un montant record de 3 milliards de dollars. L’endettement public a battu tous les records depuis le début de la pandémie.

Moins d’un mois de l’annonce de l’état d’urgence, du 6 au 8 avril 2020, il y a eu le projet de loi autorisant le déplafonnement des emprunts en devises, le tirage de 275 millions de dollars du prêt de la Banque mondiale réservé préalablement aux catastrophes puis le tirage sur la Ligne de précaution et de liquidité (LPL) pour un montant équivalant à près de 3 milliards de dollars, soit le montant total de la ligne. Et ce n’est pas tout. Le gouvernement s’apprête à lancer un grand emprunt national en puisant dans les épargnes des particuliers qui ne sont pas détectées par les radars bancaires.